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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2114555

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2114555

mardi 10 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2114555
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantLEGRANDGERARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2116995/12-1 du 10 novembre 2021, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise, en application des articles R. 312-14 et R. 351-3 du code de justice administrative, le dossier de la requête de Mme I K, agissant en son nom propre et en qualité de tutrice légale de son fils M. A F, majeur protégé, et de M. G F enregistrée au greffe du tribunal administratif de Paris le 5 août 2021.

Par cette requête enregistrée au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise le

12 novembre 2021, Mme I K et M. G F, représentés par Me Canonville, demandent au tribunal :

1°) à titre principal, d'ordonner, avant-dire droit, une expertise aux fins de déterminer la responsabilité de l'hôpital d'instruction des armées Percy dans l'état clinique actuel de M. A F et d'évaluer les préjudices résultant des manquements de cet hôpital dans la prise en charge de l'abcès cérébral de ce dernier ;

2°) à titre subsidiaire, de condamner le ministre des armées à verser, en réparation de ces préjudices, la somme de 908 800 euros à M. A F, la somme de 83 000 euros à Mme I K et la somme de 83 000 euros à M. G F ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 500 euros à verser à chacun des requérants au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens, sommes assorties des intérêts au taux légal à compter du 15 décembre 2017, ce taux étant majoré de cinq points à l'issue d'un délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir, avec capitalisation des intérêts à compter du 15 décembre 2018.

Ils soutiennent que :

- la réalisation d'une nouvelle expertise présente un caractère utile ; le rapport d'expertise ordonné par la commission de conciliation et d'indemnisation d'Île-de-France est incomplet au regard de la mission demandée et comporte des insuffisances et des erreurs de fait dès lors qu'il ne permet pas de déterminer de manière rigoureuse le taux de déficit fonctionnel permanent qui aurait été celui de M. A F en l'absence de faute, sous-évalue la durée du retard de diagnostic et de traitement de l'abcès cérébral dont il souffrait et ne justifie pas suffisamment de la date de consolidation de l'état de santé qu'il retient ;

- l'hôpital d'instruction des armées de Percy a commis plusieurs fautes de nature à engager la responsabilité du ministre des armées lors de la prise en charge de M. A F à partir du 11 juillet 2005 tenant notamment en :

. l'absence d'évaluation de son état neurologique en fenêtre de sédation à son arrivée ;

. l'arrêt non justifié du traitement antibiotique mis en place en Italie le 7 juillet 2005, dès son arrivée à l'HIA, sans consultation d'un neurochirurgien ;

. le défaut de communication à la famille, le 12 juillet 2005 au soir, des résultats des examens réalisés dans la journée ;

. le défaut de transmission du Pr D au Dr C, le 12 juillet 2005, des informations relatives à l'état clinique de M. A F en Italie ;

. l'absence de prise en compte, le 12 juillet 2005, de symptômes clairs d'affections à traiter d'urgence et l'absence de réalisation d'un scanner injecté après constatation, en concomitance, d'un œdème cérébral majoré du côté gauche et d'une otorrhée mucopurulente à gauche ;

. l'arrêt non justifié du traitement antibiotique par Bristopen le 13 juillet 2005 ;

- ces fautes ont été à l'origine d'un retard de diagnostic et de traitement de l'abcès cérébral de 48 heures qui a directement et intégralement causé l'état actuel pauci-relationnel de M. A F (correspondant à un déficit fonctionnel permanent de 100%) ;

- le ministre des armées doit être condamné à verser à M. A F, en réparation des préjudices temporaires et permanents subis du fait de cette prise en charge fautive, un montant total de 908 000 euros résultant des sommes de :

. 58 000 euros au titre de son déficit fonctionnel temporaire ;

. 60 000 euros au titre des souffrances endurées ;

. 30 000 euros au titre de son préjudice esthétique temporaire ;

. 600 000 euros au titre de son déficit fonctionnel permanent ;

. 50 000 euros au titre de son préjudice esthétique permanent ;

. 50 000 euros au titre de son préjudice sexuel ;

. 40 000 euros au titre de son préjudice d'établissement ;

. 20 000 euros au titre de son préjudice permanent exceptionnel.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er décembre 2022, le ministre des armées, ne s'oppose pas à ce que soit ordonnée une expertise avant dire droit.

