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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2114640

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2114640

jeudi 6 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2114640
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantSCPA COURTEAUD-PELLISSIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 22 novembre 2021, le 28 janvier 2022, le 20 avril 2022 et le 18 mai 2022, la société Entreprise Construction Bâtiment (ECB), représentée par Me Roumens, demande à la juge des référés, statuant sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner la commune de Nanterre (Hauts-de-Seine) à lui verser une provision de 41 515,35 euros toutes charges comprises (TTC) au titre du solde du lot n° 2 " macro-lot clos-couvert ", comprenant le lot 2a " installations de chantier ; démolition ; gros œuvre " et le lot 2b " menuiseries extérieures ; occultations ; isolations extérieurs ; revêtements extérieurs " du marché de travaux ayant pour objet la réhabilitation et l'extension de l'école maternelle du groupe scolaire Joliot Curie, assortie des intérêts moratoires, de la capitalisation de ces intérêts et de l'indemnité forfaitaire de 40 euros pour frais de recouvrement, le tout sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Nanterre la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société ECB soutient que :

- la provision demandée, conforme à son projet de décompte général notifié à la commune de Nanterre le 3 juin 2021, dont le caractère définitif est tacitement intervenu conformément aux dispositions de l'article 13.4.4 du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux (CCAG-Travaux), correspond au solde de son marché de base pour 1 144 900 euros hors taxes (HT), aux travaux supplémentaires exécutés pour un montant de 94 010,00 euros HT et à la révision de prix pour 25 792,84 euros HT, déduction faite des sommes versées au titre des intérêts moratoires capitalisés pour un montant de 7 975,75 euros, le 2 mars 2022, et du paiement d'une partie du solde du marché pour un montant de 35 055,06 euros, le 10 mai 2022 ;

- le décompte général transmis par la commune par courrier le 27 juillet 2021 est, d'une part, tardif dès lors que le décompte général établi le 3 juin 2021 est tacitement devenu définitif, et, d'autre part, non définitif car contesté par des mémoires en réclamation envoyés les 10 et 23 août 2021;

- le décompte général notifié par la commune le 21 décembre 2021 n'est pas devenu définitif dès lors qu'il a été signé avec des réserves, le 11 janvier 2022, et qu'en tout état de cause, la commune en nie l'existence ;

- la requête n'est pas devenue sans objet à la suite du paiement effectué par la commune le 10 mai 2022, d'un montant de 35 055, 06 euros, dès lors que la commune se prévaut d'un décompte général tardif contesté par des mémoires en réclamation ;

- la créance n'est pas sérieusement contestable.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 11 avril 2022 et le 11 mai 2022, la commune de Nanterre conclut, à titre principal, au non-lieu à statuer, et, à titre subsidiaire, au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable, dès lors que le décompte général et définitif dont se prévaut la société ECB est inexistant, puisqu'aucun projet de décompte général ne lui a été transmis ;

- aucun mémoire en réclamation ne lui a été adressé dans un délai d'un mois à compter de la réception du décompte général établi le 27 juillet 2021, devenu définitif le 29 août 2021 ;

- le montant de la créance est de 33 502,25 euros TTC dès lors que le calcul de révision de prix n'est pas conforme au cahier des clauses administratives particulières (CCAP) et que les travaux supplémentaires ont été soldés, créance qui s'est éteinte par le paiement du 10 mai 2022 d'un montant de 33 055,06 euros ;

- la créance est sérieusement contestable.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil

- le code de la commande publique ;

- le décret n° 2013-269 du 29 mars 2013 relatif à la lutte contre les retards de paiement dans les contrats de la commande publique ;

