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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2116222

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2116222

mardi 12 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2116222
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantGONIDEC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 décembre 2021, M. D A, représenté par Me Gonidec, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 3 novembre 2021 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) à Cergy a cessé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre au directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Cergy de le rétablir rétroactivement dans ses droits à l'allocation pour demandeur d'asile dans un délai de trois jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 250 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, le versement d'une somme de 1 500 euros au profit de son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à défaut d'admission à l'aide juridictionnelle, d'ordonner le versement de la même somme à son profit.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de qualification juridique des faits, dès lors, d'une part, qu'un seul refus de se soumettre à un test PCR, qui, en l'espèce n'était d'ailleurs pas requis, ne saurait caractériser un non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile, d'autre part, qu'il n'est pas démontré qu'il avait reçu dans une langue qu'il comprend l'information relative aux conséquences d'un tel refus au regard de la cessation des conditions matérielles d'accueil, et, enfin, qu'il n'est pas établi que le vol à destination de la Roumanie a été effectivement organisé ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation de vulnérabilité.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 mars 2022, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 31 mars 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 15 avril 2022.

Des mémoires et pièces ont été produits pour M. A les 20, 22 et 26 février 2024, soit postérieurement à la clôture de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Huon, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, ressortissant afghan né le 6 juin 1997, qui déclare être entré en France en 2021, a déposé une demande d'asile le 29 janvier 2021. Le même jour, il a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'OFII et en a bénéficié à compter de cette date. Après avoir fait l'objet d'un arrêté de transfert aux autorités roumaines, l'intéressé a été déclaré en fuite le 16 août 2021. Par un courrier du 7 octobre 2021, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Cergy-Pontoise l'a informé de son intention de mettre fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en refusant de se soumettre à un test PCR obligatoire en vue de son transfert en Roumanie. Par une décision du 3 novembre 2021, dont M. A demande l'annulation, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Cergy a cessé, pour le motif précité, de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions tendant à l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A ait déposé une demande d'aide juridictionnelle auprès du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise. Par suite, sa demande tendant à ce qu'il soit admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ne peut qu'être rejetée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; () ". Tel est le cas notamment si l'étranger se soustrait intentionnellement à l'exécution d'un transfert organisé en refusant un test PCR obligatoire pour l'entrée effective sur le territoire de l'Etat membre responsable, dès lors qu'il avait connaissance des conséquences d'un refus de sa part et qu'il ne fait état d'aucune raison médicale particulière justifiant une absence de consentement à la réalisation du test.

4. S'il ressort des pièces du dossier que M. A a refusé de se soumettre la 14 août 2021 à un test PCR en vue de son embarquement pour un vol à destination de la Roumanie, Etat membre responsable de sa demande d'asile, il n'est ni établi ni même sérieusement allégué que l'intéressé aurait été informé, dans une langue qu'il comprend, de ce qu'un tel refus constituait une circonstance de nature à le faire regarder comme n'ayant pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile et de se voir retirer les conditions matérielles d'accueil. En l'absence d'une telle information, l'administration ne pouvait lui retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Dans ces conditions, et à supposer même, ce qui, de surcroît, est contesté par M. A, qu'un test PCR était nécessaire pour organiser son transfert, le requérant est fondé à soutenir que la mesure méconnaît les dispositions précitées du 3° de l'article L. 551-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et à demander l'annulation pour ce motif, sans qu'il soit besoin soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu, sous réserve d'un changement substantiel dans la situation de droit ou de fait de M. A, il y a lieu d'enjoindre au directeur général de l'OFII de le rétablir au bénéfice des conditions matérielles d'accueil et de lui verser l'allocation pour demandeur d'asile à compter de la date à laquelle il en a suspendu le versement, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme que demande M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ni en, tout état de cause, de celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991

D É C I D E :

Article 1er : La demande de M. A tendant à l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire est rejetée.

Article 2 : La décision du 3 novembre 2021 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Cergy a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil de M. A est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au directeur général de l'OFII, sous réserve d'un changement substantiel dans la situation de droit ou de fait de M. A, de rétablir ce dernier au bénéfice des conditions matérielles d'accueil et de lui verser l'allocation pour demandeur d'asile à compter de la date à laquelle il en a suspendu le versement, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 27 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Huon, président,

Mme C et M. B, premiers conseillers,

Assistés de Mme tainsa, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mars 2024.

L'assesseur le plus ancien,

signé

A. C

Le président,

signé

C. HUONLa greffière,

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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