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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2115909

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2115909

mardi 12 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2115909
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantPATOUT

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée sous le n°2115909, des mémoires et des pièces complémentaires, enregistrés le 17 décembre 2021, le 18 janvier 2023, le 11 juillet 2023 et le 13 novembre 2023, Mme A B, représentée par Me Patout, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) à lui verser la somme de 31 291,14 euros en réparation des préjudices qu'elle a subis, majorée des intérêts à partir du 31 décembre 2019 ou, à défaut, du 3 août 2020, ou, à défaut, du 17 janvier 2021, et de leur capitalisation ;

2°) de condamner l'ONIAM aux entiers dépens ;

3°) de mettre à la charge de l'ONIAM une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a été victime d'un aléa thérapeutique consistant en l'apparition d'une fistule vésico-vaginale à la suite de l'hystérectomie dont elle a fait l'objet le 22 novembre 2018 à l'hôpital Beaujon ;

- les conditions d'indemnisation au titre de la solidarité nationale sont remplies dès lors, d'une part, que la survenance de cette complication a une probabilité d'occurrence inférieure à 1 % et, d'autre part, qu'elle a entraîné un déficit fonctionnel temporaire de 50 % pendant plus de six mois ;

- l'ONIAM doit être condamné à lui verser, en réparation des préjudices temporaires qu'elle a subis du fait de cet aléa thérapeutique, la date de consolidation n'étant pas acquise, entre le 5 décembre 2018 et le 24 janvier 2021, un montant total de 31 291 euros résultant des sommes de :

. 17 654 euros au titre des frais d'assistance par tierce personne qu'elle a engagés sur cette période ;

. 7 820 euros au titre de son déficit fonctionnel temporaire ;

. 2 000 euros au titre des souffrances endurées ;

. 2 000 euros au titre de son préjudice esthétique temporaire ;

. 931,89 euros au titre des dépenses de santé ;

. 640 euros au titre des honoraires de l'avocat ;

. 55,25 euros au titre des frais d'affranchissement ;

. 25 euros au titre de la reproduction de son dossier médical ;

. 165 euros au titre des frais de déplacement pour l'expertise.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 novembre 2022, l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par Me Welsch, conclut :

1°) à titre principal au rejet de la demande de Mme B au titre du préjudice esthétique temporaire ;

2°) à titre subsidiaire, à ce que la somme demandée au titre du préjudice esthétique temporaire soit ramenée à 300 euros ; au rejet de sa demande au titre de l'assistance par une tierce personne, à ce que les sommes demandées au titre des autres chefs de préjudices soient ramenées à de plus juste proportions, ainsi qu'au rejet du surplus et de la demande présentée sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il ne conteste pas que les conditions d'engagement de la solidarité nationale sont réunies et fait valoir que les sommes demandées par Mme B pour la réparation de ses préjudices sont excessives.

La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) des Pyrénées-Atlantiques, agissant pour le compte de la CPAM de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit d'observations en défense.

Par ordonnance du 16 août 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 30 septembre 2023.

II. Par une requête enregistrée sous le numéro n°2207270 et des mémoires, enregistrés le 20 mai 2022, le 21 septembre 2022 et le 4 novembre 2022, Mme A B, représentée par Me Patout, demande au tribunal, saisi sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l'ONIAM à lui verser à titre provisionnel la somme de 5 810 euros en réparation des préjudices qu'elle a subis;

2°) de mettre à la charge de l'ONIAM une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle invoque les mêmes fondements et moyens que dans le cadre de la requête n°2115909 susvisée.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 1er septembre 2022 et le 5 octobre 2022, le l'office national d'indemnisation des accidents médicaux (ONIAM), représenté par Me Welsch, conclut à ce que le montant de la provision sollicitée par Mme B soit limité à la somme de 5 810 euros ainsi qu'au rejet de la demande présentée sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du surplus.

Par ordonnance du 9 novembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 24 novembre 2023.

Les parties ont été informées par un courrier en date du 8 novembre 2023, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce que la requête en référé provision était susceptible de faire l'objet d'un non-lieu dès lors que le jugement à intervenir au fond dans la requête n° 2115909 doit statuer sur les conclusions indemnitaires présentées au même titre.

Par un mémoire enregistré le 13 novembre 2023, Mme B a formulé des observations sur ce moyen d'ordre public.

