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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2115689

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2115689

jeudi 16 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2115689
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCAZIN MARCEAU AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 17 décembre 2021 et le 9 décembre 2022, M. A, représenté par Me Rodier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle la commune du Plessis-Robinson (Hauts-de-Seine) a implicitement rejeté sa demande indemnitaire préalable adressée le 5 octobre 2021 ;

2°) de condamner la commune du Plessis-Robinson à lui verser la somme totale de 23 358,90 euros en réparation des préjudices qu'elle lui a fait subir en raison du recours abusif à des contrats à durée déterminée ;

3°) de condamner la commune du Plessis-Robinson aux dépens de l'instance ;

4°) de mettre à la charge de la commune du Plessis-Robinson la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- en renouvelant pendant vingt-cinq ans ses contrats à durée déterminée, la commune du Plessis-Robinson en a fait un usage abusif alors pourtant qu'il occupait un emploi permanent ;

- l'interruption de sa relation d'emploi justifie qu'il soit indemnisé à hauteur des avantages financiers auxquels il aurait pu prétendre s'il avait été employé dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée, soit un montant de 17 358, 90 euros ;

- il est fondé à demander la réparation d'un préjudice de précarité, évalué à 6 000 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 17 octobre 2022 et le 10 janvier 2023, la commune du Plessis-Robinson, représentée par Me Cazin, conclut :

1°) au rejet de la requête ;

2°) à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- elle n'a commis aucune faute ;

- les préjudices dont se prévaut M. A ne sont pas établis et sont, en tout état de cause, surévalués.

Par une ordonnance du 13 décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 janvier 2023 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive n° 1999/70/CE ;

- la loi n° 84- 53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lusinier, conseillère,

- les conclusions de M. Sitbon, rapporteur public,

- et les observations Me Benmerad, représentant la commune du Plessis-Robinson.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a été engagé par la commune du Plessis-Robinson (Hauts-de-Seine) en qualité d'accompagnateur à la maison de la musique et de la danse en vertu d'un contrat à durée indéterminée signé le 9 janvier 1996, puis nommé professeur de batterie à compter du 13 septembre 1999. En 2008, à la suite d'un transfert de responsabilité du conservatoire de musique et de danse à la communauté d'agglomération des Hauts-de-Bièvre, M. A a été employé par cette dernière en vertu de plusieurs contrats à durée déterminée d'un an, jusqu'au 1er septembre 2013, date à laquelle il a fait l'objet d'un nouveau transfert vers la commune du Plessis-Robinson. Il y a été affecté en qualité d'enseignant artistique par plusieurs contrats à durée déterminée d'un an jusqu'au 31 août 2021, date à laquelle son engagement avec la commune a pris fin, l'intéressé n'ayant pas souhaité renouveler son contrat. Le 5 octobre 2021, M. A a adressé à la commune du Plessis-Robinson une demande indemnitaire tendant à la réparation des préjudices qu'il estime avoir subis en raison d'un recours abusif aux contrats à durée déterminée. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet de cette demande et la réparation des préjudices qu'il estime avoir subséquemment subis, à concurrence de 23 358,90 euros.

Sur les conclusions pour excès de pouvoir :

2. La décision par laquelle la commune du Plessis-Robinson a implicitement rejeté la demande indemnitaire préalable formée par M. A a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de sa demande, qui a donné à sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Au regard de l'objet d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de l'intéressé à percevoir les sommes auxquelles il prétend, ses conclusions tendant à l'annulation de la décision contestée sont sans objet. Elles ne peuvent par suite qu'être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité de la commune du Plessis-Robinson :

3. Aux termes de l'article 3-2 de la loi ° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa version alors applicable : " Par dérogation au principe énoncé à l'article 3 de la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 précitée et pour les besoins de continuité du service, les emplois permanents des collectivités et établissements mentionnés à l'article 2 de la présente loi peuvent être occupés par des agents contractuels pour faire face à une vacance temporaire d'emploi dans l'attente du recrutement d'un fonctionnaire. / Le contrat est conclu pour une durée déterminée qui ne peut excéder un an. Il ne peut l'être que lorsque la communication requise à l'article 41 a été effectuée. / Sa durée peut être prolongée, dans la limite d'une durée totale de deux ans, lorsque, au terme de la durée fixée au deuxième alinéa du présent article, la procédure de recrutement pour pourvoir l'emploi par un fonctionnaire n'a pu aboutir. ".

4. Il incombe au juge, pour apprécier si le recours à des contrats à durée déterminée successifs présente un caractère abusif, de prendre en compte l'ensemble des circonstances de fait qui lui sont soumises, notamment la nature des fonctions exercées, le type d'organisme employeur ainsi que le nombre et la durée cumulée des contrats en cause.

5. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce que soutient M. A, la durée des services accomplis auprès de la commune du Plessis-Robinson ne peut être comptabilisée qu'à partir du contrat à durée déterminée conclu le 1er septembre 2013, les fonctions précédemment exercées l'ayant été sous l'autorité de la communauté d'agglomération des Hauts-de-Bièvre, personne morale de droit public distincte. Par suite, alors que sa relation contractuelle avec la commune du Plessis-Robinson a pris fin le 31 août 2021, date à laquelle il a volontairement rompu son engagement, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que la commune du Plessis-Robinson l'a maintenu dans une situation précaire via la conclusion de plusieurs contrats à durée déterminée sur une période de vingt-cinq ans.

