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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2115553

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2115553

jeudi 5 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2115553
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantBOUGASSAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 décembre 2021 et le 12 février 2022, M. B A, représenté par Me Bougassas, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 7 octobre 2021 et 11 octobre 2021 par lesquelles les services de la direction des finances publiques de Nanterre (Hauts-de-Seine) lui ont refusé le bénéfice du fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19, ensemble la décision du 12 octobre 2021 portant rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au directeur départemental des finances publiques des Hauts-de-Seine de lui verser les aides sollicitées, au titre des mois de janvier à juin 2021, pour un montant de 27 140,17 euros ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit et d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 janvier 2022, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. B A ne sont pas fondés et demande au tribunal de substituer aux motifs des décisions attaquées ceux fondés sur la non éligibilité de son activité au dispositif d'aide sollicité, le niveau de variation de son chiffre d'affaires par rapport à la période de référence et la circonstance qu'il n'a pas bénéficié de l'aide au titre des mois d'avril ou mai 2021.

Par un courrier du 16 août 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée.

Par un mémoire, enregistré le 6 septembre 2023, le directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise demande au tribunal de ne pas retenir le moyen relevé d'office par le tribunal dans un litige de plein contentieux.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gay-Heuzey, conseillère,

- et les conclusions de M. Sitbon, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A a créé, en tant qu'auto-entrepreneur, depuis le mois de septembre 2019, une activité de conception de pièces de structure et de renfort mécaniques pour garantir la sécurité des utilisateurs de trottinettes électriques. Au motif d'une baisse brutale de son chiffre d'affaires en raison de la crise sanitaire liée à l'épidémie de covid-19, M. B A a sollicité le bénéfice de l'aide accordée aux entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie. Par la présente requête, M. B A demande au tribunal d'annuler les décisions du 7 octobre 2021 et 11 octobre 2021 par lesquelles les services de la direction des finances publiques de Nanterre lui ont refusé le bénéfice de ces aides, ensemble la décision du 12 octobre 2021 portant rejet de son recours gracieux, et à ce qu'il soit enjoint au directeur départemental des finances publiques des Hauts-de-Seine de les lui verser, au titre des mois de janvier à juin 2021, pour un montant de 27 140,17 euros.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Indépendamment des actions indemnitaires qui peuvent être engagées contre la personne publique, les recours relatifs au refus d'octroi de l'aide accordée dans le cadre du fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19, qui relève de la catégorie des subventions, ne peuvent être portés que devant le juge de l'excès de pouvoir. Il ne s'agit donc pas de recours de plein contentieux, contrairement à ce que soutient l'administration fiscale.

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci () ". Selon l'article L. 212-2 du même code : " Sont dispensés de la signature de leur auteur, dès lors qu'ils comportent ses prénom, nom et qualité ainsi que la mention du service auquel celui-ci appartient, les actes suivants : / 1° Les décisions administratives qui sont notifiées au public par l'intermédiaire d'un téléservice () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que les décisions attaquées, notifiées par l'intermédiaire d'un téléservice, ne comportent pas les mentions du prénom, du nom et de la qualité de son auteur, mais uniquement les mentions " Direction générale des finances publiques " et " Services de la direction Nanterre ". Ces mentions ne permettent pas de s'assurer de la compétence de leur auteur, en méconnaissance des dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, les décisions litigieuses du 7 octobre 2021, 11 octobre 2021 et 12 octobre 2021 sont entachées d'illégalité.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir (). ". L'article L. 211-5 du même code dispose que : " () La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

6. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative.

7. Il ressort des pièces du dossier que la décision du 7 octobre 2021 qui se borne à indiquer " les informations présentes ne permettent pas de valider votre demande d'aide " n'est pas motivée en droit ni en fait. Quant à la décision du 11 octobre 2021, elle est motivée en fait mais ne dispose d'aucun motif de droit. Si l'administration demande au tribunal de procéder à une substitution de motif des décisions attaquées, cette éventuelle substitution ne saurait remédier au vice de forme ainsi caractérisé, la référence à l'architecture des contrôles embarqués et au décret " ski " étant au demeurant inintelligible. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions attaquées doit être accueilli.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les moyens de la requête, que M. B A est fondé à demander l'annulation des décisions du 7 octobre 2021 et 11 octobre 2021 par lesquelles les services de la direction des finances publiques de Nanterre lui ont refusé le bénéfice du fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19, ensemble la décision du 12 octobre 2021 portant rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a seulement lieu d'enjoindre au directeur départemental des fonctions publiques des Hauts-de-Seine de réexaminer les demandes de M. B A, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : Les décisions du 7 octobre 2021 et 11 octobre 2021 par lesquelles les services de la direction des finances publiques de Nanterre ont refusé à M. B A le bénéfice du fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19, ensemble la décision du 12 octobre 2021 portant rejet de son recours gracieux, sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au directeur départemental des finances publiques des Hauts-de-Seine de réexaminer les demandes de M. B A, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 2 000 euros à M. B A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.

Copie en sera adressée au directeur régional des finances publiques des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 21 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Oriol, présidente, Mme Cordary, première conseillère, et Mme Gay-Heuzey, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2023.

La rapporteure,

Signé

A. GAY-HEUZEY

La présidente,

Signé

C. ORIOL

La greffière,

Signé

V. RICAUD

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation,

La greffière

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