Un mémoire de la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) des Pyrénées-Atlantiques, agissant pour le compte de la CPAM de la Seine-Saint-Denis, a été enregistré le 21 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Moinecourt, rapporteure

- les conclusions de Mme David-Brochen, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Patout, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. En 2018, Mme B, qui consultait à l'hôpital Beaujon à Clichy-la Garenne (92), établissement de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP), pour des ménorragies persistant depuis un an, s'est vue diagnostiquer un utérus fibromateux et notamment un volumineux myome d'aspect atypique à l'imagerie, laissant supposer l'existence d'un sarcome. Une hystérectomie totale avec salpingectomie lui a été proposée et a été réalisée dans cet établissement le 22 novembre 2018. Dans les suites de cette intervention, Mme B a développé une incontinence urinaire totale et une fistule vésico-vaginale a été diagnostiquée le 28 mai 2019. Le 10 juillet 2020, elle a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation (CCI) d'Île de France qui a confié la réalisation d'une expertise au Dr C, dont le rapport a été remis le 28 mars 2021.

2. Sur la base de ce rapport, la CCI d'Île-de-France a rendu un avis le 30 juin 2021 aux termes duquel Mme B avait été victime d'un aléa thérapeutique dont l'indemnisation devait être mise à la charge de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) au titre de la solidarité nationale. Par un courrier en date du 21 octobre 2021, l'ONIAM a adressé à Mme B une proposition d'indemnisation à hauteur de 5 810 euros, que l'intéressée a refusé par un courrier du 15 décembre 2021.

3. Par la requête enregistrée sous le n°2115909, Mme B demande au tribunal de condamner l'ONIAM à lui verser la somme de 30 291 euros en réparation de ses préjudices au titre de la solidarité nationale.

4. Par la requête n° 2207270 susvisée, Mme B demande au tribunal de condamner l'ONIAM à lui verser, à titre de provision, la somme de 5 810 euros en réparation de ses préjudices.

I. Requête n° 2115909 :

Sur le droit à réparation au titre de la solidarité nationale :

5. Aux termes du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. / Ouvre droit à réparation des préjudices au titre de la solidarité nationale un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à un pourcentage d'un barème spécifique fixé par décret ; ce pourcentage, au plus égal à 25 %, est déterminé par ledit décret ". Aux termes de l'article D. 1142-1 du même code : " Le pourcentage mentionné au dernier alinéa de l'article L. 1142-1 est fixé à 24 %. / Présente également le caractère de gravité mentionné au II de l'article L. 1142-1 un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ayant entraîné, pendant une durée au moins égale à six mois consécutifs ou à six mois non consécutifs sur une période de douze mois, un arrêt temporaire des activités professionnelles ou des gênes temporaires constitutives d'un déficit fonctionnel temporaire supérieur ou égal à un taux de 50 % (). " Au sens de ces dispositions, la condition d'anormalité du dommage doit toujours être regardée comme remplie lorsque l'acte médical a entraîné des conséquences notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé de manière suffisamment probable en l'absence de traitement. Lorsque les conséquences de l'acte médical ne sont pas notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé par sa pathologie en l'absence de traitement, elles ne peuvent être regardées comme anormales sauf si, dans les conditions où l'acte a été accompli, la survenance du dommage présentait une probabilité faible. Pour apprécier le caractère faible ou élevé du risque dont la réalisation a entraîné le dommage, il y a lieu de prendre en compte la probabilité de survenance d'un événement du même type que celui qui a causé le dommage et entraînant une invalidité grave ou un décès. Une probabilité de survenance du dommage qui n'est pas inférieure ou égale à 5 % ne présente pas le caractère d'une probabilité faible, de nature à justifier la mise en œuvre de la solidarité nationale.

6. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise du Dr C qu'il était licite de recommander à Mme B une hystérectomie totale au regard de l'imagerie dont disposait le corps médical, relevant que " le geste chirurgical était absolument indispensable vu la crainte d'une tumeur maligne sévère comme un sarcome utérin ". L'expert ne relève aucune faute dans la réalisation de l'acte chirurgical pratiqué à l'hôpital Beaujon le 22 novembre 2018. Rentrée à son domicile le 26 novembre 2018, Mme B a consulté dès le 5 décembre 2008 pour une incontinence urinaire totale. Ce n'est qu'après plusieurs consultations qu'une fistule vésico-vaginale, qui apparaît en lien direct et certain avec son hystérectomie, a été diagnostiquée, le 18 mai 2019.

7. D'une part, dans son rapport du 24 janvier 2021, l'expert missionné par la CCI d'Île-de-France a estimé qu'aucune faute n'avait été commise dans la prise en charge de Mme B. Il ne résulte pas de l'instruction que l'acte médical a entraîné des conséquences notablement plus graves que celles auxquelles la patiente était exposée de manière suffisamment probable en l'absence de traitement, alors qu'elle souffrait de douleurs pelviennes et de ménorragies importantes n'auraient fait que s'aggraver. Toutefois, il résulte du rapport d'expertise que la fistule vésico-vaginale est une complication documentée de l'hystérectomie survenant dans moins de 1 % des cas, la condition d'anormalité du dommage peut dès lors être regardée comme remplie.

