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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2115731

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2115731

mardi 23 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2115731
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantIDEO SOCIETE D'AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 décembre 2021, M. C A, représenté par Me Nunes, demande au tribunal de :

1°) de condamner la commune de Levallois-Perret à lui verser la somme de 5 000 euros, à assortir des intérêts moratoires à compter du 1er octobre 2021, en réparation de l'ensemble des préjudices subis en raison de l'illégalité de l'arrêté du 22 mai 2020 par lequel la maire de la commune de Levallois-Perret a rendu obligatoire le port du masque pour les personnes âgées de plus de dix ans, entre 8h et 18h, sur certaines voies publiques de la commune ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Levallois-Perret la somme de 1 650 euros, à verser à son conseil, sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- l'illégalité de l'arrêté municipal n° 261 du 22 mai 2020, du fait de son annulation par l'arrêt n° 21VE00512 du 12 juillet 2021 de la cour administrative d'appel de Versailles, constitue une faute de nature à engager la responsabilité de la commune de Levallois, et justifie sa réformation ;

- l'arrêté illégal susvisé l'a privé de son droit d'aller et venir, sans port du masque, durant huit jours, occasionnant un trouble dans ses conditions d'existence ;

- les intérêts légaux et les intérêts moratoires sont dus à compter de la demande d'indemnisation de son préjudice.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 avril 2022, la commune de Levallois-Perret, représentée par Me Bodin, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bertoncini, président-rapporteur,

- les conclusions de M. Bories, rapporteur public,

- et les observations de Me Azerou, substituent Me Bodin representant la commune de Levallois-Perret.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté n°261 du 22 mai 2020, la maire de la commune de Levallois-Perret a rendu obligatoire le port du masque pour les personnes âgées de plus de dix ans, entre 8h et 18h, sur certaines voies publiques de la commune de Levallois pour une période allant du 22 mai au 1er juin 2020. Par un arrêt n° 21VE00512 du 12 juillet 2021, la cour administrative d'appel de Versailles a annulé l'arrêté municipal susvisé. Par courrier en date du 29 septembre 2021, reçu le 1er octobre 2021, M. C A a demandé à la maire de lui verser la somme de 5 000 euros assortie des intérêts de retard en réparation du trouble dans ses conditions d'existence et du préjudice moral résultant de l'illégalité de l'arrêté du 22 mai 2020. Le silence gardé par la maire de la commune de Levallois-Perret sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet. M. A demande au tribunal de condamner la commune de Levallois-Perret à lui verser la somme de 5 000 euros, à assortir des intérêts moratoires à compter du 1er octobre 2021, en réparation de l'ensemble des préjudices subis en raison de l'illégalité de l'arrêté du 22 mai 2020

2. La décision par laquelle le maire de la commune de Levallois-Perret a implicitement rejeté la demande indemnitaire du requérant a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande de M. A qui a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Au regard de l'objet d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de l'intéressé à percevoir la somme qu'il réclame, les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée la décision qui a lié le contentieux, sont sans incidence sur la solution du litige. Par suite les différents moyens qui seraient dirigés à son encontre sont inopérants. Les conclusions à fin d'annulation de cette décision ne peuvent, par suite, qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

3. L'illégalité d'une décision est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'administration à l'égard de son destinataire, pour autant qu'elle ait été à l'origine d'un préjudice direct et certain.

4. Il ne résulte pas de l'instruction que le requérant, qui se borne à alléguer qu'il a été, durant huit jours, empêché de sortir, aurait été privé, eu égard à l'objet et à l'effet de l'arrêté litigieux, de la possibilité d'assister à diverses réunions familiales, amicales ou professionnelles, ainsi que de la pratique d'activités physiques et sportives notamment en berges de Seine. Il ne justifie pas davantage qu'il aurait été, du fait de cet arrêté, privé de la possibilité de sortir de son domicile. Dans ces conditions, le requérant n'établit pas avoir subi un quelconque préjudice direct et certain, même moral, lié à l'illégalité fautive de l'arrêté litigieux.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par M. A, ainsi que celles tendant au versement des intérêts, ne peuvent qu'être rejetées.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

6. Aux termes de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable, dénuée de fondement ou abusive en raison notamment du nombre des demandes, de leur caractère répétitif ou systématique ". Aux termes de l'article 20 de cette loi : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Et, aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelle : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence, notamment lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé ou en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. Elle est accordée de plein droit au demandeur et au défendeur lorsque la procédure concerne la délivrance d'une ordonnance de protection./ L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué".

7. Dès lors que l'action est manifestement mal fondée, il n'y a pas lieu d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que la commune de Levallois-Perret, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. A ou à son conseil la somme qu'ils réclament au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A une somme de 800 euros au titre des frais exposés par la commune de Levallois-Perret et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : M. A versera une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Nunes et à la commune de Levallois-Perret.

Délibéré après l'audience du 27 mars 2024, à laquelle siégeaient:

M. Bertoncini, président,

Mme Saïh, première conseillère,

Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 avril 2024.

Le président-rapporteur,

signé

T. BertonciniL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

signé

Z. Saïh

La greffière,

signé

M. B

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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