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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2116203

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2116203

lundi 14 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2116203
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation8ème Chambre
Avocat requérantSELARL LANGE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 24 décembre 2021 et 1er juillet 2022, la société à responsabilité limitée (SARL) Jeeves, représentée par la SELARL Lange Avocats, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) la décharge, en droits et pénalités, des droits supplémentaires de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) qui lui ont été réclamés pour la période du 1er janvier 2016 au 31 janvier 2019 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- son activité est éligible au taux réduit de TVA, en application du i. de l'article 279 du code général des impôts, des dispositions du II de l'article 86 de l'annexe III du code général des impôts et du I de l'article D. 7231-1 du code du travail ;

- le service opère une confusion entre la nature de l'activité exercée et le mode d'exercice de cette activité précisé à l'article L. 7232-6 du code du travail incluant le mode mandataire ; le taux de taxe sur la valeur ajoutée dépend de la nature de l'activité exercée, et non pas de ses modalités d'exercice ;

- son activité ne saurait être qualifiée d'activité de coordination et soutien de services à la personne, dès lors que de telles prestations ont pour objet l'activité d'intermédiation ou de mandataire qui met en relation un particulier et un organisme de services à la personne, ce qu'elle ne fait pas ; la notion est, à cet égard, définie dans le communiqué de presse du 8 mars 2013 n°460/153 du ministre de l'économie et des finances, dans le document d'instruction DGCIS - n°1-2012 du 26 avril 2012, dans la circulaire du 11 avril 2019 annulant et remplaçant le document d'instruction DGCIS - n°1-2012 du 26 avril 2012, sur le site internet du ministère de l'économie, des finances et de la relance, par la doctrine de l'administration et dans les courriers des 21 mai 2019 et 11 juin 2020 de la direction générale des entreprises adressés au président de la fédération du service aux particuliers ;

- elle a déclaré ses activités " d'entretien de la maison et travaux ménagers ", " préparation de repas à domicile, y compris le temps passé aux commissions ", " collecte et livraison à domicile de linge repassé ", " à l'exclusion de toute autre " auprès de la préfecture des Hauts-de-Seine conformément aux dispositions de l'article L. 7232-1-1 du code du travail ; exerçant ainsi à titre exclusif une activité de services à la personne rendus aux personnes physiques, elle peut bénéficier du taux réduit de taxe sur la valeur ajoutée sous les conditions prévues au i de l'article 279 du code général des impôts en application de l'article L. 7233-2 du code du travail ;

- elle propose aux particuliers des prestations de ménage et de repassage selon le " mode mandataire " en mettant en relation des employés de maison qu'elle sélectionne (et non des organismes de services à la personne) et des particuliers employeurs ; à ce titre, la prise en charge des aspects administratifs liés au statut de particulier-employeur ne constitue qu'une prestation accessoire ; précisément, au regard des principes généraux dégagés par la jurisprudence communautaire en matière d'opérations complexe, il existe un lien étroit entre l'exercice en mode mandataire et les prestations d'entretien de la maison et de travaux ménagers effectuées, qui doivent être regardées comme constitutive d'une opération unique.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 mai 2022, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la SARL Jeeves ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Saïh, première conseillère ;

- et les conclusions de M. Boriès, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société à responsabilité limitée (SARL) Jeeves exploite une agence franchisée du réseau " Shiva ", spécialisé dans le service à la personne, notamment les prestations de services de ménage et de repassage à domicile. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité sur ses déclarations de taxe sur la valeur ajoutée souscrite au titre de la période allant du 1er janvier 2016 au 31 janvier 2019. A l'issue de ce contrôle, par une proposition de rectification du 30 novembre 2020, le service a remis en cause le taux réduit de taxe sur la valeur ajoutée de 10% appliqué par la société et lui a notifié des rappels de taxe sur la valeur ajoutée. La SARL Jeeves a présenté des observations à cette proposition de rectification par un courrier reçu le 31 décembre 2020. En réponse à ces observations, le service vérificateur a maintenu les rectifications notifiées par courrier du 11 février 2021. Un avis de mise en recouvrement de ces impositions, d'un montant de 47 325 euros, en date du 15 avril 2021, a ensuite été notifié à la SARL Jeeves. La réclamation préalable de la société requérante du 22 juillet 2021 a été rejetée par une décision du 20 octobre 2021. Par la présente requête, la SARL Jeeves demande au tribunal la décharge, en droits et pénalités, de ces impositions supplémentaires.

