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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2115339

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2115339

mardi 7 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2115339
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantFARRUGIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés respectivement le 30 novembre 2021, le 21 septembre 2022, et les le 7 février, 3 mars, 22 mars et 6 juin 2023, la SARL Hôtel Chevallier, représentée par Me Farrugia, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 22 septembre 2021 par laquelle le maire de la commune de Levallois Perret l'a mise en demeure d'isoler la chambre 34, et de procéder à sa desinsectisation et à une recherche d'infestation sur l'ensemble de l'établissement, et d'y remédier ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Levallois Perret la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la mise en demeure est signée par une autorité incompétente ;

- la mise en demeure est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de procédure contradictoire préalablement à son édiction ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est fondée sur des faits matériellement inexacts ;

- elle est entachée d'un détournement de pouvoir.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 6 mars et 21 décembre 2022, et le 3 mai 2023, la commune de Levallois Perret conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la SARL Hôtel Chevallier au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle est dirigée contre une mise en demeure qui ne fait pas grief ;

- la requête a perdu son objet au motif que la mise en demeure a été entièrement exécutée ;

- il peut être procédé à une substitution de motifs dès lors que s'il n'y avait pas de punaise dans la chambre 34, il y a bien eu une plainte d'un client et qu'il est apparu des punaises de lit dans d'autres chambres ;

- aucun des autres moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère,

- les conclusions de M. Bories, rapporteur public,

- les observations de Me Marroni substituant Me Farrugua, représentant la SARL Hôtel Chevallier ;

- et les observations de Me Azerou substituant Me Bodin, représentant la commune de Levallois Perret.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'une plainte et d'une visite d'inspection de l'hôtel Chevallier, réalisée par la direction de la prévention des risques sanitaires et environnementaux le 17 septembre 2021, le maire de la commune de Levallois Perret a mis en demeure, le 22 septembre 2021, la SARL " hôtel Chevallier " d'isoler la chambre 34 et de procéder à sa désinsectisation et à une recherche d'infestation sur l'ensemble de l'établissement et d'y remédier. La SARL " hôtel Chevallier " demande l'annulation de cette mise en demeure.

Sur le cadre juridique ;

2. Aux termes de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publique () ". En vertu de l'article 61 du règlement sanitaire départemental des Hauts-de-Seine, applicable aux hôtels, la désinfection et la désinsectisation de la literie et des locaux peuvent être prescrites toutes les fois que ces opérations sont jugées nécessaires par l'autorité sanitaire.

3. Il appartient au maire, en vertu des pouvoirs généraux de police qu'il tient de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales et des pouvoirs de contrôle administratif et technique des règles générales d'hygiène applicables aux habitations et à leurs abords qui lui sont désormais conférés par l'article L. 1421-4 du code de la santé publique, de veiller aux respect des règles de salubrité et d'hygiène sur le territoire de la commune.

4. Il ressort des termes mêmes de la mise en demeure attaquée que le maire de la commune de Levallois Perret, au visa de l'article L. 2212-1 du code général des collectivités territoriales, a entendu faire usage de ses pouvoirs de police, notamment pour remédier à l'insalubrité de l'hôtel Chevallier, en vue de faire respecter les dispositions précitées de l'article 61 du règlement sanitaire départemental. Cette mise en demeure, prise à la suite de la seule visite des services compétents de la commune le 17 septembre 2021, et qui ne comporte pas la prescription des mesures adéquates de nature à faire cesser cette cause d'insalubrité, fait obligation néanmoins à la société requérante de rechercher dans l'ensemble de l'établissement une éventuelle infestation, d'y remédier et d'en rendre compte. Dans ces conditions, cette mise en demeure constitue, en elle-même, une mesure de police.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

5. En premier lieu, la mise en demeure du 22 septembre 2021 a été signée par M. A B, adjoint au maire délégué à la sécurité publique, à la communication et aux cultes, chargé de la coordination générale, qui a reçu délégation à effet de signer, " les actes afférents aux fonctions déléguées ", par arrêté du 3 juillet 2020 portant délégation de fonctions aux adjoints du maire, régulièrement transmis en préfecture le 3 juillet 2020 et dont la direction de la prévention des risques sanitaires et environnementaux relève. Par suite, le moyen tiré de ce que la mise en demeure a été signée par une autorité incompétente manque en fait et doit, dès lors, être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " doivent être motivées les décisions qui: / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police; " L'article L.211-5 du même code dispose que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

7. La mise en demeure litigieuse constitue une mesure de police qui est au nombre des décisions qui doivent être motivées en application des dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration. Cette décision indique qu'elle est prise en application de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales, et mentionne l'article 61 du règlement sanitaire départemental des Hauts de Seine. Elle ajoute que la présence de punaises de lit dans l'établissement impose que des mesures soient prises pour remédier à l'insalubrité des lieux. Ainsi, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, elle est suffisamment motivée au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. " Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles ; () ".

9. Il ressort des pièces du dossier que la mise en demeure du 22 septembre 2021 fait suite à une visite d'inspection du 17 septembre 2021 diligentée à la suite d'un signalement, effectué la veille, de présence de punaises de lit dans l'établissement. La suspicion de présence de cet insecte, eu égard au risque de prolifération rapide de l'infestation tant au sein de l'établissement qu'à l'extérieur par l'entremise de ses clients, était de nature à permettre au maire, sans se méprendre sur l'appréciation des faits qui étaient portés à sa connaissance, d'estimer qu'il se trouvait face à une situation d'urgence justifiant que l'établissement hôtelier soit immédiatement mis en demeure d'y remédier. Compte tenu de cette situation d'urgence, le maire de la commune de Levallois Perret a pu légalement, en application des dispositions citées au point 8, édicter la décision querellée sans procédure contradictoire. Le moyen tiré de ce que cette décision serait entachée d'un vice de procédure doit, dès lors, être écarté.

10. En quatrième lieu, il est constant que la SARL Hôtel Chevallier a fait intervenir, le 4 octobre 2021, la société " DCPL detect " aux fins de recherche canine d'éventuelles punaises dans la chambre 34, ainsi que dans l'ensemble de l'établissement. Si aucune punaise de lit n'a été retrouvée dans la chambre 34, trois autres chambres se sont révélées être positives et ont par suite été traitées, de sorte que le 6 octobre 2021, lors de la contre-visite, la société " DCPL detect " a pu constater l'absence de punaise de lit. Par suite, la décision attaquée n'est entachée ni d'erreur de fait, peu important que la chambre 34 se soit révélée vierge de punaises, ni d'erreur d'appréciation, eu égard aux risques de prolifération de ces insectes.

11. En dernier lieu, le détournement de pouvoir allégué n'est pas établi.

12. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

13. Dans les circonstances particulières de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la commune de Levallois Perret présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL " hôtel Chevallier " est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Levallois Perret présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administraitve sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SARL " hôtel Chevallier " et à la commune de Levallois Perret.

Délibéré après l'audience du 11 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

Mme Saïh, première conseillère,

Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2023.

La rapporteure,

signé

S. Cuisinier-HeisslerLe président,

signé

T. BertonciniLa greffière,

signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet des Hauts de Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation, la greffière

N°2115339

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