Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2115940

mardi 16 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2115940
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantGENESIS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 17 décembre 2021 et le 9 janvier 2023, la société SAS Pieds d'immeubles commerciaux 3 (PIC 3) et la société Foncière Cristal, représentées par Me Labonnelie, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 19 octobre 2021 par laquelle le président de l'établissement public territorial Vallée Sud Grand Paris a préempté deux lots de copropriété dans un immeuble situé 8 route du Pavé Blanc et 432 avenue du Général de Gaulle sur le territoire de la commune de Clamart ;

2°) de mettre à la charge de l'établissement public territoriale Vallée-Sud-Grand Paris la somme de 10 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence de son signataire ;

- elle est entachée d'un défaut de base légale en l'absence de délibération régulièrement adoptée en vue d'instituer le droit de préemption sur le terrain d'implantation de l'immeuble ;

-elle est tardive au regard des dispositions de l'article L. 213-2 du code de l'urbanisme ;

- elle ne fait pas apparaître l'objet de la préemption, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en méconnaissance des dispositions des articles L. 210-1 et L. 300-1 du code de l'urbanisme, dès lors que la commune ne justifie pas de la réalité d'un projet d'action ou d'opération effectif.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 9 août 2022 et le 6 février 2023, l'Etablissement public territorial Vallée Sud - Grand Paris, représenté par Me Cassin, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la requérante, la somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par la SAS Pieds d'immeubles commerciaux 3 (pic3) et la société Foncière Cristal ne sont pas fondés.

Par un mémoire en intervention enregistré le 23 décembre 2022, la commune de Clamart intervient au soutien de l'EPT Vallée Sud - Grand Paris et conclut au rejet de la requête.

La clôture immédiate de l'instruction est intervenue le 13 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

-le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de M. Baude, rapporteur,

-les conclusions de M. Louvel, rapporteur public,

-et les observations de Me Labonnelie représentant la SAS Pieds d'immeubles commerciaux 3 (pic3), et de Me Kobo, représentant l'Etablissement public territorial Vallée Sud - Grand Paris.

Une note en délibéré a été produite le 26 mars 2024 par l'Etablissement public territorial Vallée Sud Grand Paris.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS Pieds d'immeubles commerciaux 3 (Pic3) est propriétaire de deux lots de copropriété à usage de locaux commerciaux dans un immeuble situé 8 route du Pavé Blanc et 432 avenue du Général de Gaulle (RD 906) sur le territoire de la commune de Clamart. Par une décision du 19 octobre 2021 le président de l'établissement public territorial Vallée Sud Grand Paris a préempté ces deux lots. La société demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur l'intervention :

2. La commune de Clamart, a intérêt au maintien de la décision attaquée. Ainsi son intervention est recevable.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme : " Les droits de préemption institués par le présent titre sont exercés en vue de la réalisation, dans l'intérêt général, des actions ou opérations répondant aux objets définis à l'article L. 300-1, à l'exception de ceux visant à sauvegarder ou à mettre en valeur les espaces naturels, à préserver la qualité de la ressource en eau, ou pour constituer des réserves foncières en vue de permettre la réalisation desdites actions ou opérations d'aménagement. / () / Toute décision de préemption doit mentionner l'objet pour lequel ce droit est exercé. Toutefois, lorsque le droit de préemption est exercé à des fins de réserves foncières dans le cadre d'une zone d'aménagement différé, la décision peut se référer aux motivations générales mentionnées dans l'acte créant la zone. / Lorsque la commune a délibéré pour définir le cadre des actions qu'elle entend mettre en œuvre pour mener à bien un programme local de l'habitat ou, en l'absence de programme local de l'habitat, lorsque la commune a délibéré pour définir le cadre des actions qu'elle entend mettre en œuvre pour mener à bien un programme de construction de logements locatifs sociaux, la décision de préemption peut, sauf lorsqu'il s'agit d'un bien mentionné à l'article L. 211-4, se référer aux dispositions de cette délibération. Il en est de même lorsque la commune a délibéré pour délimiter des périmètres déterminés dans lesquels elle décide d'intervenir pour les aménager et améliorer leur qualité urbaine ". Aux termes de l'article L. 300-1 du même code : " Les actions ou opérations d'aménagement ont pour objets de mettre en œuvre un projet urbain, une politique locale de l'habitat, d'organiser la mutation, le maintien, l'extension ou l'accueil des activités économiques, de favoriser le développement des loisirs et du tourisme, de réaliser des équipements collectifs ou des locaux de recherche ou d'enseignement supérieur, de lutter contre l'insalubrité et l'habitat indigne ou dangereux, de permettre le renouvellement urbain, de sauvegarder ou de mettre en valeur le patrimoine bâti ou non bâti et les espaces naturels, notamment en recherchant l'optimisation de l'utilisation des espaces urbanisés et à urbaniser ".

