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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2114660

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2114660

jeudi 30 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2114660
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre (JU)
Avocat requérantPIERRE CARMOUZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante, enregistrée sous le n° 2114660 :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 novembre 2021 et 21 juin 2023, l'Association de Bienfaisance de la Mosquée d'Omar Sud des Hauts-de-Seine (ABMOSHS), représentée par Me Carmouze, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge ou, à titre subsidiaire, la réduction des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2019 et 2020, à raison d'un immeuble dont elle est propriétaire situé 1-3, avenue Louis Pasteur à Bagneux ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les impositions en litige ont été établies en méconnaissance des droits de la défense, tels que garantis à l'article L. 80 CA du livre des procédures fiscales ;

- les locaux en litige auraient dû être imposés dans la catégorie des locaux affectés aux cultes (SPE 7) et à l'enseignement (ENS 1), correspondant au changement de destination déclaré en 2018 ;

- à défaut, ils auraient dû être imposés dans la catégories des espaces de stockage, correspondant à l'utilisation possible durant les travaux.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 7 avril 2022 et 8 avril 2024, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.

II - Vu la procédure suivante, enregistrée sous le n° 2206936 :

Par une réclamation, soumise d'office le 13 mai 2022 par la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise en application des articles R. 199-1 et R. 200-3 du livre des procédures fiscales, et un mémoire, enregistré le 21 juin 2023, l'Association de Bienfaisance de la Mosquée d'Omar Sud des Hauts-de-Seine (ABMOSHS), représentée par Me Carmouze, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge ou, à titre subsidiaire, la réduction de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2021, à raison d'un immeuble dont elle est propriétaire situé 1-3, avenue Louis Pasteur à Bagneux ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'imposition en litige a été établie en méconnaissance des droits de la défense, tels que garantis à l'article L. 80 CA du livre des procédures fiscales ;

- l'immeuble en litige, devenu impropre à toute utilisation à raison de travaux dont il faisait l'objet, ne pouvait être soumis à la taxe foncière sur les propriétés bâties ;

- à défaut, les locaux en litige auraient dû être imposés dans la catégorie des locaux affectés aux cultes (SPE 7) et à l'enseignement (ENS 1), correspondant au changement de destination déclaré en 2018, ou en tant que locaux de stockage.

La directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise n'a pas, outre la réclamation de l'association requérante soumise d'office, produit de mémoire en défense, ni versé de pièces au dossier.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Villette, conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Villette, magistrat désigné ;

- les conclusions de M. Prost, rapporteur public ;

- et les observations de Me Carmouze.

Considérant ce qui suit :

1. L'association ABMOSHS a été assujettie, au titre des années 2019 à 2021, à des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties à raison d'un immeuble dont elle est propriétaire situé 1-3, avenue Louis Pasteur à Bagneux. Par des réclamations du 24 mars et 23 novembre 2021, dont la première a été rejeté par l'administration fiscale le 19 septembre 2021 et la seconde a été soumise d'office au tribunal sur le fondement de l'article R. 199-1 du livre des procédures fiscales, la requérante a demandé le dégrèvement de ces impositions. L'association ABMOSHS demande au tribunal de prononcer la décharge ou, à défaut, la réduction des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2019 à 2021.

Sur la jonction :

2. Les requêtes enregistrées sous les numéros 2114660 et 2206936 concernent la même contribuable, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions aux fins de décharge et de réduction :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 80 CA du livre des procédures fiscales : " La juridiction saisie peut, lorsqu'une erreur non substantielle a été commise dans la procédure d'imposition, prononcer, sur ce seul motif, la décharge des majorations et amendes, à l'exclusion des droits dus en principal et des intérêts de retard. / Elle prononce la décharge de l'ensemble lorsque l'erreur a eu pour effet de porter atteinte aux droits de la défense ou lorsqu'elle est de celles pour lesquelles la nullité est expressément prévue par la loi ou par les engagements internationaux conclus par la France. ".