- l'arrêté du 3 mars 2014 modifiant l'arrêté du 8 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Oriol, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. La commune de Nanterre (Hauts-de-Seine) a lancé un marché de travaux ayant pour objet la réhabilitation et l'extension de l'école maternelle du groupe scolaire Joliot Curie, dont elle assure la maîtrise d'œuvre. A ce titre, elle a confié à la société ECB le lot n° 2 " macro-lot clos-couvert ", comprenant le lot 2a " installations de chantier ; démolition ; gros œuvre " et le lot 2b " menuiseries extérieures ; occultations ; isolations extérieures : revêtement extérieurs ", par un acte d'engagement signé le 3 juillet 2018, pour un montant de 1 144 900 euros hors taxes (HT), porté à 1 219 400 euros HT à la suite de la signature de l'avenant du 9 avril 2019. La commune de Nanterre a prononcé la réception des travaux avec réserves le 2 novembre 2020, avant de les lever le 19 novembre 2020. La société a alors notifié un projet de décompte final à la commune le 2 avril 2021, puis un projet de décompte général le 3 juin 2021. Ce projet de décompte général n'a pas été contesté dans le délai de dix jours imparti à la commune. Le 27 juillet 2021, la commune de Nanterre a pour sa part notifié à la société ECB un décompte général du marché avec un solde débiteur de 33 502,25 euros TTC, que l'intéressée a refusé de signer avant d'adresser à la commune, les 10 et 23 août 2021, des mémoires en réclamation par lesquels elle a fait valoir que son projet de décompte général était devenu définitif. Après avoir notifié à la société ECB un nouveau décompte général du marché d'un montant de 84 546,13 euros, le 21 décembre 2021, puis avoir réglé des intérêts moratoires d'un montant de 7 975,75 euros, le 2 mars 2022, la commune de Nanterre a finalement réglé à la société la somme de 35 055,06 euros au titre du solde du marché, le 10 mai 2022. Par la présente requête, dans le dernier état de ses écritures, la société ECB demande à la juge des référés, statuant sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, de condamner la commune de Nanterre à lui verser à titre de provision la somme de 41 515,35 euros toutes taxes comprises (TTC), assortie des intérêts moratoires, de la capitalisation de ces intérêts et de l'indemnité forfaitaire de 40 euros pour frais de recouvrement.

Sur la demande de provision :

En ce qui concerne le paiement du solde du marché :

2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ".

3. Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état.

4. L'ensemble des opérations auxquelles donne lieu l'exécution d'un marché public de travaux est compris dans un compte dont aucun élément ne peut être isolé et dont seul le solde arrêté lors de l'établissement du décompte général et définitif détermine les droits et obligations définitifs des parties.

5. Aux termes de l'article 13.3.1 du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux (CCAG-Travaux) dans sa rédaction issue de l'arrêté interministériel du 3 mars 2014 applicable en l'espèce : " Après l'achèvement des travaux, le titulaire établit le projet de décompte final () Ce projet de décompte final est la demande de paiement finale du titulaire () ". Selon l'article 13.3.2 du même cahier : " Le titulaire transmet son projet de décompte final, simultanément au maître d'œuvre et au représentant du pouvoir adjudicateur, par tout moyen permettant de donner une date certaine, dans un délai de trente jours à compter de la date de notification de la décision de réception des travaux () ". Aux termes de l'article 13.4.2 de ce cahier : " () Le représentant du pouvoir adjudicateur notifie au titulaire le décompte général à la plus tardive des deux dates ci-après : / -trente jours à compter de la réception par le maître d'œuvre de la demande de paiement finale transmise par le titulaire ; / -trente jours à compter de la réception par le représentant du pouvoir adjudicateur de la demande de paiement finale transmise par le titulaire. () ". Enfin, selon l'article 13.4.4 du même cahier : " Si le représentant du pouvoir adjudicateur ne notifie pas au titulaire le décompte général dans les délais stipulés à l'article 13.4.2, le titulaire notifie au représentant du pouvoir adjudicateur, avec copie au maître d'œuvre, un projet de décompte général signé () Dans un délai de dix jours à compter de la réception de ces documents, le représentant du pouvoir adjudicateur notifie le décompte général au titulaire. Le décompte général et définitif est alors établi dans les conditions fixées à l'article 13.4.3. / Si, dans ce délai de dix jours, le représentant du pouvoir adjudicateur n'a pas notifié au titulaire le décompte général, le projet de décompte général transmis par le titulaire devient le décompte général et définitif () Le décompte général et définitif lie définitivement les parties () ".