Il fait valoir que l'avis rendu par la commission de conciliation et d'indemnisation d'Île-de-France s'écarte sur plusieurs points des conclusions du rapport d'expertise ordonné par celle-ci.

Par un mémoire enregistré le 19 juin 2023, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) des Yvelines, représentée par Me Legrandgerard, conclut :

1°) à ce que soit ordonnée, avant-dire droit, une nouvelle expertise aux fins de déterminer la responsabilité de l'hôpital d'instruction des armées (HIA) Percy dans l'état clinique actuel de M. A F ;

2°) à la condamnation du ministre des armées à verser une somme provisionnelle de 40 860,99 euros en remboursement des prestations qu'elle a réglées en lien avec les fautes commises dans la prise en charge de M. A F par l'HIA Percy à partir du 11 juillet 2005, majorée des intérêts au taux légal à compter de la date de lecture du jugement à intervenir ;

3°) à la condamnation du ministre des armées à lui verser la somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale ;

4°) à la mise à la charge du ministre des armées de la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'elle a pris à sa charge au titre des soins prodigués à M. A F une somme qu'elle évalue provisoirement à 40 860,99 euros de frais médicaux, pharmaceutiques et d'appareillage.

La requête a été communiquée à la mutuelle générale de l'éducation nationale qui n'a pas produit d'observations en défense.

Par ordonnance du 8 août 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 5 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Moinecourt, rapporteure

- les conclusions de M. Goupillier, rapporteur public ;

- et les observations de Me Canonville, représentant M. F et Mme K.

Considérant ce qui suit :

1. M. A F s'est défenestré le 26 juin 2005 à Florence en Italie. Présentant une altération de son état de conscience, avec un score de Glasgow à 8, une otorragie et de multiples fractures, dont une fracture temporale gauche, il a été transféré aux urgences de l'hôpital Careggi à Florence où il a été pris en charge et a bénéficié d'un drainage thoracique, d'une craniectomie décompressive sans remise en place du volet fronto-temporal droit et d'une trachéotomie. Le 30 juin 2005, son état était amélioré et il présentait un score de Glasgow à 10, avec une pression intracrânienne stable. Le 9 juillet 2005, une pneumonie bilatérale a été diagnostiquée et il a été mis sous traitement antibiotique. Le 11 juillet 2005, alors que son état clinique était considéré comme stabilisé et qu'il présentait un score de Glasgow à 11, il a été transféré en avion à l'hôpital d'instruction militaire Percy à Clamart (92) où il a été pris en charge le même jour. Le 14 juillet 2005, il a été retrouvé dans le coma et a subi une intervention en urgence pour la ponction d'un abcès cérébral, à la suite de laquelle il présente un état pauci-relationnel ou état de conscience minimale, correspondant à un déficit fonctionnel permanent total.

2. Le 11 juillet 2008, Mme K, mère et tutrice légale de M. A F, a déposé plainte contre X pour blessures involontaires. Le tribunal judiciaire de Versailles a ordonné une expertise et désigné le Dr H, neurochirurgien, puis un sapiteur, le Pr J, anesthésiste-réanimateur. Le rapport d'expertise a été remis le 27 mai 2013. Le 17 août 2017, Mme K a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation d'Île-de-France qui a confié au Dr B, infectiologue, et au Pr E, neurochirurgien, la réalisation d'un nouveau rapport d'expertise, remis le 22 novembre 2019. La CCI d'Île-de-France a rendu un avis le 20 février 2020 aux termes duquel elle a retenu que plusieurs fautes avaient été commises lors de la prise en charge de M. A F par l'HIA Percy, lesquelles ont été à l'origine d'un retard de diagnostic et de prise en charge de son abcès temporal gauche de 24 heures, lui faisant perdre une chance de 25 % de présenter une évolution neurologique favorable, à savoir de présenter des lésions correspondant à un déficit fonctionnel permanent de 50% et non de 100%. A la suite de cet avis, le ministre des armées n'a pas adressé de proposition d'indemnisation en réparation des préjudices subis par M. A F.

3. Par la présente requête, Mme K et son époux M. F, demandent au tribunal, à titre principal, d'ordonner une expertise avant-dire-droit et, à titre subsidiaire, de condamner le ministre des armées à verser la somme de 908 000 euros à Mme K en réparation des préjudices subis par M. A F en raison des fautes commises par l'HIA Percy lors de sa prise en charge à partir du 11 juillet 2005, et de 83 000 euros chacun en réparation des préjudices qu'ils ont l'un et l'autre personnellement subis de ce fait.

4. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute () ".

5. Aux termes de l'article R. 621-1 du code de justice administrative : " La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'elles, ordonner, avant dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés par sa décision () ". La prescription d'une mesure d'expertise est subordonnée au caractère utile de cette mesure. Il appartient au juge, saisi d'une demande d'expertise dans le cadre d'une action en réparation des conséquences dommageables d'un acte médical, d'apprécier son utilité au vu des pièces du dossier.

6. Il résulte de l'instruction que M. A F a été pris en charge le 11 juillet 2005 par l'HIA Percy sous sédation. Il est constant qu'il a présenté le lendemain, 12 juillet 2005, une otorrhée purulente et a fait l'objet d'un scanner corps entier sans injection qui a révélé l'existence d'un œdème cérébral à gauche. Le 13 juillet 2005, la décision a été prise de cesser le traitement antibiotique et la sédation de M. A F qui a été retrouvé le lendemain, 14 juillet 2005, dans le coma. Un abcès temporal gauche a été diagnostiqué et ponctionné chirurgicalement en urgence, ce qui n'a pas permis d'améliorer son état qui a évolué vers un état pauci-relationnel. Aux termes d'un premier rapport d'expertise judiciaire, le Dr H et un expert sapiteur le Pr J ont estimé que si peuvent être écartés un retard de diagnostic et de traitement par l'HIA Percy de l'abcès dont souffrait M. A F, les manquements commis n'auraient en tout état de cause pas pu être à l'origine du dommage, son état ne pouvant qu'inéluctablement évoluer vers un état pauci-relationnel lorsque la décision avait été prise, en Italie, de le transférer en France. Aux termes d'un second rapport d'expertise réalisé par le Dr B et le Pr E à la demande de la CCI d'Île-de-France, la prise en charge de M. A F n'a pas été conforme aux règles de l'art et a fait perdre à celui-ci une chance d'éviter une aggravation supplémentaire de son état de santé jusqu'à un état pauci-relationnel. Le ministre des armées ne s'oppose pas à ce que soit ordonnée d'une nouvelle expertise.

7. En l'état de l'instruction, les éléments du dossier ne permettent pas au tribunal de s'estimer suffisamment éclairé pour se prononcer sur les manquements commis par l'HIA Percy et leur lien avec la dégradation de l'état de santé de M. A F. Notamment, il n'est pas possible, eu égard aux conclusions des deux expertises produites, d'une part de caractériser précisément l'ampleur du dommage, compte tenu de l'incertitude sur l'évolution prévisible de l'état de santé de M. F s'il avait été pris en charge conformément aux règles de l'art dans cet établissement, et d'autre part de déterminer le taux de la perte de chance qu'a subi M. F, en raison des éventuels manquements commis lors de sa prise en charge, de voir son état de santé évoluer favorablement. Par suite, il y a lieu de faire droit aux conclusions aux fins d'expertise présentées par M. G F et Mme K et, avant dire droit sur la requête, d'ordonner une expertise aux fins définies ci-après.

DECIDE :

Article 1 : Il sera, avant dire droit, procédé à une expertise avec mission, pour des experts spécialisés respectivement en neurochirurgie, en radiologie et en infectiologie :

1/ De préciser les conditions dans lesquelles la communication des pièces par les parties (entre elles et à l'attention des experts) s'est déroulée, en signalant :

- tout manquement au respect du contradictoire,

- toutes violations des dispositions de l'article L 1142-12 du code de la Santé Publique aux termes duquel " dans le cadre de sa mission, l'expert peut demander aux parties et aux tiers la communication de tout document sans que puisse lui être opposé le secret médical ou professionnel "

2/ De rapporter les antécédents médicaux et chirurgicaux du patient,

3/ De décrire les conditions de la prise en charge du patient et les circonstances dans lesquelles le dommage dont il est recherché réparation est intervenu ;

4/ De décrire l'état de santé actuel du patient ;

5/ De préciser en quoi consiste le dommage en précisant le mécanisme pathologique qui y a abouti ;

6/ En cas d'infection, de préciser :

- dans quelle mesure l'infection a participé à la survenue du dommage :

- si l'infection est directement associée à un acte de prévention, de diagnostic ou de soins,

- le ou les germes identifiés et leur fréquence,

- la porte d'entrée et la date probable de l'infection,

- dans quelle mesure l'état antérieur du patient l'exposait particulièrement à la survenue de l'infection,

- - l'existence éventuelle d'une cause extérieure à l'hospitalisation et aux soins, imprévisible dans sa survenue et irrésistible dans ses effets.