4. Le respect du principe général des droits de la défense exige, lorsqu'une imposition est, comme la taxe foncière sur les propriétés bâties, assise sur la base d'éléments qui doivent être déclarés par le redevable, que l'administration n'établisse, à la charge de celui-ci, des droits excédant le montant de ceux qui résulteraient des éléments qu'il a déclarés qu'après l'avoir mis à même de présenter ses observations. Si l'administration fiscale doit, notamment, s'acquitter de cette obligation lorsqu'elle procède, en application des dispositions de l'article 1508 du code général des impôts, au redressement des bases de la taxe foncière sur les propriétés bâties d'un contribuable pour une insuffisance d'évaluation résultant du défaut ou de l'inexactitude des déclarations des propriétés bâties prévues aux articles 1406 et 1502 de ce code, avant d'établir la première cotisation de taxe affectée par ce redressement, elle n'y est, en revanche, pas tenue lorsque, sans remettre en cause aucun élément qu'il aurait incombé au redevable de déclarer, elle prend en compte les bases retenues au titre de l'année précédente, qu'elle reconduit sans changement.

5. Il résulte de l'instruction que les impositions en litiges ont été établies conformément aux déclarations effectuées par la contribuable auprès de l'administration fiscale. Dans ces conditions, l'administration n'était pas tenue de mettre l'intéressée à même de présenter ses observations avant de mettre en recouvrement les impositions en litige et ne peut, dès lors, être regardée comme ayant méconnu les droits de la défense. Par suite, en l'absence d'erreur commise par l'administration fiscale, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 80 CA du livre des procédures fiscales ne peut qu'être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 1380 du code général des impôts : " La taxe foncière est établie annuellement sur les propriétés bâties sises en France à l'exception de celles qui en sont expressément exonérées par les dispositions du présent code. ". Aux termes de l'article 1415 du même code : " La taxe foncière sur les propriétés bâties, la taxe foncière sur les propriétés non bâties () sont établies pour l'année entière d'après les faits existants au 1er janvier de l'année de l'imposition. ".

7. Un immeuble passible de la taxe foncière sur les propriétés bâties qui fait l'objet de travaux entrainant sa destruction intégrale avant sa reconstruction ne constitue plus, jusqu'à l'achèvement des travaux, une propriété bâtie assujettie à la taxe foncière en application de l'article 1380 du code général des impôts. Il en va de même lorsqu'un immeuble fait l'objet de travaux nécessitant une démolition qui, sans être totale, affecte son gros œuvre d'une manière telle qu'elle le rend dans son ensemble impropre à toute utilisation. En revanche, la seule circonstance qu'un immeuble fasse, ultérieurement à son achèvement et alors qu'il est soumis à ce titre à la taxe foncière sur les propriétés bâties, l'objet de travaux qui, sans emporter ni démolition complète ni porter une telle atteinte à son gros œuvre, le rendent inutilisable au 1er janvier de l'année d'imposition, ne fait pas perdre à cet immeuble son caractère de propriété bâtie pour l'application de l'article 1380 du code général des impôts. Dans ces conditions, cet immeuble ne pouvait être regardé comme ayant fait l'objet, au 1er janvier des années d'imposition en litige, de travaux de démolition affectant son gros œuvre d'une manière telle qu'ils le rendent dans son ensemble impropre à toute utilisation.

