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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2113762

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2113762

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2113762
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantCMS BUREAU FRANCIS LEFEBVRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 26 octobre 2021, 11 avril, 5 mai et 3 juin 2022, M. A G, Mme E C épouse G, Mme B G, Mme D G et M. F G, représentés par Me Papin, demandent au tribunal :

1°) d'ordonner avant-dire droit, d'une part, une expertise médicale aux fins d'évaluer les préjudices que M. A G a subis à la suite de son accident survenu le 3 octobre 2020 et, d'autre part, une expertise architecturale pour évaluer les frais d'adaptation de ses logements et de son véhicule à son handicap ;

2°) de condamner l'établissement public Paris La Défense et la commune de Puteaux à verser une provision de 350 000 euros à M. A G ;

3°) de mettre à la charge de l'établissement public Paris La Défense et de la commune de Puteaux une somme totale de 10 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la roue du cycle de M. A G s'est coincée dans un interstice entre deux dalles du parvis de La Défense, ce qui a causé sa chute le 3 octobre 2020 ;

- l'état du dallage du parvis révèle un défaut d'entretien normal de la part de l'établissement public Paris La Défense ou de la commune de Puteaux ; ce défaut d'entretien est à l'origine des préjudices de M. A G et de ceux de ses proches ;

- M. A G n'a commis aucune imprudence ;

- la responsabilité du maitre de l'ouvrage est engagée à l'égard de M. A G en sa qualité d'usager de l'ouvrage public ;

- deux expertises, médicale et architecturale, seront ordonnées pour évaluer ses préjudices ;

- dans l'attente des résultats des expertises, M. A G est fondé à demander la condamnation de l'établissement public Paris La Défense et de la commune de Puteaux à lui verser une provision de 350 000 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 11 mars, 10 mai et 3 juin 2022, l'établissement public Paris La Défense, représenté par Me Roine, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à la limitation des demandes indemnitaires des requérants, à titre très subsidiaire, à ce que la commune de Puteaux la garantisse de toutes les condamnations qui seraient prononcées à son encontre et, en toute hypothèse, à ce qu'il soit mis à la charge des requérants la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- à titre principal, M. A G ne rapporte pas la preuve de l'existence d'un lien de causalité entre ses préjudices et l'ouvrage en cause ; il s'est en tout état de cause acquitté de son obligation d'entretien normal de l'ouvrage et avait procédé à une signalisation adéquate des dangers ; M. G a commis une faute d'inattention et roulait à une vitesse excessive ;

- à titre subsidiaire, les frais d'expertise seront mis à la charge des requérants ; il ne saurait être condamné à verser à M. A G une provision d'un montant supérieur à 50 000 euros ;

- la commune de Puteaux, qui a autorisé la circulation des vélos sur la partie concernée de la dalle du parvis de la Défense, sera appelée à la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre.

Par des mémoires en intervention, enregistrés les 16 mars et 5 juin 2022, le cabinet CMS Francis Lefebvre demande que le tribunal fasse droit aux conclusions de la requête.

Il se réfère aux moyens exposés dans la requête.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 11 avril et 3 juin 2022, la commune de Puteaux, représentée par Me Corneloup, conclut, à titre principal, au rejet des conclusions de la requête dirigées contre elle ainsi que des conclusions tendant à la réalisation d'une expertise, à titre subsidiaire, à ce qu'elle soit mise hors de cause et au rejet de l'appel en garantie formulé à son encontre par l'établissement public Paris La Défense, à titre encore plus subsidiaire, à la limitation des demandes indemnitaires des requérants et, en toute hypothèse, à ce qu'il soit mis à la charge des requérants la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les conclusions indemnitaires des requérants sont irrecevables en l'absence de liaison du contentieux ;

- l'expertise demandée revêt un caractère frustratoire ;

- elle sera mise hors de cause dès lors que le lien causal entre le dommage et l'ouvrage n'est pas établi et qu'en application de l'article L. 328-3 du code de l'urbanisme, l'établissement public Paris La Défense est seul chargé de la gestion, de l'exploitation, de l'entretien et de la maintenance des ouvrages et espaces publics ainsi que de la préservation de la sécurité des personnes et des biens au sein du quartier d'affaire de La Défense ;

- l'autorisation de la circulation des vélos sur l'esplanade de La Défense s'est accompagnée de la mise en place d'une signalisation adaptée ; cette signalisation relève, en tout état de cause, de la compétence de l'établissement public Paris La Défense ;

- à titre encore plus subsidiaire, la demande des requérants tendant à l'allocation d'une provision porte sur un montant disproportionné.

La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) des Hauts-de-Seine qui n'a pas produit d'observations.