4. Il résulte des articles L. 210-1 et L. 300-1 du code de l'urbanisme que les collectivités titulaires du droit de préemption urbain peuvent légalement exercer ce droit, d'une part, si elles justifient, à la date à laquelle elles l'exercent, de la réalité d'un projet d'action ou d'opération d'aménagement répondant aux objets mentionnés à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme, alors même que les caractéristiques précises de ce projet n'auraient pas été définies à cette date, et, d'autre part, si elles font apparaître la nature de ce projet dans la décision de préemption. En outre, la mise en œuvre de ce droit doit, eu égard notamment aux caractéristiques du bien faisant l'objet de l'opération ou au coût prévisible de cette dernière, répondre à un intérêt général suffisant.

5. Pour exercer son droit de préemption sur les lots commerciaux 1 et 3 de l'immeuble en copropriété 432 avenue General de Gaulle et 8 route du Pavé Blanc, l'EPT a retenu que les deux locaux se situent dans le périmètre de prise en considération du projet d'aménagement du secteur Linéaire RD 906 à Clamart qui fait l'objet d'une requalification urbaine et plus spécifiquement au niveau du carrefour signal entre la route du Pavé Blanc et la RD 906, dont la maitrise des parcelles est rendue nécessaire pour réaliser un traitement spécifique de signal urbain et pour traiter qualitativement ce croisement et qu'au surplus les biens sont situés au sein du périmètre de l'un des secteurs de sauvegarde du commerce et de l'artisanat de proximité.

6. Toutefois, la réalisation d'un traitement spécifique de signal urbain, qui ne fait au demeurant l'objet d'aucune définition dans la décision de préemption et n'est pas mentionné dans la délibération du conseil municipal de Clamart du 29 juin 2021 portant création du projet d'aménagement du secteur " Liénaire RD 906 ", n'est pas au nombre des objets mentionnés à l'article L. 300-1 du code d'urbanisme. Par ailleurs l'immeuble situé 8 route du Pavé Blanc et 432 avenue du Général de Gaulle à Clamart est un immeuble neuf construit en 2019 qui, par ses dimensions, son absence de mitoyenneté, sa hauteur, sa visibilité à l'angle des deux voies présente une qualité architecturale appréciable. Il répond ainsi à l'objectif qualitatif du projet d'aménagement. Enfin les locaux préemptés, s'ils sont situés au sein d'un périmètre de sauvegarde du commerce et de l'artisanat de proximité, sont déjà occupés par une entreprise commerciale de boulangerie et d'épicerie-traiteur. Il en résulte que l'établissement, eu égard aux caractéristiques des biens préemptés, ne justifie pas de la réalité d'un projet d'action, et que leur préemption ne répond pas d'avantage à un intérêt général suffisant.

7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'accueillir le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme.

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, qu'il y a lieu d'annuler la décision du président de l'établissement public territorial du 19 octobre 2021.

Sur les frais liés au litige :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'établissement public territorial Vallée Sud Grand Paris le versement aux sociétés requérantes de la somme de 1 500 euros au titre des frais liés au litige qu'elles ont exposés. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font en revanche obstacle à ce que soit mise à la charge des sociétés requérantes, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, les sommes que l'établissement demande au même titre.

D É C I D E :

Article 1er :L'intervention de la commune de Clamart est admise.

Article 2 : La décision du président de l'Etablissement public territorial Vallée-Sud-Grand-Paris du 19 octobre 2021 est annulée.

Article 3 : L'établissement public territorial Vallée-Sud-Grand-Paris versera à la SAS Pieds d'immeubles commerciaux 3 (pic3) et à la société Foncière Cristal une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 :Les conclusions présentées par l'Etablissement Public territorial Vallée Sud - Grand Paris au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 :Le présent jugement sera notifié à la SAS Pieds d'immeubles commerciaux 3 (PIC3), à la société Foncière Cristal, l'établissement public territorial Vallée Sud Grand Paris et à la commune de Clamart.

Délibéré après l'audience du 19 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Edert, présidente,

M. Baude, premier conseiller,

Mme Chaufaux, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 avril 2024.

Le rapporteur,

signé

F.-E. Baude

La présidente,

signé

S. Edert La greffière,

signé

S. Le Gueux

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.