vendredi 8 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2115502 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | LECOMTE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 14 décembre 2021, 26 avril, 30 mai et 20 septembre 2022, et des mémoires récapitulatifs enregistrés les 9 juin et 20 juillet 2023, M. B E et Mme C D, représentés par Me Lecomte, avocat, demandent au Tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2016 à 2018, ainsi que des majorations et intérêts de retard correspondants, pour un montant total de 16 455 euros ;
2°) de mettre à la charge de la l'État la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. E et Mme D soutiennent, dans le dernier état de leurs écritures, que :
- ils ne sauraient être regardés comme bénéficiaires de revenus distribués, sur le fondement du 1° du 1. de l'article 109 du code général des impôts, dès lors que si les rehaussements dont a fait l'objet la société Home by Home résultent de l'absence de comptabilisation de certains produits, les sommes correspondantes, qui ont été versées sur les comptes bancaires de la société et ont été inscrites en comptabilité au débit des comptes " client particulier " et " banque ", ne peuvent être regardées comme ayant été désinvesties ;
- pour les mêmes motifs, ils ne sauraient être regardés comme bénéficiaires de revenus distribués, sur le fondement du c. l'article 111 du code général des impôts.
- l'administration fiscale a méconnu sa propre doctrine référencée BOI-RPPM-RCM-10-20-10, BOI-RPPM-RCM-10-20-20-50 et BOI-RPPM-RCM-10-20-20-40 ;
Par des mémoires en défense enregistrés les 14 mars et 3 août 2022, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
La directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise fait valoir que :
- s'agissant des rectifications effectuées au titre de l'année 2017, les dispositions du c. de l'article 111 du code général des impôts doivent être substituées à celles du 1° du 1. de l'article 109 du code général des impôts ;
- les moyens invoqués par M. E et Mme D ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées le 7 février 2024, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de la méconnaissance du champ d'application de la loi, dès lors que les impositions supplémentaires mises à la charge de M. E et de Mme D au titre de l'année 2017 ne peuvent se fonder sur les dispositions du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, en l'absence de bénéfice réalisé par la société Home by Home au titre de cette année.
Un mémoire présenté par M. A, en réponse au moyen d'ordre public, enregistré le 9 février 2024, n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Villette, conseiller ;
- et les conclusions de M. Prost, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. À la suite de la vérification de comptabilité de la SARL Home by Home, qui a pour activité déclarée le commerce de détail d'autres équipements du foyer, dont M. E était associé et gérant, l'administration fiscale lui a notifié, ainsi qu'à sa conjointe, Mme D, par des propositions de rectification des 19 décembre 2019 et 1er septembre 2020, selon la procédure contradictoire, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre des années 2016 à 2018, à raison de sommes regardées comme des revenus distribués par la société SARL Home by Home et imposées dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers. La réclamation du 2 novembre 2021, présentée par les requérants en vue d'obtenir le dégrèvement de ces impositions supplémentaires ont étés rejetées par l'administration fiscale par une décision du 22 novembre 2021. M. E et Mme D demandent au Tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont a été assujettis au titre des années 2016 à 2018, ainsi que des majorations et intérêts de retard correspondants.
Sur les conclusions aux fins de décharge :
Sur les impositions supplémentaires au titre des années 2016 et 2018 :
2. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : / 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital () ". Aux termes de l'article 110 du même code : " Pour l'application du 1° du 1 de l'article 109 les bénéfices s'entendent de ceux qui ont été retenus pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés () ". En cas de refus des propositions de rectification par le contribuable qu'elle entend imposer comme bénéficiaire de sommes regardées comme distribuées, il incombe à l'administration d'apporter la preuve que celui-ci en a effectivement disposé. Toutefois, le contribuable qui, disposant seul des pouvoirs les plus étendus au sein de la société, est en mesure d'user sans contrôle de ses biens comme de biens qui lui sont propres et doit ainsi être regardé comme le seul maître de l'affaire, est présumé avoir appréhendé les distributions effectuées par la société qu'il contrôle.
3. Il résulte de l'instruction, notamment des propositions de rectification adressées à M. E et à Mme D, que le service vérificateur a estimé que les intéressés avaient bénéficié de revenus distribués par la SARL Home by Home, à hauteur de 36 154 euros en 2016 et 3850 euros en 2018. Il a donc réintégré les sommes correspondantes dans le revenu imposable des requérants au titre des années 2016 et 2018, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, sur le fondement des dispositions précitées du 1° du 1. de l'article 109 du code général des impôts.
