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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2114714

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2114714

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2114714
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantTHEOBALD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 15 novembre 2021 et le 5 janvier 2022, l'association Musique pour tous, représentée par Me Theobald, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler les décisions des 4 août et 13 septembre 2021 par lesquelles la direction générale des finances publiques lui a refusé le bénéfice du fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 au titre des mois de janvier, février, mars et mai 2021 ;

2°) d'enjoindre à la direction générale des finances publiques de lui verser les aides sollicitées au titre des mois en cause.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'un vice d'incompétence ;

- elles sont entachées d'une insuffisance de motivation ;

- la décision du 4 août 2021 est entachée d'une erreur de droit au regard du décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 modifié, dès lors que l'administration fiscale ne pouvait lui opposer de tardiveté pour compléter sa demande, introduite dans les délais ;

- la décision du 13 septembre 2021 est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que l'administration fiscale, qui ne pouvait lui opposer un défaut de réponse dans le délai de 40 jours ne ressortant d'aucun texte, était en mesure de fixer elle-même le montant de la subvention à laquelle elle pouvait prétendre.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 janvier 2022, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés et doit être regardée comme demandant une substitution de motif, dès lors que, concernant les demandes d'aide pour les mois de février et mars 2021, la requérante n'a pas réussi à justifier le chiffre d'affaires qu'elle avait inscrit dans le formulaire de déclaration, et, concernant la demande d'aide pour le mois de mai 2021, les chiffres déclarés n'étaient pas corroborés par les justificatifs joints à sa demande.

Par une ordonnance du 8 février 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 11 avril 2023 à 12 heures.

Un mémoire a été produit pour l'association Musique pour tous le 9 avril 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction. Il n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 modifiée portant création d'un fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation ;

- le décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 modifié relatif au fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Cordary, première conseillère ;

- et les conclusions de M. Sitbon, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. L'association Musique pour tous, dont le siège est situé à Nanterre (Hauts-de-Seine) et qui a pour objet la promotion de la pratique musicale pour tous, demande au tribunal d'annuler les décisions des 4 août et 13 septembre 2021 par lesquelles la direction générale des finances publiques lui a refusé le bénéfice du fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 au titre des mois de janvier, février, mars et mai 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision du 4 août 2021 en tant qu'elle porte sur la demande d'aide au titre du mois de janvier 2021 et la décision du 13 septembre 2021 :

2. Indépendamment des actions indemnitaires qui peuvent être engagées contre la personne publique, les recours relatifs au refus d'octroi de l'aide accordée dans le cadre du fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19, qui relève de la catégorie des subventions, ne peuvent être portés que devant le juge de l'excès de pouvoir. Il ne s'agit donc pas de recours de plein contentieux, contrairement à ce que soutient l'administration fiscale.

3. Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci () ". Selon l'article L. 212-2 du même code : " Sont dispensés de la signature de leur auteur, dès lors qu'ils comportent ses prénom, nom et qualité ainsi que la mention du service auquel celui-ci appartient, les actes suivants : / 1° Les décisions administratives qui sont notifiées au public par l'intermédiaire d'un téléservice () ". Selon l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. Il ressort des pièces du dossier que les décisions attaquées, notifiées par l'intermédiaire d'un téléservice, ne comportent pas les mentions du prénom, du nom et de la qualité de leur auteur, mais uniquement la mention " Direction générale des finances publiques ". Cette mention ne permet pas de s'assurer de la compétence de son auteur, en méconnaissance des dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration. Au surplus, la décision du 13 septembre 2021 ne comporte pas les bases légales qui la fondent.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, qui n'apparaissent pas, en l'état de l'instruction, de nature à fonder une annulation, ni sur la substitution de motif sollicitée par l'administration fiscale, que l'association Musique pour tous est fondée à demander l'annulation de la décision du 4 août 2021, en tant qu'elle porte sur la demande d'aide au titre du mois de janvier 2021, et de la décision du 13 septembre 2021, par lesquelles l'administration fiscale lui a refusé le bénéfice du fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 au titre des mois de janvier et mai 2021.

