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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2115214

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2115214

mardi 14 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2115214
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantTHEOBALD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés respectivement les 29 novembre 2021, 18 mars 2022, 22 janvier 2024, 8 février 2024 et 9 mars 2024, M. A B, représenté par Me Theobald, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l'établissement public territorial Vallée Sud-Grand Paris au paiement de la somme de 20 205, 72 euros, augmentée des intérêts au taux légal à compter du 9 août 2021, et de la capitalisation des intérêts à compter du 9 août 2022 et à chaque échéance annuelle à compter de cette date, en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de l'illégalité de la décision du 21 août 2019 par laquelle son président a décidé d'exercer son droit de préemption pour acquérir le local d'activité commerciale et l'emplacement de stationnement formant les lots 3 et 11 de la copropriété de l'immeuble sis 67 et 69 rue du Parc, à Clamart ;

2°) de mettre à la charge de l'établissement public territorial Vallée Sud-Grand Paris la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision du 21 août 2019 a été annulée par un jugement n°1912419 du 8 janvier 2021 du tribunal administratif de céans, aux motifs qu'elle était insuffisamment motivée et que l'établissement public territorial ne justifiait, pas de la réalité d'un projet d'action ou d'opération d'aménagement répondant aux objets mentionnés à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme ;

- l'illégalité de la décision du 21 août 2019 constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'établissement public ;

- en tant qu'acquéreur évincé, il a subi un préjudice financier, évalué à la somme de 15 205, 72 euros, résultant du paiement de loyers, charges locatives, frais administratif et mensualités bancaires au cours de la période de responsabilité, qui s'étend du 21 août 2019 au 30 avril 2021, date à laquelle le contrat de vente a été signé ; il a également subi un préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence qu'il évalue à la somme de 5 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mars 2024, l'établissement public territorial Vallée Sud - Grand Paris conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- il n'est pas établi que l'illégalité de la décision de préemption aurait été la cause de l'impossibilité pour le requérant de procéder à la réitération de la vente avant l'expiration de la promesse de vente fixée au 30 août 2019 dès lors qu'il n'est pas démontré que les conditions suspensives avaient été réalisées à la date de la décision de préemption et que les conditions suspensives présentes dans la promesse de vente n'étaient pas de nature à faire, par elles-mêmes, obstacle à la vente ;

- la période d'indemnisation court à compter de la date de notification de la décision illégale de préemption jusqu'à la date de notification du jugement de première instance prononçant l'annulation de cette décision, quand bien même il aurait été interjeté appel de ce jugement ; en l'espèce, il y a lieu de tenir compte d'une période allant de la décision de préemption du 21 août 2019 jusqu'au 28 octobre 2019, date à laquelle l'exécution de la décision a été suspendue par le juge des référés du tribunal de céans ;

- s'agissant de l'évaluation du préjudice financier, les sommes exposées entre le 29 octobre 2019 et le 30 avril 2021, soit en dehors de la période d'indemnisation admise en l'occurrence, ne pourront être retenues ; en outre et en tout état de cause, le requérant ne justifie pas avoir versé la somme de 22 843,65 euros, au cours de la période du 21 août 2019 jusqu'au 30 avril 2021, au titre des loyers et charges exposés en tant que locataire du local commercial ayant fait l'objet de la décision de préemption du 21 août 2019 ; de plus, le requérant n'établit pas que les charges qu'il aurait acquittées, s'il avait acquis le bien en cause, doivent être évaluées au regard des seules charges de copropriété et taxes foncières ; en effet, si le requérant atteste avoir acquis le bien sur ses fonds propres à la date de la signature de l'acte de vente le 30 avril 2021, il ne démontre toutefois pas qu'à la date de la décision de préemption, le 21 août 2019, il n'aurait pas été dans l'obligation de contracter un prêt pour acquérir ledit bien ; ainsi, le préjudice financier évalué à la somme de 17 808,66 euros n'est pas justifié ;

- le préjudice moral ainsi que les troubles dans les conditions de son existence que le requérant évalue à la somme de 5 000 euros n'est pas davantage justifié.

Un mémoire a été présenté par l'Etablissement Public territorial Vallée Sud - Grand Paris, enregistré le 4 avril 2024, qui n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Saïh ;

- les observations orales de Me Theobald, représentant M. B ;

- les observations orales de Me Lopez, représentant de l'établissement public territorial Vallée Sud - Grand Paris.