4. Si les requérants soutiennent que les sommes correspondant aux bénéfices de la SARL Home by Home reconstitués par le service vérificateur auraient été versées sur le compte en banque de cette société et qu'ils ne sauraient, ainsi, être regardées comme ayant été désinvestis, les intéressés, en se bornant à produire les grands livres clients de cette entreprise au titre des années en litige, ne l'établissent pas et ne combattent pas utilement la présomption de distribution prévue par les dispositions précitées du 1° du 1. de l'article 109 du code général des impôts. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que les résultats imposables rectifiés de cette société étaient bénéficiaires sur les années en litige. En outre, il résulte de l'instruction que le service a relevé, sans que ces éléments ne soient contestés, que M. E était gérant et associé à hauteur de 51 % de la société Home by Home, qu'il disposait d'une procuration générale sur les comptes bancaires de cette société, ainsi que des pouvoirs les plus étendus pour l'engager vis-à-vis des tiers. Dans ces conditions, l'administration fiscale établit que M. E a eu seul la maîtrise de l'affaire au cours des années 2016 et 2018, et est, dès lors, fondée à regarder l'intéressé comme ayant appréhendé les distributions en provenance de la société Home by Home. Par suite, c'est à bon droit que l'administration fiscale a réintégré ces revenus distribués dans le revenu imposable de M. E et Mme D au titre des années 2016 et 2018, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, sur le fondement des dispositions du 1° du 1. de l'article 109 précité du code général des impôts.
5. M. E et Mme D ne peuvent utilement se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, des énonciations contenues dans les instructions administratives référencées BOI-RPPM-RCM-10-20-10, BOI-RPPM-RCM-10-20-20-50 et BOI-RPPM-RCM-10-20-20-40, celles-ci ne présentant pas d'interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il a été fait application dans le présent jugement.
Sur les impositions supplémentaires au titre de l'année 2017 :
6. Il résulte de l'instruction que le résultat imposable rectifié de la SARL Home by Home était, après contrôle, déficitaire de 224 068 euros au titre de l'année 2017. Par suite, en l'absence de tout bénéfice imposable, l'administration fiscale n'a pu procéder au rehaussement de l'impôt sur le revenu dû par les requérants au titre de l'année 2017, sur le fondement du 1° du 1. de l'article 109 du code général des impôts, sans méconnaître le champ d'application de la loi.
7. L'administration fiscale, qui est toutefois en droit, à tout moment de la procédure contentieuse, de demander, pour justifier le bien-fondé d'une imposition, que soit substituée une base légale à celle qui avait été initialement invoquée, dès lors que cette substitution peut être faite sans priver le contribuable des garanties qui lui sont reconnues en matière de procédure d'imposition, demande l'imposition des revenus regardés distribués entre les mains de M. E sur le fondement du c. de l'article 111 du code général des impôts.
8. Aux termes de l'article 111 du même code : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : / () c. Les rémunérations et avantages occultes. ". Les bénéfices reconstitués à raison de l'activité exercée par une société ne peuvent, de ce seul fait, être regardés comme distribués au maître de l'affaire sur le fondement du c. de l'article 111 du code général des impôts.
9. En l'espèce, la seule circonstance que la SARL Home by Home n'ait pas satisfait à ses obligations déclaratives, en omettant de déclarer des recettes relatives à certaines factures, ne suffit pas à qualifier les bénéfices reconstitués non déclarés comme constituant par nature des avantages ou rémunérations occultes pour le maître de l'affaire sur le fondement du c. de l'article 111 du code général des impôts. Par suite, il n'y a pas lieu de procéder à la substitution de base légale demandée.
10. Il résulte de ce qui précède que M. E et Mme D sont seulement fondés à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquels ils ont été assujettis au titre de l'année 2017, ainsi que des majorations et intérêts de retard correspondants.
Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État qui est, dans la présence instance, la partie perdante, le paiement à M. E et Mme D d'une somme de 1 500 (mille-cinq-cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : M. E et Mme D sont déchargés des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquels ils ont été assujettis au titre de l'année 2017, ainsi que des majorations et intérêts de retard correspondants.
Article 2 : L'État versera à M. E et à Mme D la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. E et Mme D est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. E et à Mme D, et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 15 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Kelfani, président, Mme Louazel, conseillère, et M. Villette, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 mars 2024.
Le rapporteur,
signé
G. VILLETTE
Le président,
signé
K. KELFANI La greffière,
signé
A. CHANSON
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026