En application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen qui, étant d'ordre public, doit être relevé d'office tiré de ce que les requérants recherchent la responsabilité de l'établissement " Paris La Défense " qui, en application des dispositions de l'article L. 328-1 du code de l'urbanisme est un établissement public industriel et commercial dont la mission consiste notamment en la gestion et l'entretien des ouvrages publics du parvis de La Défense, qui constitue ainsi un service public industriel et commercial. M. A G doit dès lors être regardé comme un usager d'un service public industriel et commercial. Dans ces conditions, la compétence pour connaître des conclusions indemnitaires des requérants à l'encontre de l'établissement public Paris La Défense appartient aux juridictions de l'ordre judiciaire.

M. A G, Mme E C épouse G, Mme B G, Mme D G et M. F G ont présenté des observations en réponse à ce moyen d'ordre public, enregistrées le 22 juin 2022.

Le cabinet CMS Francis Lefebvre a présenté, en réponse au moyen relevé d'office, des observations enregistrées le 22 juin 2022.

L'établissement public Paris La Défense a présenté des observations en réponse au moyen d'ordre public, enregistrées le 24 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. H,

- les conclusions de M. Gabarda, rapporteur public,

- les observations de Me Papin, représentant les consorts G,

- les observations de Me Barthélemy, représentant le cabinet CMS Francis Lefebvre,

- les observations de Me Roine, représentant l'établissement Paris La Défense,

- et les observations de Me Hortance, représentant la commune de Puteaux.

Une note en délibérée a été enregistrée le 1er juillet 2022 pour M. A G, Mme E C épouse G, Mme B G, Mme D G et M. F G.

Une note en délibérée a été enregistrée le 1er juillet 2022 pour le cabinet CMS Francis Lefebvre.

Considérant ce qui suit :

1. M. A G, né le 11 octobre 1965, indique qu'à l'occasion d'une promenade à vélo le samedi 3 octobre 2020, la roue avant de son cycle s'est bloquée entre deux dalles du parvis de La Défense et qu'il a, en conséquence, lourdement chuté. L'intéressé a été transporté, le jour même, à l'hôpital européen Georges Pompidou et souffre depuis lors de tétraplégie. Par un courrier du 2 juillet 2021, le conseil de M. G et de sa famille a demandé à l'établissement public Paris La Défense, en sa qualité de maître de l'ouvrage dont M. G était usager lors de sa chute, de verser à ce dernier une provision de 350 000 euros. Une demande identique a été adressée, le 13 octobre 2021, à la commune de Puteaux. Par la présente requête, M. A G, son épouse, Mme E C épouse G ainsi que leurs trois enfants, Mme B G, I D G et M. F G, demandent au tribunal d'ordonner avant-dire droit des expertises médicale et architecturale et, dans l'attente des résultats des expertises, de condamner l'établissement public Paris La Défense et la commune de Puteaux à verser une provision de 350 000 euros à M. G. Le cabinet CMS Francis Lefebvre, au sein duquel M. G exerce la profession d'avocat, est intervenu volontairement au soutien de la requête.

Sur les conclusions dirigées contre l'établissement public Paris La Défense :

En ce qui concerne les conclusions des consorts G :

2. Le juge judiciaire est, en principe, compétent pour connaître de l'ensemble des litiges nés de l'activité d'un établissement public qualifié par la loi d'industriel et commercial, telles que les actions indemnitaires engagées par des usagers du service confié à ce dernier, et ce y compris lorsque le dommage est imputable à un travail ou un ouvrage publics. Par exception, le juge administratif est compétent pour connaître des litiges relatifs à celles de ses activités qui ressortissent par leur nature à des prérogatives de puissance publique.

3. Aux termes des dispositions de l'article L. 328-1 du code de l'urbanisme : " " Paris La Défense " est un établissement public local à caractère industriel et commercial ". En vertu des dispositions de l'article L. 328-3 du même code : " Dans la limite du territoire couvert par l'opération d'intérêt national mentionnée au 2° de l'article R. 102-3, Paris La Défense exerce la mission prévue à l'article L. 328-2 à titre exclusif sur un périmètre couvrant une partie des communes de Courbevoie et Puteaux, délimité par décret en Conseil d'Etat pris après concertation avec ces communes et le département des Hauts-de-Seine et avis de ces derniers. Sur ce même périmètre, Paris La Défense exerce également, à titre exclusif, la mission de gestion des ouvrages et espaces publics ainsi que des services d'intérêt général. / Cette gestion comprend : / 1° L'exploitation, l'entretien et la maintenance des ouvrages et espaces publics et des services d'intérêt général, y compris leur remise en état ou leur renouvellement ; / () 3° La préservation de la sécurité des personnes et des biens () ".