Considérant ce qui suit :

1. M. B était locataire d'un local commercial d'une surface de 206,58 m2 et un emplacement de stationnement en copropriété, formant les lots n°3 et n°11, situés 67-69 rue du Parc à Clamart, appartenant aux consorts C. Le 7 juin 2019, les propriétaires avaient consenti à M. B une promesse de vente pour ces deux lots. Le 21 août 2019, à la suite de la réception en mairie le 14 juin 2019 d'une déclaration d'intention d'aliéner pour le bien en cause, le président de l'établissement public territorial Vallée Sud-Grand Paris avait décidé d'exercer son droit de préemption urbain. Cette décision du 21 août 2019 a été annulée par un jugement n°1912419 du tribunal administratif de céans du 8 janvier 2021, aux motifs qu'elle était insuffisamment motivée et que l'établissement public territorial ne justifiait pas de la réalité d'un projet d'action ou d'opération d'aménagement répondant aux objets mentionnés à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme. Par courrier du 5 août 2021, reçu le 9 août suivant, M. B a saisi l'établissement public territorial Vallée Sud-Grand Paris d'une demande préalable tendant à l'indemnisation des préjudices subis du fait de l'illégalité de la décision de préemption. Cette demande a été rejetée par une décision en date du 24 septembre 2021. Par la présente requête, M. B demande au tribunal de condamner l'établissement public territorial Vallée Sud - Grand Paris au paiement de la somme de 20 205, 72 euros, augmentée des intérêts au taux légal à compter du 9 août 2021, et de la capitalisation des intérêts, en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de l'illégalité de cette décision du 21 août 2019.

Sur les conclusions tendant à la condamnation de l'établissement public territorial Vallée Sud - Grand Paris :

En ce qui concerne le principe de la responsabilité :

2. La décision du 21 août 2019 par laquelle l'établissement public territorial Vallée Sud-Grand Paris a été annulée par le jugement n°1912419 du tribunal administratif de céans du 8 janvier 2021, devenu définitif au motif notamment que l'établissement public territorial ne justifiait pas de la réalité d'un projet d'action ou d'opération d'aménagement répondant aux objets mentionnés à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme. L'illégalité ainsi commise constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'établissement public à l'égard de M. B.

En ce qui concerne la période de responsabilité :

3. La période au titre de laquelle M. B peut valablement prétendre à la réparation de ses préjudices court à compter de la date de notification de la mesure de préemption illégale, le 21 août 2019, et s'achève, non pas à la date de l'ordonnance suspendant l'exécution de cette décision, le 28 octobre 2019, comme l'indique l'établissement public, mais le 30 avril 2021, date de conclusion de la vente des biens en cause, M. B ayant attendu le caractère définitif du jugement susmentionné du 8 janvier 2021 annulant la mesure illégale et un délai raisonnable nécessaire à la reprise des relations contractuelles avec le vendeur.

En ce qui concerne les préjudices de M. B :

4. Un acquéreur évincé par une décision de préemption illégale est en droit d'obtenir réparation des préjudices qui résultent pour lui, de façon directe et certaine, de cette décision. Toutefois, s'agissant de charges, telles que des loyers, qu'il n'aurait pas supportées s'il avait acquis l'immeuble en cause, il lui appartient non seulement d'établir qu'elles sont la conséquence directe et certaine de cette décision, sans notamment que s'interpose une décision de gestion qu'il aurait prise, mais encore de montrer, par exemple par la production d'un bilan financier approprié, en quoi et dans quelle mesure ces charges excèdent celles auxquelles l'acquisition du bien préempté l'auraient exposé.

5. En premier lieu, M. B, bénéficiaire d'un bail commercial depuis le 8 novembre 2014 pour la location du local commercial en cause, soutient qu'il a versé au cours de la période de responsabilité, des loyers d'un montant mensuel de 1 037, 69 euros du 21 août au 30 octobre 2019, de 1 061, 84 euros de novembre 2019 à octobre 2020 et de 1 063, 78 euros de novembre 2020 au 30 avril 2021, pour un montant total de 21 534, 88 euros. Il précise qu'outre ces loyers, il s'est acquitté mensuellement de 50 euros au titre des charges ainsi que d'une somme de 14, 40 euros au titre des frais administratifs, soit un montant de 1 308,77 euros au titre de la période de responsabilité. Enfin, le requérant précise qu'il convient de comparer ces versements au total des charges qu'il aurait supportées en cas d'acquisition du bien en cause, à savoir la taxe foncière, les charges de copropriété ainsi que les frais d'emprunt bancaire qu'il évalue respectivement à 2 809,26 euros, de 2 225,73 euros et de 2 602, 94 euros, faisant valoir que le montant des mensualités d'emprunt qu'il détermine à la somme de 5 205, 88 euros " ne saurait être intégralement déduit du montant des loyers réglés ", appliquant alors un abattement de 50 %.