En cas d'infections multiples, les experts renseigneront pour chacune d'elles l'ensemble des points précédents.

7/ de dire si le comportement de l'équipe médicale ou du médecin mis en cause a été conforme :

A/ aux règles de l'art et aux données acquises de la science à l'époque du fait générateur, en particulier :

a. Dans l'établissement du diagnostic initial,

b. Dans le choix de l'acte ou du traitement proposé compte tenu des bénéfices escomptés et des risques encourus en précisant les alternatives envisageables compte tenu de l'état du patient,

c. Dans la réalisation de l'acte,

d. Dans la surveillance du patient,

e. Dans l'établissement du diagnostic de la complication,

f. Dans les investigations réalisées et le traitement institué

En cas d'infection, les experts préciseront si le diagnostic et le traitement ont été conduits conformément aux règles de l'art et aux données acquises de la science à l'époque des faits où ils ont été dispensés.

En cas de retard de diagnostic et de soin, les experts préciseront la durée de ce retard.

B/ aux obligations d'information et de recueil du consentement en précisant si le patient a été personnellement informé sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus.

En cas d'absence d'information ou d'information incomplète du patient, les experts préciseront :

o si le médecin ou l'équipe médicale est intervenu(e) dans une situation d'urgence et/ou d'impossibilité d'informer ;

o évalueront la probabilité pour le patient dûment informé de se soustraire à l'acte dommageable.

8/ de relever les éventuels défauts d'organisation et les dysfonctionnements du service du(es) établissement(s) mis en cause.

En cas d'infection les experts préciseront si les moyens en personnel et matériel mis en œuvre au moment de la réalisation des actes mis en cause correspondaient aux référentiels connus en matière de lutte contre les infections nosocomiales.

9/ En présence de comportement(s) non-conforme(s) aux règles de l'art et aux données acquises de la science à l'époque du fait générateur, de préciser :

- s'il(s) est(sont) directement à l'origine du dommage subi par le patient,

- ou s'il(s) a(ont) fait perdre une chance au patient d'éviter le dommage que les experts évalueront en pourcentage, en se fondant sur des données statistiques et bibliographiques.

En cas de pluralité de ces comportements les experts évalueront la part respectivement imputable à chacun des intervenants dans la survenue du dommage.

10/ Il appartiendra aux experts de :

A. dire si le dommage subi par le patient a été occasionné par la survenue d'un événement indésirable ou d'une complication imputable à un acte de prévention de diagnostic ou de soins en en précisant la nature et le mécanisme ;

B. préciser, dans la négative, si le dommage résulte d'un échec du traitement entrepris ;

C. dire si le dommage du patient a été occasionné par la survenue d'une affection iatrogène ;

D. rechercher si, compte tenu de l'état de santé antérieur et du contexte médical, le patient était particulièrement exposé à l'événement indésirable ou la complication et/ou à l'affection iatrogène survenu(e) en précisant :

a. s'il s'est agi d'une complication prévisible de la pathologie en cause et de son traitement en en soulignant la fréquence (évaluée en pourcentage]

b. quelle aurait été, en l'absence de l'acte en cause, l'évolution spontanée de l'état de santé du patient à plus ou moins long terme. Il importe notamment de préciser, en s'appuyant sur des données statistiques et bibliographiques, quel aurait été l'évolution de l'état de santé de M. F en cas de prise en charge dans les règles de l'art et notamment de traitement plus précoce de son abcès cérébral, en précisant quelles étaient les conséquences neurologiques probables et le taux de DFP prévisible, dans ce cas de figure, de son polytraumatisme.

11/ Si la survenue du dommage est plurifactorielle, de déterminer la part respectivement imputable à chacune des causes retenues (les experts tiendront compte de leur réponse concernant l'incidence de l'état antérieur).

12/ De décrire les troubles dans les conditions d'existence subis par le patient en précisant le caractère temporaire ou définitif.