Sur le bien-fondé des rappels de taxe sur la valeur ajoutée :

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 279 du code général des impôts : " La taxe sur la valeur ajoutée est perçue au taux réduit de 10 % en ce qui concerne : () i. Les prestations de services fournies à titre exclusif, ou à titre non exclusif pour celles qui bénéficient d'une dérogation à la condition d'activité exclusive selon l'article L. 7232-1-2 du code du travail, par des associations, des entreprises ou des organismes déclarés en application de l'article L. 7232-1-1 du même code, et dont la liste est fixée par décret () ". Aux termes du II de l'article 86 de l'annexe III au code général des impôts, dans sa rédaction issue du décret n° 2013-510 du 17 juin 2013 : " Les activités de services à la personne soumises au taux réduit de taxe sur la valeur ajoutée prévu à l'article 279 du code précité en application des dispositions du i du même article sont les suivantes : / 1° Entretien de la maison et travaux ménagers () ". Il appartient au juge de l'impôt d'apprécier, au vu de l'instruction, si les recettes réalisées par le contribuable entrent dans le champ d'application du taux réduit de la taxe sur la valeur ajoutée ou dans celui du taux normal de cette taxe, eu égard aux conditions dans lesquelles sont effectuées ses opérations.

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 7233-2 du code du travail : " La personne morale ou l'entreprise individuelle déclarée qui exerce, à titre exclusif, une activité de services à la personne rendus aux personnes physiques bénéficie : / 1° Du taux réduit de taxe sur la valeur ajoutée sous les conditions prévues au i de l'article 279 du code général des impôts () ". Aux termes de l'article L. 7232-1-1 du même code : " A condition qu'elle exerce son activité à titre exclusif, toute personne morale ou entreprise individuelle qui souhaite bénéficier des 1° et 2° de l'article L. 7233-2 et de l'article L. 7233-3 déclare son activité auprès de l'autorité compétente dans des conditions et selon des modalités prévues par décret en Conseil d'Etat. ". Aux termes de l'article D. 7231-1 de ce code : " II. - Les activités de services à la personne soumises à titre facultatif à la déclaration prévue à l'article L. 7232-1-1 sont, outre celles mentionnées au I du présent article et à l'article D. 312-2 du code de l'action sociale et des familles, les activités suivantes : / 1° Entretien de la maison et travaux ménagers () ". Enfin, l'article L. 7232-6 dudit code dispose que : " Les personnes morales ou les entreprises individuelles mentionnées aux articles L. 7232-1, L. 7232-1-1 et L. 7232-1-2 peuvent assurer leur activité selon les modalités suivantes : / 1° Le placement de travailleurs auprès de personnes physiques employeurs ainsi que, pour le compte de ces dernières, l'accomplissement des formalités administratives et des déclarations sociales et fiscales liées à l'emploi de ces travailleurs () ".

4. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions, interprétées conformément aux objectifs poursuivis par les dispositions de l'article 98 et de l'annexe III à la directive 2006/112/CE du Conseil du 28 novembre 2006 relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée, que le bénéfice du taux réduit de taxe sur la valeur ajoutée prévu au i. de l'article 279 du code général des impôts est subordonné à l'exercice par l'assujetti, par ses propres services, de l'une des activités mentionnées à l'article 86 de l'annexe III au code général des impôts, à l'exclusion de toute activité de mandataire ou exercée en " mode mandataire ".

