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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2115057

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2115057

mercredi 24 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2115057
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation11ème Chambre (JU)
Avocat requérantPARASTATIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 décembre 2021, Mme C A, représentée par Me Parastatis, demande au tribunal :

1°) de condamner l'État à lui verser la somme de 8 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de son absence de relogement assortie des intérêts au taux légal capitalisé ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

3°) d'ordonner l'exécution provisoire de la décision à intervenir.

Mme A soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la responsabilité de l'État est engagée en raison de la carence fautive à assurer son relogement dans les délais impartis, alors que sa demande a été reconnue prioritaire et urgente par la commission de médiation ;

- elle subit des troubles dans ses conditions d'existence à hauteur de 8 000 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 mai 2022, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- depuis le 11 octobre 2019 il est délié de son obligation, dès lors que la requérante a refusé sans motif impérieux une proposition de logement ;

- le préjudice est dépourvu de lien direct et certain avec sa faute éventuelle ;

- le montant de l'indemnisation demandé est excessif.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 novembre 2020.

Vu :

- le jugement n°1701516 du tribunal administratif de Cergy-Pontoise en date du 10 mai 2017 ;

- l'ordonnance n°1704423 du tribunal administratif de Cergy-Pontoise du 9 novembre 2020 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Thomas Bertoncini, vice-président, pour statuer sur les litiges prévus aux articles R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Bertoncini, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. La commission de médiation du département du Val-d'Oise a, par une décision du 12 août 2016, désigné Mme A comme prioritaire et devant être logée en urgence. Par un jugement n°1701516 en date du 10 mai 2017, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise, saisi par l'intéressée sur le fondement de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, a enjoint au préfet du Val-d'Oise d'assurer le logement de la requérante avant le 1er juillet 2017, sous astreinte de 450 euros par mois de retard à compter de cette date. Par une ordonnance n°1704423 en date du 9 novembre 2020 ce même tribunal a, après avoir estimé que le préfet du Val-d'Oise s'était acquitté de ses obligations le 11 octobre 2019, liquidé cette astreinte pour la période comprise entre le 1er juillet 2017 et le 30 septembre 2019. Invoquant néanmoins la carence fautive à exécuter la décision de la commission de médiation du département du Val-d'Oise et la décision du tribunal administratif, Mme A a saisi le préfet, par un courrier du 22 juillet 2021, réceptionné le 2 août suivant, d'une demande indemnitaire préalable, qui a été implicitement rejetée. Mme A demande au tribunal de condamner l'État à lui verser une somme de 8 000 euros en réparation des préjudices subis.

Sur la responsabilité :

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".

3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement. Dans le cas où le demandeur a été reconnu prioritaire au seul motif que sa demande de logement social n'a pas reçu de réponse dans le délai réglementaire, son maintien dans le logement où il réside ne peut être regardé comme entraînant des troubles dans ses conditions d'existence lui ouvrant droit à réparation que si ce logement est inadapté au regard, notamment, de ses capacités financières et de ses besoins.

4. La commission de médiation du département du Val-d'Oise a reconnu le caractère urgent et prioritaire de la demande de l'intéressée au motif qu'elle était en attente d'un logement social depuis un délai supérieur au délai fixé par arrêté préfectoral. D'une part, il résulte de l'instruction qu'une proposition de logement a été adressée à Mme A, le 11 octobre 2019, pour un logement de type T3, situé à Ermont. Elle déclare avoir refusé cette proposition au motif que la proposition n'était pas adaptée à ses besoins, en faisant valoir que le logement se situe au 8ième étage alors qu'elle est phobique des ascenseurs et ne peut monter plus de deux étages à pied. Il résulte toutefois de l'instruction qu'elle a elle-même indiqué dans sa demande de logement social, le 23 mai 2013, être capable de monter plus d'un étage, refuser les logements en rez-de-chaussée et accepter les logements sans ascenseur. En outre, dans son recours amiable, elle a précisé être handicapée, mais ne pas avoir besoin de disposer d'un logement adapté à ce handicap. Dans ces conditions, Mme A, qui ne conteste pas avoir été informée des conséquences de son refus, n'établit pas que la proposition qui lui a été faite serait inadaptée à ses besoins et à ses capacités, seul un certificat médical établi par son médecin généraliste le 3 juin 2020 précisant, dans des termes généraux, qu'elle est claustrophobe avec phobie des ascenseurs. Il s'ensuit que son refus ne saurait être regardé comme reposant sur des motifs impérieux de nature à le justifier. Ainsi, le préfet du Val-d'Oise doit être regardé comme justifiant avoir offert à Mme A un logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités et les motifs de refus de l'intéressée comme relevant de pures convenances personnelles. Cette circonstance est de nature à faire perdre à l'intéressée, à compter du 11 octobre 2019, le bénéfice de la décision de la commission de médiation. En revanche, antérieurement à cette date, il résulte de l'instruction que la requérante, souffrant d'un handicap, était hébergée chez un tiers avec son fils majeur dans un logement de 14 m², ses ressources ne lui permettant pas d'accéder par ses propres moyens à un logement. Elle justifie ce faisant que sa demande de logement social était urgente et prioritaire. Enfin, si elle a, avant le 11 octobre 2019, refusé une proposition de logement, il n'est pas sérieusement contesté que ce logement était inadapté à ses besoins. Partant, la carence fautive de l'État à lui proposer un logement s'étend du 12 février 2017 au 11 octobre 2019. Cette carence lui a causé des troubles de toutes natures dans ses conditions d'existence. Dans ces conditions et dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi au titre des troubles de toutes natures dans ses conditions d'existence en évaluant l'indemnisation due à la somme totale de 700 euros.

5. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'État à verser à Mme A la somme de 700 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

6. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 susmentionnée. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Parastatis, conseil de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Parastatis de la somme de 1 000 euros.

Sur l'exécution provisoire :

7. En vertu des dispositions de l'article L. 11 du code de justice administrative, les jugements des tribunaux administratifs sont exécutoires. Par suite, les conclusions tendant à l'exécution provisoire du présent jugement, irrecevables, ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : L'État est condamné à verser à Mme A la somme de 700 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Article 2 : Il est mis à la charge de l'État la somme de 1 000 euros à verser à Me Parastatis, conseil de Mme A, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle, sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à Me Parastatis et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mai 2023.

Le magistrat désigné,

signé

T. BertonciniLa greffière,

signé

M. B

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2115057

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