En ce qui concerne la décision du 4 août 2021 en tant qu'elle porte sur les demandes d'aide au titre des mois de février et de mars 2021 :

6. Aux termes de l'article 1er de l'ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 portant création d'un fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation : " Il est institué, (), un fonds de solidarité ayant pour objet le versement d'aides financières aux personnes physiques et morales de droit privé exerçant une activité économique particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation du covid-19 et des mesures prises pour en limiter la propagation [] ". Selon le premier alinéa de l'article 3 de la même ordonnance : " Un décret fixe le champ d'application du dispositif, les conditions d'éligibilité et d'attribution des aides, leur montant ainsi que les conditions de fonctionnement et de gestion du fonds ".

7. Le décret n° 2020-317 du 30 mars 2020 relatif au fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation précise la liste des justificatifs à joindre à la demande d'aide.

8. Aux termes de l'article 3-1 de l'ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 : " I. - Les aides versées au titre du fonds le sont sur la base d'éléments déclaratifs prévus par décret [] / II. - Les documents attestant du respect des conditions d'éligibilité au fonds et du correct calcul du montant de l'aide sont conservés par le bénéficiaire pendant cinq années à compter de la date de versement de cette dernière. Les agents de la direction générale des finances publiques et les agents publics affectés dans les services déconcentrés des administrations civiles de l'Etat peuvent demander à tout bénéficiaire du fonds communication de tout document relatif à son activité, notamment administratif ou comptable, permettant de justifier de son éligibilité et du correct montant de l'aide reçue pendant cinq années à compter de la date de son versement. Le bénéficiaire dispose d'un délai d'un mois pour produire ces justifications à compter de la date de la demande. [] ".

9. Par ailleurs, selon les dispositions des articles 3-4 et 3-15 du décret n° 2020-317 du 30 mars 2020 relatif au fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation, applicables aux demandes d'aide au titre des mois de novembre et décembre 2020, ces demandes doivent être accompagnées notamment d'une estimation du montant de perte de chiffre d'affaires de l'entreprise concernée.

10. L'attribution de l'aide, fondée sur des éléments déclaratifs, ne peut ainsi être refusée que si les éléments déjà en possession de l'administration sont de nature à créer un doute sérieux quant à la véracité des déclarations de l'entreprise et à justifier une demande d'explications dans le cadre de l'instruction de la demande. Dans le cas où l'absence de perte de chiffre d'affaires serait établie après le versement de l'aide, la récupération de la subvention peut, en revanche, être réclamée.

11. Pour refuser d'accorder à l'association Musique pour tous l'aide sollicitée au titre des mois de février et mars 2021, l'administration soutient en dernier lieu, par substitution de motif, qu'elle n'a pas apporté de justificatif permettant d'établir la perte de chiffre d'affaires déclarée. Toutefois, dès lors que le dispositif d'aide en cause est déclaratif et que l'administration fiscale, qui ne justifie d'aucun doute sérieux sur le chiffre d'affaires déclaré par la requérante dans ses demandes d'aides du mois d'avril 2021, dont elle avait été destinataire, un tel motif doit être regardé comme entaché d'erreur de droit.

12. Il résulte de ce qui précède que l'association Musique pour tous est fondée à demander l'annulation de la décision du 4 août 2021, en tant qu'elle porte sur les demande d'aide au titre des mois de février et de mars 2021, par laquelle l'administration fiscale lui a refusé le bénéfice du fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 au titre des mois de février et mars 2021.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Au vu des moyens d'annulation retenus, il y a lieu d'enjoindre à la direction départementale des finances publiques des Hauts-de-Seine de réexaminer les demandes de l'association Musique pour tous, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, pour les mois de janvier, février, mars et mai 2021.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : Les décisions des 4 août et 13 septembre 2021 par lesquelles la direction générale des finances publiques a refusé à l'association Musique pour tous le bénéfice du fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 au titre des mois janvier, février, mars et mai 2021, sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint à la direction départementale des finances publiques des Hauts-de-Seine de réexaminer les demandes de l'association Musique pour tous, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Les conclusions des requêtes sont rejetées pour le surplus.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l'association Musique pour tous et à la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise.

Copie en sera adressée à la direction départementale des finances publiques des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Oriol, présidente, Mme Cordary, première conseillère, et Mme Lusinier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

C. CORDARY

La présidente,

Signé

C. ORIOLLa greffière,

Signé

V. RICAUD

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation,

La greffière

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