6. Pour justifier ce bilan financier, M. B produit le bail commercial précité faisant état d'un loyer fixé annuellement à la somme de 12 000 euros hors taxe, révisé selon l'indice trimestriel des loyers commerciaux du 2ème trimestre, l'extrait de compte dressé par le cabinet Jean Raimon Immobilier établi au 16 avril 2021 soulignant qu'il est débiteur d'une somme de 1 128, 18 euros au 16 avril 2021 au titre des loyers, charges et frais administratifs, l'extrait des comptes et proratas des sommes dues entre vendeur et acquéreur au 30 avril 2021 et révélant que M. B s'est acquitté de ses loyers et charges et reste seulement débiteur d'une solde de 243, 69 euros à cette date.

7. Il verse également au dossier les comptes de charge de copropriété au titre des années 2022 et 2023 mentionnant des charges d'un montant de 1 201, 39 et 1 427, 14 euros au titre respectivement de ces années.

8. Enfin, M. B produit, dans le dernier état de ses écritures, une offre de prêt consentie par sa banque pour acquérir le bien préempté, à savoir une offre d'un montant de 40 000 euros sur 7 ans comportant 84 mensualités de 504, 30 euros. Contrairement à ce que soutient le requérant, pour évaluer les sommes qu'il aurait dû exposer, en cas d'acquisition, au titre de cet emprunt bancaire, il y a lieu de tenir compte de l'intégralité de cette mensualité au cours de l'ensemble de la période de responsabilité en litige. Ainsi, M. B aurait remboursé au titre de cet emprunt bancaire la somme de 10 086 euros sur une période de 20 mois.

9. Il résulte ainsi de ces éléments que M. B établit que ses charges locatives, fixées à la somme de 22 843, 65, auraient excédé celles auxquelles l'acquisition du bien préempté l'aurait exposé, établies à la somme de 15 120, 99 euros, de sorte que le préjudice financier subi par l'intéressé sera fixé à la somme de 7 722, 66 euros.

10. En second lieu, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi par M. B au titre tant de son préjudice moral que des troubles dans ses conditions d'existence en les évaluant à la somme totale de 500 euros compte tenu de la situation incertaine dans laquelle il s'est trouvé entre le 21 août 2019 et le 30 avril 2021.

11. Il résulte de tout ce qui précède, notamment de ce qui a été dit aux points 9 et 10 du présent jugement, que l'indemnité devant être versée à M. B en réparation des préjudices résultant pour lui de l'illégalité de la décision de préemption du 21 août 2019 est fixée à la somme de 8 222, 66 euros.

Sur les intérêts et leur capitalisation :

12. D'une part, M. B a droit aux intérêts au taux légal sur la somme de 8 222, 66 euros à compter du 9 août 2021, date de réception de la demande préalable d'indemnisation du 5 août 2021 par l'établissement public territorial Vallée Sud-Grand Paris.

13. D'autre part, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts ayant été demandée le 29 novembre 2021, il y a lieu de faire droit à cette demande qu'à compter du 9 août 2022, dès lors qu'il était due une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les frais liés au litige :

14. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'établissement public territorial Vallée Sud - Grand Paris le versement à M. B d'une somme de 1 500 euros au titre au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande présentée par l'établissement public territorial Vallée Sud-Grand Paris sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'établissement public territorial Vallée Sud-Grand Paris est condamnée à verser à M. B la somme de 8 222, 66 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 9 août 2021. Les intérêts échus à la date du 9 août 2022 seront capitalisés pour porter eux-mêmes intérêts à compter de cette date, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Article 2 : L'établissement public territorial Vallée Sud-Grand Paris versera à M. B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Les conclusions de l'établissement public territorial Vallée Sud-Grand Paris présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à l'établissement public territorial Vallée Sud-Grand Paris.

Délibéré après l'audience du 13 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

Mme Saïh, première conseillère,

Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mai 2024.

La rapporteure,

signé

Z. Saïh

Le président,

signé

T. BertonciniLa greffière,

signé

N. Magen

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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