6. En second lieu, il ressort des six premiers contrats de M. A, conclus sans base légale entre le 1er septembre 2013 et le 31 août 2019, qu'ils l'ont été sur la base de vacations, pour répondre à un besoin ponctuel de la commune du Plessis-Robinson. Toutefois, au regard de la durée de l'engagement de M. A et alors que la commune a créé un poste d'assistant d'enseignement artistique par délibération du 11 juillet 2019, son emploi a comblé un besoin permanent. Si les deux derniers contrats de M. A conclus sur la période ayant couru du 1er septembre 2019 au 31 août 2021 ont quant à eux été conclus au visa de l'article 3-2 de la loi du 26 janvier 1984 et que figurent dans les visas de chacun de ces contrats la mention de la vacance de l'emploi au tableau des effectifs, ainsi que celle de la déclaration de vacance d'emploi auprès du centre de gestion, la date de celle-ci et le numéro d'enregistrement, la commune du Plessis-Robinson ne produit pas d'autres éléments de nature à justifier la recherche infructueuse de recrutement d'un agent titulaire, alors pourtant qu'elle recourait aux services de M. A depuis 2013. Par suite, M. A est fondé à soutenir que la commune du Plessis-Robinson, eu égard à la nature de l'emploi occupé, et au nombre et à la durée cumulée des contrats en cause, a recouru de manière abusive à des contrats à durée déterminée et a, ce faisant, commis une faute de nature à engager sa responsabilité.

7. Il résulte de ce qui précède que la commune du Plessis-Robinson a commis une faute de nature à engager sa responsabilité à l'égard de M. A, qui peut ainsi prétendre à la réparation des préjudices directs et certains qu'il a subis du fait de l'interruption de sa relation d'emploi avec la commune. Sont sans incidence à cet égard les circonstances, d'une part, que M. A ait pris l'initiative de la rupture de la relation d'emploi, et, d'autre part, qu'il n'aurait pu bénéficier de la transformation de son dernier contrat à durée déterminée en contrat à durée indéterminée.

En ce qui concerne les préjudices :

8. En premier lieu, en cas de renouvellement abusif de contrats à durée déterminée, l'agent concerné peut se voir reconnaître un droit à l'indemnisation du préjudice éventuellement subi lors de l'interruption de la relation d'emploi, évalué en fonction des avantages financiers auxquels il aurait pu prétendre en cas de licenciement s'il avait été employé dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée.

9. Aux termes de l'article 45 du décret n° 88-145 du 15 février 1988 pris pour l'application de l'article 136 de la loi du 26 janvier 1984 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale, applicable en l'espèce : " La rémunération servant de base au calcul de l'indemnité de licenciement est la dernière rémunération nette des cotisations de la sécurité sociale et, le cas échéant, des cotisations d'un régime de prévoyance complémentaire, effectivement perçue au cours du mois civil précédant le licenciement. Elle ne comprend ni les prestations familiales, ni le supplément familial de traitement, ni les indemnités pour travaux supplémentaires ou autres indemnités accessoires. () ". Selon l'article 46 du même décret : " L'indemnité de licenciement est égale à la moitié de la rémunération de base définie à l'article précédent pour chacune des douze premières années de services () Pour l'application de cet article, toute fraction de service égale ou supérieure à six mois sera comptée pour un an () ".

10. Ainsi qu'il a été dit au point 6 ci-dessus, M. A a été victime du renouvellement abusif de contrats à durée déterminée et peut donc solliciter, à ce titre, l'indemnisation du préjudice subi lors de l'interruption de la relation d'emploi, évalué en fonction des avantages financiers auxquels il aurait pu prétendre en cas de licenciement s'il avait été employé dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée. Il y a donc lieu de renvoyer M. A devant la commune du Plessis-Robinson pour la liquidation de cette indemnité, correspondant à la moitié du montant de la dernière rémunération nette, hors indemnité de résidence, indemnité de suivi et orientation et autres indemnités accessoires, multiplié par le nombre d'années de service effectif, soit huit ans, dans la limite de ses conclusions. Si M. A se prévaut de ce que ses deux derniers contrats sont entachés d'une modification substantielle illégale dès lors que sa quotité de travail est passée de 15 heures à 12 heures 30, il n'est pas contesté qu'en les signant, il a consenti à leurs clauses en toute connaissance de cause. Par suite, le calcul de l'indemnité doit être fait sur la base horaire de 12 heures 30 mentionnée dans le dernier contrat de M. A.

11. En second lieu, la faute inhérente au recours abusif à une succession de contrats à durée déterminée a eu pour effet de maintenir M. A dans une situation de précarité pendant huit ans, lui causant nécessairement un préjudice moral. Il en sera fait une juste appréciation en lui allouant à ce titre la somme de 5 000 euros.

Sur les frais liés au litige :

12. En premier lieu, M. A n'établit pas avoir engagé de dépens dans la présente instance. Ses conclusions tendant à ce qu'ils soient mis à la charge de la commune du Plessis-Robinson ne peuvent donc, en tout état de cause, qu'être rejetées.

13. En second lieu, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune du Plessis-Robinson la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, les conclusions de la commune présentées sur le même fondement ne peuvent qu'être rejetées.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La commune du Plessis-Robinson est condamnée à verser à M. A l'indemnité due en réparation de son préjudice financier conformément aux modalités précisées au point 10 du présent jugement.

Article 2 : La commune du Plessis-Robinson est condamnée à verser à M. A la somme de 5 000 euros en réparation de son préjudice moral.

Article 3 : La commune du Plessis-Robinson versera à M. A la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions de la requête de M. A sont rejetées pour le surplus.

Article 5 : Les conclusions présentées par la commune du Plessis-Robinson au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au maire de la commune du Plessis-Robinson.

Délibéré après l'audience du 19 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Oriol, présidente, Mme Cordary, première conseillère, et Mme Lusinier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 janvier 2025.

La rapporteure,

signé

V. LUSINIER

La présidente,

signé

C. ORIOL

La greffière,

signé

V. RICAUD

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation,

La greffière

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