mercredi 12 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2114949 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | LEKEUFACK |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 2 décembre 2021 et le 15 mars 2022, M. A, représenté par Me Leukeufack, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 novembre 2021 par lequel le préfet du Val-d'Oise lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer une carte de séjour temporaire et à défaut de réexaminer sa situation, dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur le refus de titre de séjour :
- l'arrêté est entaché d'incompétence ;
- il est insuffisamment motivé et est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'une incompétence ;
- elle insuffisamment motivée
- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est elle-même entachée la décision de refus de titre de séjour.
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juillet 2022, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et produit toutes les pièces utiles au dossier.
Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 21 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 5 septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique du :
- le rapport de M. Thierry, président-rapporteur
- et les observations de Me Leukeufack, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant gambien, né en juillet 1991, expose qu'il est arrivé en France en 2019. Il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 3 novembre 2021, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Sans qu'il soit besoin d'examiner l'ensemble des moyens de la requête :
3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1-Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".
4. M. A expose être entré en France en février 2019 et justifie, par les pièces qu'il produit, de sa présence continue sur le territoire français depuis le mois de juillet. Il établit qu'il a conclu un pacte civil de solidarité avec une compatriote le 10 octobre 2020. M. A et sa compagne sont parents de deux enfants nés respectivement le 29 août 2019 et le 29 juillet 2020 et font d'ailleurs état, sans que cela n'ait d'influence sur la légalité de la décision litigieuse, qu'ils attendent un troisième enfant. Il ressort des pièces du dossier que la compagne de M. A est entrée en France à la faveur d'un regroupement familial en 1994 et y a obtenu, à Paris, son diplôme d'infirmière en 2016. A la date de la décision attaquée elle disposait d'une carte de séjour valable dix ans jusqu'en 2022 qui a, au demeurant été renouvelée pour une nouvelle durée de dix ans. Il ressort de ces mêmes pièces que la compagne de M. A disposait d'un contrat de travail à durée indéterminée signé en 2017 pour un emploi d'infirmière dans un hôpital. Celle-ci a ainsi vocation à demeurer sur le territoire français. Dans ces circonstances particulières, en dépit de la durée relativement courte du séjour en France de M. A, le foyer familial fondé par ce dernier avec sa compagne est durablement ancré en France en raison des liens anciens et professionnels qu'y a noués cette dernière. Le refus de délivrer à M. A le titre de séjour que ce dernier a sollicité, fait obstacle à ce qu'il séjourne légalement sur le territoire français. L'impossibilité pour lui de se maintenir sur le territoire français implique qu'il s'éloigne de sa compagne et de ses enfants ou qu'il éloigne ces derniers de leur mère. Dans ces conditions le préfet du Val-d'Oise a porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A et a méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il est fondé pour ce motif à demander l'annulation de cette décision de refus de titre de séjour.
5. En raison des effets qui s'y attachent, l'annulation pour excès de pouvoir d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, emporte, lorsque le juge est saisi de conclusions recevables, l'annulation par voie de conséquence des décisions administratives consécutives qui n'auraient pu légalement être prises en l'absence de l'acte annulé ou qui sont en l'espèce intervenues en raison de l'acte annulé. Il en va ainsi, notamment, des décisions qui ont été prises en application de l'acte annulé et de celles dont l'acte annulé constitue la base légale. Il incombe au juge de l'excès de pouvoir, lorsqu'il est saisi de conclusions recevables dirigées contre de telles décisions consécutives, de prononcer leur annulation par voie de conséquence, le cas échéant en relevant d'office un tel moyen qui découle de l'autorité absolue de chose jugée qui s'attache à l'annulation du premier acte.
6. L'annulation de la décision de refus de titre de séjour, implique par voie de conséquence également celle des décisions par lesquelles le préfet du Val-d'Oise a obligé M. A à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination d'une reconduite d'office à la frontière qui sont intervenue en raison du refus de titre de séjour.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. "
8. L'annulation des décisions litigieuses implique nécessairement que le préfet du Val-d'Oise délivre à M. A un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce de prescrire l'exécution de cette mesure dans les deux mois suivants la notification du présent jugement. Il n'y pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :
9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application de ces dispositions, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros qu'il paiera M. A, au titre des frais non compris dans les dépens que ce dernier a exposés.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 3 novembre 2021 du préfet du Val-d'Oise est annulé.
Article 2 :Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de délivre à M. A un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans les deux mois suivants la notification du présent jugement.
Article 3 :L'Etat versera à M. A une somme de 1 000 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 4 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 :Les conclusions de préfet du Val-d'Oise relatives aux frais non compris dans les dépens sont rejetées.
Article 6 :Le présent jugement sera notifié à M. A et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 4 juillet à laquelle siégeaient :
M. Thierry, président,
M. Baude, premier conseiller,
Mme Zaccaron Guerin, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.
Le président,
signé
P. Thierry L'assesseur le plus ancien,
signé
F.-E. Baude
La greffière,
signé
S. Le Gueux
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 21149492
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026