8. D'autre part, du fait de ses troubles urinaires, le déficit fonctionnel temporaire de Mme B a été évalué à 50 % pendant une période d'une durée supérieure à 6 mois, du 5 décembre 2018 au 24 janvier 2021. Dans ces conditions, le critère de gravité du dommage peut également être regardé comme rempli.

9. Il en résulte que Mme B est fondée à demander une indemnisation par l'ONIAM au titre de la solidarité nationale, ce que cet office ne conteste d'ailleurs pas, en vue de réparer les préjudices résultant de sa fistule vésico-vaginale causée par l'accident médical non fautif dont elle a été victime en lien avec l'intervention du 22 novembre 2018.

Sur l'évaluation et l'indemnisation des préjudices temporaires :

10. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que l'état de santé de Mme B n'était pas consolidé à la date de l'expertise, le 24 janvier 2021. Mme B demande à être indemnisée de ses préjudices temporaires subis au cours de la période courant du 5 décembre 2018 au 24 janvier 2021.

En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux temporaires :

S'agissant des dépenses de santé actuelles :

11. Mme B demande à être indemnisée de frais d'achat de protections hygiéniques contre ses fuites urinaires à hauteur de 931,89 euros. Dès lors qu'il résulte de l'instruction que son état d'incontinence urinaire totale nécessite le port de telles protections en permanence, et que Mme B apporte les justificatifs d'achat de ses protections, il y a lieu de lui allouer le montant de 931,89 qu'elle sollicite euros à ce titre.

S'agissant des frais d'assistance par tierce personne temporaires :

12. D'une part, lorsque le juge administratif indemnise dans le chef de la victime d'un dommage corporel la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire permettant, dans les circonstances de l'espèce, le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat, sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime.

13. D'autre part, en vertu des principes qui régissent l'indemnisation par une personne publique des victimes des dommages dont elle doit répondre, il y a lieu de déduire de l'indemnisation allouée à la victime d'un dommage corporel au titre des frais d'assistance par une tierce personne le montant des prestations dont elle bénéficie par ailleurs et qui ont pour objet la prise en charge de tels frais. Il en est ainsi alors même que les dispositions en vigueur n'ouvrent pas à l'organisme qui sert ces prestations un recours subrogatoire contre l'auteur du dommage. La déduction n'a toutefois pas lieu d'être lorsqu'une disposition particulière permet à l'organisme qui a versé la prestation d'en réclamer le remboursement au bénéficiaire s'il revient à meilleure fortune. Les règles rappelées ci-dessus ne trouvent à s'appliquer que dans la mesure requise pour éviter une double indemnisation de la victime. Par suite, lorsque la personne publique responsable n'est tenue de réparer qu'une fraction du dommage corporel, notamment parce que la faute qui lui est imputable n'a entraîné qu'une perte de chance d'éviter ce dommage, la déduction ne se justifie, le cas échéant, que dans la mesure nécessaire pour éviter que le montant cumulé de l'indemnisation et des prestations excède le montant total des frais d'assistance par une tierce personne. L'indemnisation doit alors être diminuée du montant de cet excédent.

14. Mme B sollicite la somme de 17 654 euros en indemnisation de frais d'assistance par une tierce personne temporaire, évaluant son besoin d'assistance à une heure par jour afin de l'aider dans l'exécution de certaines tâches quotidiennes. Elle soutient qu'elle a des difficultés à effectuer certaines tâches, telles que mobiliser son mari lourdement handicapé ou porter des charges lourdes, et ne peut s'éloigner de son domicile en raison de la nécessité de changer ses protections régulièrement. Elle verse à l'instance une attestation de sa cousine en date du 27 juin 2023 témoignant qu'elle lui apporte son aide régulière pour l'exécution de ses tâches ménagères et de ses courses. Dans les circonstances particulières de l'espèce, Mme B peut ainsi être regardée comme justifiant d'un besoin d'assistance par une tierce personne d'une durée d'une heure par jour en raison du dommage. Il y a lieu de calculer l'indemnisation de ce besoin en tenant compte du coût horaire moyen du salaire minimum au cours de la période en cause, majoré afin de tenir compte des charges sociales, soit un taux horaire fixé à 20 euros par heure, et de retenir une base d'une année de 412 jours afin de tenir compte des dimanches et jours fériés ainsi que des congés payés. Sur cette base, le montant de l'indemnité due au titre de l'assistance par une tierce personne s'élève, pour la période considérée, à la somme de 17'654 euros.

S'agissant des frais divers :

15. D'une part, Mme B demande à être indemnisée de frais d'envoi de courriers recommandés en lien avec les procédures conduites en lien avec le dommage. Au regard des bordereaux de recommandés versés au dossier, il sera fait une juste appréciation de la dépense engagée à ce titre en l'évaluant à la somme de 50 euros.