4. D'une part, il résulte des dispositions précitées que l'établissement public Paris La Défense a été qualifié par la loi d'établissement public industriel et commercial et assure, à ce titre, l'exploitation, l'entretien et la maintenance des ouvrages publics situés dans le périmètre du quartier d'affaire de La Défense qui, dès lors qu'ils ne ressortissent pas de prérogatives de puissance publique, constituent des missions de service public à caractère industriel et commercial.

5. D'autre part, si M. G fait valoir qu'il avait uniquement, lors de sa chute, la qualité d'usager de l'ouvrage public, il résulte de l'instruction qu'en circulant sur le cheminement cyclable du parvis de La Défense, l'intéressé bénéficiait directement des prestations du service public industriel et commercial dont l'établissement public a la charge en application des dispositions mentionnées au point 3. De même, dès lors qu'il soutient que le mauvais entretien du parvis de La Défense constitue la cause de sa chute, le requérant se plaint d'une défaillance dans l'exécution du service public en cause. Dans ces conditions, M. G avait, au moment de la survenue du dommage allégué, la qualité d'usager du service public d'entretien des ouvrages assuré par cet établissement alors même qu'il n'avait conclu aucun contrat avec l'établissement Paris La Défense, que l'accès aux ouvrages est libre et gratuit et qu'il indique ne pas avoir eu l'intention de faire usage du service.

6. Par suite, et nonobstant la circonstance que l'accident aurait pour cause immédiate le caractère défectueux de l'ouvrage public, les conclusions présentées par M. A G, Mme E C épouse G, Mme B G, Mme D G et M. F G dirigées contre l'établissement public Paris La Défense ne peuvent qu'être rejetées comme ayant été présentées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

En ce qui concerne l'intervention du cabinet CMS Francis Lefebvre au soutien des conclusions de la requête dirigées contre l'établissement public Paris La Défense :

7. Dès lors que les conclusions des consorts G dirigées contre l'établissement public Paris La Défense ont été présentées devant une juridiction incompétente, l'intervention du cabinet CMS Francis Lefebvre au soutien desdites conclusions est irrecevable et ne peut, en conséquence, qu'être rejetée.

Sur les conclusions dirigées contre la commune de Puteaux :

En ce qui concerne l'intervention du cabinet CMS Francis Lefebvre au soutien des conclusions de la requête dirigées contre la commune de Puteaux :

8. Le jugement à rendre sur les conclusions des consorts G à l'encontre de la commune de Puteaux est susceptible de préjudicier aux droits du cabinet CMS Francis Lefebvre dont M. A G est associé depuis le 24 juin 2008. Dès lors, l'intervention du cabinet CMS Francis Lefebvre en tant qu'elle vient au soutien des conclusions de la requête à l'encontre de la commune de Puteaux est recevable.

En ce qui concerne les conclusions des consorts G :

9. Ainsi qu'il ressort des dispositions mentionnées au point 3, l'établissement public Paris La Défense exerce à titre exclusif l'entretien et la maintenance des ouvrages et espaces publics sur le parvis de La Défense, y compris leur remise en état et leur renouvellement. Dans ces conditions, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par la commune, les requérants, qui soutiennent que l'accident de M. A G a été causé par le mauvais entretien des dalles de ce parvis, ne sont pas fondés à demander que la commune de Puteaux leur alloue une somme provisionnelle en réparation des préjudices subis.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions des requérants tendant au versement d'une provision de 350 000 euros ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions tendant à la réalisation d'une expertise médicale et d'une expertise architecturale ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'établissement public Paris La Défense ou de la commune de Puteaux, qui ne sont pas les parties perdantes à la présente instance. D'autre part, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de rejeter les conclusions formées par l'établissement public Paris La Défense et par la commune de Puteaux en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : L'intervention du cabinet CMS Francis Lefebvre n'est pas admise en tant qu'elle vient au soutien des conclusions de la requête dirigées à l'encontre de l'établissement public Paris La Défense. L'intervention du cabinet CMS Francis Lefebvre est admise en tant qu'elle vient au soutien des conclusions de la requête dirigées à l'encontre de la commune de Puteaux.

Article 2 : Les conclusions de la requête dirigées à l'encontre de l'établissement public Paris La Défense sont rejetées comme présentées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A G, Mme E C épouse G, Mme B G, Mme D G et M. F G, à l'établissement public Paris La Défense, à la commune de Puteaux, à la caisse primaire d'assurance maladie des Hauts-de-Seine et au cabinet CMS Francis Lefebvre.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Rousset, président,

Mme Fléjou, première conseillère

M. Goupillier, conseiller,

assistés de Mme Charleston, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.

Le rapporteur,

signé

C. HLe président,

signé

O. Rousset

La greffière,

signé

D. Charleston

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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