8. Il résulte de l'instruction, et est au demeurant constant, qu'au 1er janvier 2019 et au 1er janvier 2020, les travaux dont devait faire l'objet l'immeuble dont est propriétaire l'association requérante n'avaient pas encore débuté. Par ailleurs, il résulte de l'instruction qu'au 1er janvier 2021, l'immeuble en litige disposait encore d'une structure de bâti couverte d'un toit, avec des planchers, plafonds et murs. Dans ces conditions, cet immeuble ne pouvait être regardé comme ayant fait l'objet, au 1er janvier des années d'imposition en litige, de travaux de démolition affectant son gros œuvre d'une manière telle qu'ils le rendent dans son ensemble impropre à toute utilisation. Par suite, l'association ABMOSHS n'est pas fondée à soutenir que l'administration aurait méconnu les dispositions de l'article 1380 du code général des impôts.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article 1498 du code général des impôts : " I. - La valeur locative de chaque propriété bâtie ou fraction de propriété bâtie, autres que les locaux mentionnés au I de l'article 1496, que les établissements industriels mentionnés à l'article 1499 et que les locaux dont la valeur locative est déterminée dans les conditions particulières prévues à l'article 1501, est déterminée selon les modalités prévues aux II ou III du présent article. / Les propriétés mentionnées au premier alinéa sont classées dans des sous-groupes, définis en fonction de leur nature et de leur destination. A l'intérieur d'un sous-groupe, elles sont classées par catégories, en fonction de leur utilisation, de leurs caractéristiques physiques, de leur situation et de leur consistance. Les sous-groupes et catégories de locaux sont déterminés par décret en Conseil d'Etat () II. - A. - La valeur locative de chaque propriété bâtie ou fraction de propriété bâtie mentionnée au I est déterminée en fonction de l'état du marché locatif à la date de référence du 1er janvier 2013, sous réserve de la mise à jour prévue au III de l'article 1518 ter. / Elle est obtenue par application d'un tarif par mètre carré déterminé conformément au 2 du B du présent II à la surface pondérée du local définie au C du présent II () ". Aux termes de l'article 1517 du même code : " I. 1. Il est procédé, annuellement, à la constatation des constructions nouvelles et des changements de consistance ou d'affectation des propriétés bâties et non bâties ainsi qu'à la constatation des changements d'utilisation des locaux mentionnés au I de l'article 1498 () Il en va de même pour les changements de caractéristiques physiques ou d'environnement () II. - 1. Les valeurs locatives résultant des changements mentionnés au I du présent article sont appréciées : () b) Pour les biens évalués selon les règles prévues au II de l'article 1498, à la date mentionnée au A du même II () ". Enfin, aux termes de l'article 1406 de ce code : " I. - Les constructions nouvelles, ainsi que les changements de consistance ou d'affectation des propriétés bâties et non bâties, sont portés par les propriétaires à la connaissance de l'administration, dans les quatre-vingt-dix jours de leur réalisation définitive et selon les modalités fixées par décret. Il en est de même pour les changements d'utilisation des propriétés bâties mentionnées au I de l'article 1498, pour les changements de catégorie des propriétés bâties mentionnées au I de l'article 146 de la loi n° 2019-1479 du 28 décembre 2019 de finances pour 2020 et pour les changements de méthode de détermination de la valeur locative en application des articles 1499-00 A ou 1500 du présent code () ".

10. Il résulte de ces dispositions que des travaux intervenus sur un immeuble ne peuvent être pris en compte, pour la détermination de sa valeur locative, que s'ils répondent aux conditions posées par l'article 1517 du code général des impôts. En vertu de l'article 1406 de ce code, il appartient aux propriétaires de porter à la connaissance de l'administration, dans les quatre-vingt-dix-jours de leur réalisation définitive, les constructions nouvelles, ainsi que les changements de consistance ou d'affectation des propriétés bâties et non bâties.

11. L'association ABMOSHS fait valoir que, eu égard aux travaux dont il faisait l'objet, l'immeuble en litige ne pouvait pas être utilisé en qualité d'immeuble de bureaux, et qu'il aurait dû être classé dans la catégorie des locaux affectés aux cultes (SPE 7) et à l'enseignement (ENS 1), correspondant à leur nouvelle affectation, ou en tant que locaux de stockage. Toutefois, il résulte de l'instruction que l'association requérante n'a informé l'administration d'un changement d'affectation de l'immeuble en cause selon les modalités définies par les dispositions précitées du I de l'article 1406 du code général des impôts, que le 30 mars 2021, postérieurement au fait générateur des impositions en litige, et alors même que les travaux n'étaient pas terminés. Par ailleurs, la circonstance que les travaux effectués aient temporairement rendu l'immeuble impropre à un usage de bureau n'est pas de nature à le regarder comme ayant fait l'objet d'un changement de destination. En outre, il ne résulte pas de l'instruction que l'immeuble en litige ait été rendu disponible pour un usage de dépôt pendant la durée des travaux. Par suite, les locaux détenus par l'association ABMOSHS devaient donc toujours être regardés comme étant à usage de bureaux au 1er janvier des années d'imposition en litige.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge et de réduction présentées par l'association ABMOSHS doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. L'État n'étant pas, dans cette instance, la partie perdante, il y a lieu de rejeter les conclusions de l'association ABMOSHS présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Les requêtes de l'Association de Bienfaisance de la Mosquée d'Omar Sud des Hauts-de-Seine sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'Association de Bienfaisance de la Mosquée d'Omar Sud des Hauts-de-Seine et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.

Le magistrat désigné,

signé

G. VILLETTE La greffière,

signé

A. CHANSON

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2114660, 2206936

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