6. Il résulte de l'instruction que, à la suite de la réception des ouvrages et postérieurement à la levée des réserves, la société ECB a, par courrier du 2 avril 2021, adressé à la commune de Nanterre, maître d'œuvre, son projet de décompte final. En vertu de l'article 13.4.2 du CAAG-Travaux, la commune de Nanterre disposait d'un délai de trente jours, courant à compter du 6 avril 2021, date de réception du document, pour notifier le décompte général du marché. A défaut pour la commune d'avoir procédé à cette notification dans les délais requis, il était loisible à la société ECB, en vertu de l'article 13.4.4 du cahier des clauses administratives générales, de prendre elle-même l'initiative de l'envoi d'un projet de décompte général, ce qu'elle a fait le 2 juin 2021. Ce document, dont la commune n'est pas fondée à soutenir qu'il aurait dû comprendre d'autres éléments que le projet de décompte final tel que transmis en application de l'article 13.3.1 du cahier des clauses administratives générales, le projet d'état du solde hors révision de prix définitive, le projet de récapitulation des acomptes mensuels et le solde hors révision de prix définitive, a été reçu le lendemain par la commune de Nanterre, comme en attestent les accusés de réception versés à l'instance. Il s'ensuit, en vertu des dispositions précitées de l'article 13.4.4 du CCAG-Travaux, que la commune de Nanterre disposait d'un délai de dix jours à compter de la réception du projet de décompte général de la société ECB pour transmettre son propre projet de décompte général. A défaut, le décompte réceptionné le 3 juin 2021 est devenu le décompte général du marché et, en l'absence de réponse de la commune, a acquis un caractère définitif le 13 juin 2021. Pour s'en défendre, la commune de Nanterre n'est pas fondée à se prévaloir de son propre projet de décompte du 27 juillet 2022, qui, contrairement à ce qu'elle soutient, est intervenu après que le décompte général adressé par la société ECB eut acquis un caractère définitif tacite.

7. En second lieu, il résulte de l'instruction, en particulier du décompte général devenu définitif, que la société ECB se prévaut d'une créance d'un montant de 95 958,13 euros TTC. A la suite du paiement par la commune de la somme de 35 055,06 euros au titre du solde du marché, le 10 mai 2022, et de la somme de 7 975,75 euros TTC au titre des intérêts moratoires, le 2 mars 2022, la société ECB pouvait demander à la commune de Nanterre le reliquat non réglé de 41 515,35 euros au titre du solde du marché. L'exception de non-lieu à statuer soulevée à cet égard par la commune de Nanterre ne peut donc être accueillie.

8. Ainsi, en l'état de l'instruction, la créance dont se prévaut la société EBC, qui résulte d'un décompte général devenu définitif au terme du délai de dix jours prévu à l'article 13.4.4 du CCAG-Travaux, doit être regardée comme non sérieusement contestable dans son principe et son montant.

En ce qui concerne les intérêts moratoires et l'indemnité forfaitaire de recouvrement :