13/ De fixer la date de consolidation des lésions, dans la mesure où les experts considèrent qu'elle est acquise, en expliquant les motifs ayant conduit à retenir cette date.

14/ De procéder à l'évaluation du dommage corporel :

Préjudices temporaires (jusqu'à la consolidation)

A/ PREJUDICES EXTRAPATRIMON1AUX

a) Déficit fonctionnel temporaire : durée des gênes temporaires constitutives d'un déficit fonctionnel temporaire :

- indiquer précisément les dates des périodes de déficit fonctionnel temporaire avec les pourcentages de déficit correspondants

- indiquer la période de déficit fonctionnel temporaire qui aurait suivi l'acte en cause en l'absence de toute complication

- en déduire le déficit fonctionnel temporaire (durée et pourcentages) strictement imputable à l'accident médical, l'affection iatrogène ou l'infection nosocomiale

b) souffrances endurées : les experts décriront les souffrances physiques, psychiques on morales endurées par la victime sur une échelle de 1 à 7 degrés.

c) préjudice esthétique temporaire : les experts décriront la nature et l'importance du dommage esthétique subi temporairement jusqu'à la date de consolidation et l'évalueront sur une échelle de 1 à 7 degrés (recouvre l'altération de l'apparence physique certes temporaire mais aux conséquences personnelles très préjudiciables, liée à la nécessité de se présenter dans un état physique altéré au regard des tiers, notamment chez les grands brûlés ou les traumatisés de la face)

B/ PREJUDICES PATRIMONIAUX

a) dépenses de santé actuelle : les experts décriront les soins médicaux et paramédicaux mis en œuvre jusqu'à la consolidation et qui sont imputables aux dommages (nature, durée, dates et lieux d'hospitalisation)

b) frais divers : les experts diront si le patient a dû avoir recours à une aide temporaire (humaine et / ou matériel) en en précisant la nature et la durée

c) perte de gains professionnels actuels : arrêt temporaire des activités professionnelles, les experts indiqueront les périodes (en précisant la date du début et la date de fin de chaque période) pendant lesquelles la victime a été (avant sa consolidation) dans l'incapacité d'exercer totalement ou partiellement une activité professionnelle (ils donneront des précisions sur les arrêts de travail prescrits quant à leur imputabilité à l'événement causal sans se prononcer sur l'aspect financier qui est du domaine indemnitaire et non de l'évaluation médico-légale)

Les experts préciseront la durée de la durée temporaire des activités professionnelles qui aurait découlé de l'évolution spontanée de l'état de santé de M. F s'il avait été pris en charge conformément aux règles de l'art.

Préjudices permanents (après consolidation)

A/ PREJUDICES EXTRAPATRIMONIAUX

a) déficit fonctionnel permanent,

b) préjudice d'agrément,

c) préjudice esthétique permanent,

d) préjudice sexuel,

e) préjudice d'établissement,

f) préjudice permanent exceptionnel ou préjudice lié à une pathologie évolutive.

B/ PREJUDICES PATRIMONIAUX

a) dépenses de santé futures,

b) frais de logement adapté,

c) frais de véhicule adapté,

d) assistance d'une tierce personne,

e) perte de gains professionnels futurs et incidence professionnelle,

f) préjudice scolaire ou universitaire.

Article 2 : Les experts disposeront des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Ils pourront entendre tous sachants, se faire communiquer tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de leur mission et éclairer le tribunal.

Article 3 : Les opérations d'expertise auront lieu contradictoirement entre Mme K, M. F, la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines et le ministre des armées.

Article 4 : Les experts accompliront leur mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2, R. 621-9 et R. 621-14 du code de justice administrative. Ils ne pourront recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 5 : Les experts établiront un pré-rapport adressé aux parties afin de permettre aux parties de faire valoir contradictoirement leurs observations préalablement au dépôt du rapport définitif.

Article 6 : Tous droits et moyens des parties, sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement, sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 7 :

Le présent jugement sera notifié à Mme I K en sa qualité de représentante unique, à la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines et au ministre des armées.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Coblence, présidente,

Mme Fléjou, première conseillère,

Et Mme Moinecourt, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2023.

La rapporteure,

signé

L. Moinecourt

La présidente,

signé

E. CoblenceLa greffière,

signé

D. Charleston

La République mande et ordonne au ministre des armées, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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