mardi 3 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2113904 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SAINTILAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 1er novembre 2021 et 14 juillet 2022, la SARL JBJ, représentée par Me Saintilan, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge de la pénalité de 80 % pour manœuvres frauduleuses appliquée aux rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été assignés au titre de la période allant du 1er janvier 2015 au 31 juillet 2018 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que son dirigeant ignorait que le logiciel XMPS utilisé, au demeurant en son absence, était un logiciel permissif minorant les recettes et affirme qu'aucun procédé visant à égarer le service n'a été mis en œuvre ; ainsi, les critères intentionnel et matériel conditionnant l'application de la pénalité pour manœuvres frauduleuses ne sont pas remplis.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 6 avril 2022 et 19 juillet 2022, l'administrateur général des finances publiques en charge de la direction du contrôle fiscal Île-de-France conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que le moyen soulevé par la requérante n'est pas fondé.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Viain, premier conseiller,
- et les conclusions de M. Chabauty, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL JBJ, qui exploite une activité de supérette, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité pour la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017 prorogée en matière de TVA jusqu'au 31 juillet 2018. A l'issue de ce contrôle et aux termes d'une proposition de rectification en date du 20 décembre 2018, le service lui a notifié notamment des rappels de TVA au titre de l'ensemble de la période vérifiée, assortis de la majoration de 80 % pour manœuvres frauduleuses prévue au c. de l'article 1729 du code général des impôts. La SARL JBJ demande au tribunal la décharge de cette majoration.
2. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / () c. 80 % en cas de manœuvres frauduleuses (). ". La charge de la preuve du bien-fondé de l'application des majorations pour manœuvres frauduleuses repose sur l'administration.
3. Pour appliquer des pénalités pour manœuvres frauduleuses sur le fondement des dispositions précitées de l'article 1729 du code général des impôts, l'administration a relevé l'utilisation par la requérante sur l'ensemble de la période vérifiée du logiciel permissif XMPS permettant la suppression de recettes, de sorte que les états de recettes produits par le système et à partir desquels étaient enregistrées les écritures comptables relatives au chiffre d'affaires de la société mentionnent des montants de recettes minorées, ce que le gérant ne pouvait ignorer. L'utilisation sur l'ensemble de la période vérifiée d'un tel logiciel visant à éluder du chiffre d'affaires, tout en donnant l'apparence de la sincérité à une comptabilité en réalité inexacte, constitue un comportement visant à égarer l'administration dans l'exercice de son pouvoir de contrôle, dès lors que seules des investigations poussées consistant à recalculer les recettes à partir des montants de chaque ticket ont permis en l'espèce de mettre en évidence les dissimulations de recettes. Ces éléments établissent que la société a eu recours à des procédés destinés à égarer l'administration ou à restreindre son pouvoir de contrôle, justifiant l'infliction de pénalités pour manœuvres frauduleuses. L'administration fiscale doit, par suite, être regardée comme ayant suffisamment établi les manœuvres frauduleuses justifiant la majoration de 80 % contestée.
4. Il résulte de ce qui précède que la SARL JBJ n'est pas fondée à demander la décharge de la pénalité de 80 % pour manœuvres frauduleuses qui lui a été infligée.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative :
5. Ces dispositions font obstacle à ce que l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, soit condamné à payer une somme à la SARL JBJ au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la SARL JBJ est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL JBJ et à l'administrateur général des finances publiques en charge de la direction du contrôle fiscal Île-de-France.
Délibéré après l'audience du 19 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Huon, président ;
M. Viain, premier conseiller ;
Mme Froc, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.
Le rapporteur,
signé
T. VIAIN
Le président,
signé
C. HUONLa greffière,
signé
A. TAINSA
La République mande et ordonne au ministre auprès du Premier ministre, chargé du budget et des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2113904
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01/06/2026