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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2115236

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2115236

vendredi 16 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2115236
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation10ème Chambre (JU)
Avocat requérantLUBAKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 8 décembre 2021, le 14 octobre 2022 et le 18 novembre 2022, M. A C, représenté par Me Lubaki, demande au tribunal :

1°) de condamner l'État à lui verser la somme de 26 000 euros à titre de dommages et intérêts, en réparation de son préjudice né de l'absence de relogement et ce jusqu'à la mise à disposition effective d'un logement ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de procéder à la désignation d'une association agréée dans le cadre du dispositif AVDL financée selon les modalités prescrites par l'article L. 302-7 du code de la construction et de l'habitation, et ce aux fins d'établissement d'un diagnostic social et de la mise en œuvre d'un contrat d'accompagnement vers le logement.

Il soutient que :

- la responsabilité pour faute de l'Etat est engagée dès lors qu'il n'a reçu aucune proposition de logement, alors qu'il a été reconnu prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable, le 4 octobre 2017 et que sa situation n'a pas évolué depuis le jugement du tribunal administratif de Cergy-Pontoise du 23 décembre 2020 qui a condamné l'Etat à lui verser une somme de 910 euros ;

- il est sans domicile fixe et réside en établissement hôtelier à ses frais depuis son divorce ;

- il subit des troubles de toute nature dans ses conditions d'existence.

La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu :

- le jugement du tribunal administratif de Cergy-Pontoise n° 1915122 du 22 décembre 2020 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Poyet, premier conseiller, pour statuer sur les litiges en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Poyet, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Lubaki, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. La commission de médiation des Hauts-de-Seine a, par une décision du 4 octobre 2017, désigné M. C comme prioritaire et devant être logé en urgence. Par un jugement du 22 décembre 2020, le tribunal, saisi par l'intéressé aux fins de de condamner l'Etat à lui verser la somme de 20 000 euros, en réparation des préjudices résultant pour lui du manquement de l'Etat à son obligation de relogement, a condamné l'Etat à verser à M. C une somme de 910 euros. N'ayant toujours pas reçu de proposition de logement, M. C a de nouveau saisi le préfet d'une demande indemnitaire préalable par un courrier du 5 août 2021, reçu le 9 août suivant. Cette demande a été implicitement rejetée. M. C demande au tribunal de condamner l'État à lui verser la somme de 26 000 euros à titre de dommages et intérêts, en réparation des préjudices subis nés de l'absence de relogement.

Sur la responsabilité :

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'Etat à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".

3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement.

4. La commission de médiation a reconnu le caractère urgent et prioritaire de la demande de M. C au motif qu'il était dépourvu de logement ou hébergé chez un particulier. L'Etat a été condamné par un jugement du tribunal du 22 décembre 2020 à verser à M. C une somme de 910 euros, en réparation des préjudices résultant pour lui de la carence de l'Etat à le loger pour la période du 4 avril 2018 au 22 décembre 2020, date de lecture dudit jugement. Il résulte de l'instruction que la situation qui a motivé la décision de la commission de médiation persiste. La persistance de cette situation, à compter du 23 décembre 2020, lendemain de la date de la décision du jugement n° 1915122 du tribunal du 22 décembre 2020 qui a condamné l'Etat à verser à M. C une somme de 910 euros, en réparation des préjudices résultant pour lui de la carence de l'Etat à le loger en ce concerne la période du 4 avril 2018 au 22 décembre 2020, date à laquelle la carence de l'État continue de revêtir un caractère fautif, a causé à M. C des troubles de toutes natures dans ses conditions d'existence. Il ne résulte toutefois pas de l'instruction qu'à la date du présent jugement, M. C ait été relogé. Dans les circonstances très particulières de l'espèce, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en évaluant l'indemnisation due à la somme totale de 1 000 euros.

5. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'État à verser à M. C la somme de 1 000 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Lorsque le juge administratif statue sur un recours indemnitaire tendant à la réparation d'un préjudice imputable à un comportement fautif d'une personne publique et qu'il constate que ce comportement et ce préjudice perdurent à la date à laquelle il se prononce, il peut, en vertu de ses pouvoirs de pleine juridiction et lorsqu'il est saisi de conclusions en ce sens, enjoindre à la personne publique en cause de mettre fin à ce comportement ou d'en pallier les effets.

7. Les conclusions à fin d'injonction formulées par le requérant, qui tendent à ce que le préfet compétent procède à la désignation d'une association ou d'un organisme agréé dans le cadre du dispositif AVDL pour permettre l'établissement d'un diagnostic social et la mise en œuvre d'un contrat d'accompagnement vers le logement visant au relogement définitif et pérenne dans le parc du logement social, ne visent pas à prescrire à la personne publique de mettre fin au comportement en cause ou d'en pallier les effets. Dans ces conditions, elles ne peuvent, en tout état de cause, qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : L'Etat est condamné à verser à M. C la somme de 1 000 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2022.

Le magistrat désigné

signé

M. BLa greffière

signé

S. Lefebvre

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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