5. En l'espèce, d'une part, il résulte de l'instruction que la SARL Jeeves, qui est déclarée en application de l'article L. 7232-1-1 du code du travail, exerce une activité de placement de travailleurs auprès de personnes physiques employeurs et accomplit, pour le compte de ses clients, des formalités administratives et des déclarations sociales et fiscales liées à l'emploi de ces travailleurs, au sens du 1° de l'article L. 7232-6 du code du travail. Il résulte en effet de l'instruction qu'en vertu du " mandat de réalisation de formalités administratives et de paiement " conclu entre la société requérante et les employeurs particuliers qui font appel à ses services, les prestations de la SARL Jeeves portent sur des missions de présélection et présentation des intervenants à domicile, d'immatriculation du client en tant qu'employeur, de déclaration et paiement des cotisations dues à l'URSSAF, et de remise des bulletins de paie et des attestations d'emploi au salarié du client particulier. La société est ainsi mandatée par son client particulier, bénéficiaire de la prestation de travaux ménagers, pour la recherche et la réalisation des tâches administratives liées à l'emploi du salarié employé de maison. La société requérante exerce, ainsi qu'elle le reconnaît dans ses écritures, en " mode mandataire ", une activité de prestation de services d'entretien de la maison et travaux ménagers.

6. D'autre part, dans cette configuration en mode dit mandataire, le client de la société franchisée Shiva est l'employeur du salarié qui réalise la prestation de services à la personne à son domicile et le rémunère, tandis que le service facturé par la société déclarée porte exclusivement sur la rémunération de ses prestations de gestion administrative. La prestation consistant à placer des travailleurs auprès de personnes physiques employeurs ainsi que, pour le compte de ces dernières, à accomplir des formalités administratives et des déclarations sociales et fiscales liées à l'emploi de ces travailleurs, dès lors qu'elle est exercée par un intermédiaire agissant au nom et pour le compte d'autrui et alors même qu'elle constitue l'une des modalités de mise en œuvre de l'activité de prestation de services à la personne au sens des dispositions du code du travail, ne figure pas parmi les prestations de services d'aide à la personne bénéficiant du taux réduit de taxe sur la valeur ajoutée en application des dispositions combinées du i) de l'article 279 du code général des impôts et du II de l'article 86 de l'annexe III à ce code. Enfin, aucune des dispositions législatives et réglementaires précitées n'institue d'exception ayant pour objet d'étendre le bénéfice de ce taux réduit de taxe sur la valeur ajoutée aux prestations fournies par un tel intermédiaire. Par suite, la taxe qui porte sur cette prestation relève du taux normal de la taxe sur la valeur ajoutée.

7. En second lieu, aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration " et aux termes de l'article L. 80 B du même livre : " La garantie prévue au premier alinéa de l'article L. 80 A est applicable : 1° Lorsque l'administration a formellement pris position sur l'appréciation d'une situation de fait au regard d'un texte fiscal ". Peuvent seuls se prévaloir de l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales les contribuables qui se trouvent dans la situation sur laquelle l'appréciation invoquée a été portée, ainsi que les contribuables qui ont participé à l'acte ou à l'opération qui a donné naissance à cette situation.

8. A supposer que la société requérante ait entendu se prévaloir, sur le fondement des dispositions précitées, de la prise de position exprimée par l'administration fiscale dans le communiqué de presse du 8 mars 2013 n°460/153 du ministre de l'économie et des finances, dans le document d'instruction DGCIS - n°1-2012 du 26 avril 2012, dans la circulaire du 11 avril 2019 annulant et remplaçant le document d'instruction DGCIS - n°1-2012 du 26 avril 2012, sur le site internet du ministère de l'économie, des finances et de la relance, et dans les courriers des 21 mai 2019 et 11 juin 2020 de la direction générale des entreprises adressés au président de la fédération du service aux particuliers, ce moyen doit être écarté dès lors que ces documents ne constituent pas une prise de position formelle qui serait opposable à l'administration fiscale au sens de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales.

9. En outre, si la société requérante se prévaut de la doctrine fiscale, ce moyen n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de décharge de la requête de la SARL Jeeves doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme au titre des frais exposés par la SARL Jeeves et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL Jeeves est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Jeeves et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

Mme Saïh, première conseillère,

Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

Z. Saïh

Le président,

Signé

T. Bertoncini

La greffière,

Signé

N. Magen

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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