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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2113732

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2113732

jeudi 20 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2113732
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantBOQUET NICLET-LAGEAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 25 octobre 2021, le 16 février 2022 et le 17 février 2022, Mme A, représentée par Me Niclet, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler les décisions des 26 août et 28 septembre 2021 par lesquelles le directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise lui a refusé le bénéfice du fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 au titre des mois d'avril à juillet 2021 ;

2°) d'enjoindre au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise de lui accorder le bénéfice des aides sollicitées au titre des quatre mois en litige, à concurrence de 4 317 euros, 4 617 euros, 963 euros et 963 euros respectivement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- pour lui refuser le bénéfice des aides sollicitées, l'administration fiscale ne pouvait lui opposer l'absence de résidence fiscale française, dès lors que c'est à la suite d'une erreur de plume qu'elle s'est déclarée comme étant résidente fiscale marocaine ;

- pour remettre en cause son chiffre d'affaires de référence, l'administration fiscale ne pouvait lui opposer le caractère non probant des factures produites.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 décembre 2021, le directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 modifiée portant création d'un fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation ;

- le décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 modifié relatif au fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation ;

- le code général des impôts ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Oriol, présidente-rapporteure ;

- les conclusions de M. Goupillier, rapporteur public ;

- et les observations de Me Niclet, pour Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante marocaine en situation régulière sur le territoire français, exerce à Cergy (Val-d'Oise) une activité individuelle d'organisation de foires, salons professionnels et congrès. Par la présente requête, elle demande au tribunal d'annuler les décisions des 26 août 28 septembre 2021 par lesquelles le directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise lui a refusé le bénéfice du fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 au titre des mois d'avril à juillet 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 1er de l'ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 visée ci-dessus : " Il est institué, jusqu'au 16 février 2021, un fonds de solidarité ayant pour objet le versement d'aides financières aux personnes physiques et morales de droit privé exerçant une activité économique particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation du covid-19 et des mesures prises pour en limiter la propagation. / Sa durée d'intervention peut être prolongée par décret pour une durée d'au plus six mois. ". Selon l'article 1er n° 2020-371 du décret du 30 mars 2020 visé ci-dessus, dans sa version applicable au litige : " I. - Le fonds mentionné par l'ordonnance du 25 mars 2020 susvisée bénéficie aux personnes physiques et personnes morales de droit privé résidentes fiscales françaises exerçant une activité économique, ci-après désignées par le mot : entreprises () ".

3. Il résulte de ces dispositions que pour être éligible au bénéfice du fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19, les entreprises doivent être résidentes fiscales françaises et exercer en France une activité économique.

4. Aux termes de l'article 1 du décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 susvisé dans sa version applicable au mois de janvier 2021 : " () la notion de chiffre d'affaires s'entend comme le chiffre d'affaires hors taxes () ". Selon l'article 3-19 du même décret : " I. - A. - Les entreprises mentionnées à l'article 1er du présent décret, n'ayant pas fait l'objet d'un arrêté pris par le préfet de département ordonnant la fermeture de l'entreprise en application du troisième alinéa de l'article 29 du décret du 29 octobre 2020 susvisé, bénéficient d'aides financières prenant la forme de subventions destinées à compenser la perte de chiffre d'affaires subie au cours du mois de janvier 2021 () ". Les articles 3-26, 3-27 et 3-28 du même décret énoncent des conditions identiques pour le bénéfice des aides financières prenant la forme de subventions destinées à compenser la perte de chiffre d'affaires subie au cours des mois d'avril à juillet 2021. Il résulte en outre des dispositions des articles 3-19, 3-26, 3-27 et 3-28 du décret que la perte de chiffre d'affaires pour les aides relatives aux mois d'avril à juillet 2021 est définie comme la différence entre, d'une part, le chiffre d'affaires au cours du mois en cause et, d'autre part, le chiffre d'affaires de référence défini comme le chiffre d'affaires durant la même période de l'année précédente, ou le chiffre d'affaires mensuel moyen de l'année 2019, si cette option est plus favorable à l'entreprise, et que le bénéfice de l'aide financière ainsi prévue est réservée aux entreprises qui ont soit fait l'objet d'une interdiction d'accueil du public soit subi une perte de chiffre d'affaires importante durant chacune des périodes d'avril à juillet 2021.

5. Il ressort des décisions attaquées que pour refuser à Mme A le bénéfice des aides sollicitées, l'administration fiscale lui a opposé un motif d'inéligibilité pour les mois d'avril et mai 2021, le motif qu'elle avait indiqué à tort que son entreprise avait fait l'objet d'une fermeture administrative pour le mois de juin 2021 et le motif selon lequel elle n'avait pas bénéficié de l'aide en avril et mai 2021 pour le mois de juillet 2021. Devant le tribunal, le directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise fait valoir que Mme A ne respecte pas la condition de résidence fiscale française et que, en tout état de cause, elle ne justifie pas du chiffre d'affaires de référence porté sur ses demandes d'aides au titre du fonds de solidarité. Ce faisant, sauf pour le mois de juin 2021, il doit être regardé comme renonçant au bien-fondé de ses motifs de refus et comme sollicitant une substitution de motifs, possible à tout moment de la procédure, sous réserve qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie et qu'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur le nouveau motif, qui doit être de nature à fonder légalement la décision.

6. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que dans son e-contact n° 1111516570 du 23 août 2021, Mme A a indiqué à l'administration fiscale que son domicile fiscal se trouvait au Maroc, pays dont elle a la nationalité et où réside sa famille. Toutefois, et alors que Mme A soutient qu'il s'agit d'une erreur de plume, il ressort des pièces du dossier qu'elle bénéficie d'un titre de séjour l'autorisant à travailler depuis 2016, qu'après ses études à l'ESSEC Business School à Cergy (Val-d'Oise), elle a créé en France, comme l'atteste son avis d'inscription au répertoire SIREN, une activité d'auto-entrepreneur dans l'événementiel consistant à promouvoir des artistes marocains en France et à organiser diverses prestations au Maroc. Il ressort également des pièces du dossier que Mme A, connue des services de l'URSSAF et qui dépose des déclarations d'impôt sur le revenu en France depuis 2019, dispose de deux adresses à Paris, l'une 28 rue des Mathurins (8ème arrondissement), l'autre 94 rue Quincampoix (3ème arrondissement), tandis qu'elle exerce son activité professionnelle à Cergy, 2 chemin Dupuis Vert et dispose à cet effet d'un compte bancaire ouvert à la Société Générale. Dans ces conditions, c'est à tort que l'administration fiscale a estimé qu'elle n'était pas résidente fiscale française pour lui refuser le bénéfice du fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19.

7. En deuxième lieu, si l'administration fiscale reproche à Mme A de ne pas justifier du chiffre d'affaires de référence porté sur ses demandes d'aides au titre du fonds de solidarité, il ne peut être reproché à Mme A d'avoir émis une facture adressée à Mohissine Tassi le 1er janvier 2019, avant la création officielle de son activité le 1er mars 2019, dès lors qu'il n'est pas contesté qu'il s'agissait de prestations informatiques préparatoires à son installation. De même, l'administration ne saurait reprocher à Mme A d'avoir adressé une facture à la société Bergson Installation le 13 juin 2019, au motif qu'elle avait cessé son activité, alors qu'il ressort du répertoire Sirene versée à l'instance que cette cessation n'est intervenue que le 21 avril 2021. Par ailleurs, il ne saurait être reproché à Mme A d'avoir adressé des factures à la société Bebeland, établie à Casablanca (Maroc), à son adresse commerciale plutôt qu'à son siège social. De même, l'administration fiscale n'est pas fondée à reprocher à Mme A d'avoir adressé des factures à sa mère, dont il n'est pas allégué qu'elle n'aurait pas d'activité professionnelle. Enfin, le dépôt tardif de la déclaration de revenus de 2019 de Mme A, l'absence de déclarations antérieures, ou encore les critiques selon lesquelles son activité en France ne serait qu'accessoire et que des prestations seraient payées en espèces ne remettent pas en cause, en tant que telles, son existence. Dans ces conditions, l'administration fiscale n'est pas fondée à reprocher à Mme A de ne pas justifier du chiffre d'affaires de référence porté sur ses demandes d'aides au titre du fonds de solidarité pour lui en refuser le bénéfice.

8. En troisième lieu, s'agissant du mois de juin 2021, l'administration fiscale persiste à reprocher à Mme A d'avoir indiqué par erreur que son entreprise avait été fermée pour cause d'interdiction au public. Toutefois, elle ne justifie pas en quoi une telle circonstance, à la supposer établie, la rendrait inéligible au bénéfice de l'aide sollicitée.

9. Il résulte de ce qui précède que les décisions des 26 août et 28 septembre 2021 par lesquelles le directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise a refusé à Mme A le bénéfice du fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 au titre des mois d'avril à juillet 2021 doivent être annulées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. L'exécution du présent jugement implique uniquement que l'administration réexamine la demande d'aide exceptionnelle sollicitée par Mme A au titre des mois d'avril à juillet 2021 dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais du litige :

11. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : Les décisions des 26 août et 28 septembre 2021 par lesquelles le directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise a refusé à Mme A le bénéfice du fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 au titre des mois d'avril à juillet 2021 sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise de réexaminer la demande d'aide exceptionnelle sollicitée par Mme A au titre des mois d'avril à juillet 2021, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme A la somme de 1 500 sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 6 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Oriol, présidente,

Mme C et M. Sitbon, conseillers,

Assistées de Mme Ricaud, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 avril 2023.

La présidente-rapporteure,

Signé

C. ORIOL

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

A. CLa greffière,

Signé

V. RICAUD

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation,

La greffière

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