16. D'autre part, Mme B demande à être indemnisée d'un montant de 25 euros au titre des frais de reproduction de son dossier médical dans le cadre de. Elle justifie de l'engagement de cette dépense en lien direct et certain avec le dommage par la production d'une facture. Il y a dès lors lieu d'évaluer ce chef de préjudice à la somme de 25 euros.

S'agissant des frais d'avocat :

17. Lorsque les frais d'avocat exposés lors de la procédure de règlement amiable sont utiles, le lien entre la faute commise et ces dépenses doit être regardé comme direct.

18. Mme B demande à être indemnisée de ses frais d'avocat engagés lors de la procédure amiable devant la CCI et dans le cadre d'une procédure en référé mesures utiles devant le présent tribunal. Seuls les frais d'avocat engagés lors de la procédure amiable, qui présentent en l'espèce un caractère utile à la résolution du présent litige, sont indemnisables au titre de ce chef de préjudice. Mme B justifie avoir à ce titre engagé une dépense de 1 200 euros, et perçu de la part de son assureur en protection juridique un montant de 540 euros. Il y a dès lors lieu de l'indemniser d'un montant de 640 euros.

S'agissant des frais de déplacement

19. Mme B demande à être indemnisée de ses frais de déplacement entre son domicile et le lieu des opérations d'expertise sous forme d'indemnités kilométriques. Elle soutient toutefois que ces frais ont été engagés par sa cousine qui l'a conduite avec son véhicule personnel et ne peut dès lors être regardée comme invoquant un préjudice personnel en lien direct et certain avec le dommage. Cette demande doit par conséquent être rejetée.

En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux temporaires :

S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :

20. Il résulte du rapport d'expertise qu'entre le 5 décembre 2018 et le 24 janvier 2021, le déficit fonctionnel temporaire de Mme B en lien avec l'accident médical non fautif du 22 novembre 2018 et les complications qui l'ont suivie a été de 50 %. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme 7 390 euros.

S'agissant des souffrances endurées :

21. Les souffrances endurées par Mme B avant consolidation, imputables au dommage, ont été fixées par l'expert à 2 sur 7 en raison des fuites urinaires permanentes. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 2 000 euros.

S'agissant du préjudice esthétique temporaire :

22. Le préjudice esthétique temporaire a été évalué par l'expert à 2 sur 7, en raison du port de protection hygiéniques volumineuses en permanence par Mme B. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme 2 000 euros.

23. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que l'ONIAM doit être condamné à verser à Mme B la somme totale de 30'690,89 euros.

Sur les intérêts et leur capitalisation

24. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte () ". Il résulte de ces dispositions que, d'une part, lorsqu'ils sont demandés, et quelle que soit la date de la demande, les intérêts des indemnités allouées sont dus à compter du jour où la demande de réclamation de la somme principale est parvenue à la partie débitrice ou, à défaut, à compter de la date d'enregistrement au greffe du tribunal administratif des conclusions tendant au versement de cette indemnité. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. Dans ce cas, cette demande ne prend, toutefois, effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière.

25. Il y a lieu de faire droit aux conclusions de Mme B tendant à ce que les sommes qui lui sont allouées portent intérêt au taux légal à compter du 10 juillet 2020, date de saisine de la CCI en vue de son indemnisation. La capitalisation des intérêts a été demandée le 17 décembre 2021, date à laquelle était déjà due au moins un an d'intérêts. Conformément aux dispositions de l'article 1343-2 du code civil, il y a lieu de faire droit à cette demande à compter de cette date.

Sur les frais liés au litige

26. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

27. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'ONIAM la somme de 2 000 euros à verser à Mme B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

II. Requête n° 2207270 :

28. Dès lors que le présent jugement statue au fond sur les conclusions indemnitaires de Mme B, ses conclusions à fin d'octroi d'une provision présentées dans la requête n° 2207270 sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative ont perdu leur objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de rejeter les conclusions de Mme B présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin de provision de la requête n° 2207270 de Mme B.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2207270 de Mme B est rejeté.

Article 3 : L'ONIAM versera à Mme B la somme de 30'690,89 euros, avec intérêts au taux légal à compter du 10 juillet 2020 en réparation des préjudices subis. Les intérêts échus à la date du 17 décembre 2021 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 4 : L'ONIAM versera à Mme B une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête n°2115909 de Mme B est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à la caisse primaire d'assurance maladie de la Seine-Saint-Denis, à la caisse primaire d'assurance maladie des Pyrénées-Atlantiques et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.

Délibéré après l'audience du 28 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Coblence, présidente,

Mme Fléjou, première conseillère,

Et Mme Moinecourt, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2023.

La rapporteure,

signé

L. Moinecourt

La présidente,

signé

E. CoblenceLa greffière,

signé

D. Charleston

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2 et 2207270

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TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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