9. Aux termes de l'article 13.4.2 du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux (CCAG-Travaux) dans sa version issue de l'arrêté du 3 mars 2014 applicable au présent marché : " () Lorsque les sommes dues au titulaire n'ont pas été payées à l'échéance du délai de paiement, celui-ci a droit à des intérêts moratoires dans les conditions prévues par le décret n° 2013-269 du 29 mars 2013 relatif à la lutte contre les retards de paiement dans les contrats de la commande publique. / () ". Selon l'article 1 du décret n° 2013-269 du 29 mars 2013 relatif à la lutte contre les retards de paiement dans les contrats de la commande publique : " Le délai de paiement () est fixé à : / 1° Trente jours pour : () / b) Les collectivités territoriales et les établissements publics locaux ; () ". L'article 7 du même décret dispose que : " Lorsque les sommes dues en principal ne sont pas mises en paiement à l'échéance prévue au contrat ou à l'expiration du délai de paiement, le créancier a droit, sans qu'il ait à les demander, au versement des intérêts moratoires et de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement prévus aux articles 39 et 40 de la loi du 28 janvier 2013 susvisée ". Selon l'article 8 du même décret : " I.- Le taux des intérêts moratoires est égal au taux d'intérêt appliqué par la Banque centrale européenne à ses opérations principales de refinancement les plus récentes, en vigueur au premier jour du semestre de l'année civile au cours duquel les intérêts moratoires ont commencé à courir, majoré de huit points de pourcentage. / Les intérêts moratoires courent à compter du jour suivant l'échéance prévue au contrat ou à l'expiration du délai de paiement jusqu'à la date de mise en paiement du principal incluse. / () ". Enfin, aux termes de l'article 9 du même décret : " Le montant de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement est fixé à 40 euros. ".

10. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que le décompte général et définitif est né tacitement le 13 juin 2021. Par suite, en application des dispositions précitées, le délai de paiement était fixé au 13 juillet 2021, de sorte que les intérêts moratoires ont commencé à courir à compter du 14 juillet 2021 jusqu'à la date de mise en paiement des sommes dues. Dans ces conditions, la commune de Nanterre est condamnée à verser à la société ECB, à titre de provision, les intérêts moratoires au taux appliqué par la Banque centrale européenne à ses opérations principales de refinancement les plus récentes, en vigueur au 1er juillet 2021, majoré de huit points de pourcentage, sur la somme de 41 515,35 euros TTC, jusqu'à la date à laquelle elle sera effectivement réglée, ainsi que la somme de 40 euros correspondant à l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement, sous déduction des paiements éventuellement intervenus à ce titre.

En ce qui concerne la capitalisation des intérêts :

11. Aux termes de l'article 1343-2 du code civil, les intérêts échus des capitaux peuvent produire des intérêts, ou par une demande judiciaire, ou par une convention spéciale, pourvu que, soit dans la demande, soit dans la convention, il s'agisse d'intérêts dus au moins pour une année entière.

12. La capitalisation des intérêts a été demandée par la société ECB dans sa requête introductive d'instance devant le tribunal, le 22 novembre 2021. A cette date, les intérêts n'étaient pas dus pour une année entière. Par suite, conformément aux dispositions de l'article 1343-2 du code civil, il y a lieu de faire droit à la demande de capitalisation des intérêts de la société ECB à compter du 14 juillet 2022, date à laquelle ces intérêts étaient dus pour une année entière, et à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les frais liés à l'instance :

13. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre la somme de 1 000 euros à la charge de la commune de Nanterre sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal ordonne :

Article 1er : La commune de Nanterre est condamnée à verser à la société Entreprise Construction Bâtiment une provision de 41 515,35 euros toutes charges comprises (TTC) au titre du solde du lot n° 2 " macro-lot clos-couvert " du marché public de l'opération de réhabilitation et d'extension de l'école maternelle du groupe scolaire Joliot Curie, assortie des intérêts moratoires et de leur capitalisation dans les conditions prévues aux articles 11 et 13 de la présente ordonnance.

Article 2 : La commune de Nanterre est condamnée à verser à la société Entreprise Construction Bâtiment une provision de 40 euros au titre de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement.

Article 3 : La commune de Nanterre versera à la société Entreprise Construction Bâtiment la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de la société Entreprise Construction Bâtiment est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Entreprise Construction Bâtiment et à la commune de Nanterre.

Fait à Cergy, le 6 avril 2023.

La juge des référés,

signé

C. Oriol.

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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