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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2200061

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2200061

vendredi 16 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2200061
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantGOEAU-BRISSONNIERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 janvier 2022, M. B A, représenté par Me Goeau-Brissonniere, avocat, demande au Tribunal :

1°) de l'admettre, provisoirement, à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision, en date du 17 novembre 2021, par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge a prononcé la cessation de ses conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à titre principal, de le rétablir dans ses droits aux conditions matérielles d'accueil et notamment à l'allocation pour demandeur d'asile, dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours ;

5°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à son conseil, sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, de la somme de 1 200 euros.

M. A soutient que la décision contestée :

- est entachée d'un vice de procédure, l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne l'ayant pas informé préalablement de son intention de lui retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et ne lui ayant pas accordé un délai de quinze jours pour lui faire parvenir ses observations ;

- est entachée d'une erreur de fait, dès lors qu'il a toujours respecté son obligation de se présenter aux autorités et répondu aux convocations que lui, a adressées la préfecture.-

Par un mémoire en défense enregistré le 17 juillet 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par M. A n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Kelfani, président, a été entendu, au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, demandeur d'asile de nationalité afghane, conteste la décision en date du 17 novembre 2021 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge a prononcé la cessation des conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret () ". Aux termes de l'article D. 551-18 du même code : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter ses observations écrites dans un délai de quinze jours () ".

3. Il ressort des pièces jointes au mémoire en défense que la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge a informé le requérant, par une lettre en date du 12 octobre 2021, de son intention de mettre totalement fin aux conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait au motif qu'il n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités. La lettre a également précisé au requérant qu'il disposait d'un délai de quinze jours pour faire parvenir ses observations et qu'à défaut, la décision de cessation des conditions matérielles d'accueil deviendrait effective. L'Office produit, par ailleurs, l'avis de réception postal de cette lettre d'où il ressort qu'elle a été remise à M. A le 14 octobre 2021, soit plus de quinze jours avant l'intervention de la décision attaquée. Il suit de là que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision dont il demande l'annulation n'aurait pas été prise à l'issue de la procédure contradictoire préalable prescrite par les articles L. 551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. A a fait l'objet, en date du 23 avril 2021, d'un arrêté du préfet de police portant décision de transfert de l'intéressé aux autorités polonaises, responsables de l'examen de sa demande d'asile, et que la requête dirigée contre cet arrêté a été rejetée par le Tribunal administratif de Paris par un jugement du 20 mai 2021. Il ressort, par ailleurs, des pièces versées au dossier par l'Office français de l'immigration et de l'intégration que, par une lettre en date du 9 septembre 2021, remise à M. A le même jour en présence d'un interprète en langue pachto, le préfet de police a demandé à l'intéressé, d'une part, de se présenter le 19 septembre 2021 entre 10 heures et 12 heures à l'Hôtel Dieu afin de réaliser un test PCR et, d'autre part, de se présenter au 8ème bureau de la préfecture de police le 20 septembre 2021 à 13 heures " muni impérativement du résultat de (son) test ". Le même document précisait que si le test était positif, M. A ne devait pas se présenter au rendez-vous mais qu'il devait en envoyer obligatoirement le résultat à une adresse " mail ". La lettre de convocation porte, outre les signatures du requérant et de l'interprète, un cachet de la préfecture de police qui indique " pas venu le 20 septembre 2021 ". L'Office français de l'immigration et de l'intégration produit également la preuve que M. A ne s'est pas présenté à l'aéroport de Roissy à l'embarquement du vol Air France pour Varsovie du 21 septembre 2021 à 9 heures 30 sur lequel l'administration lui avait réservé une place. Ces documents, qui n'ont appelé aucune observation de la part de M. A à qui ils ont été communiqués, sont de nature à établir que celui-ci n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile. Ce manquement pouvait légalement justifier, sur le fondement du 3° de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions sont rappelées au point 2, la cessation des conditions matérielles d'accueil dont bénéficiait le requérant.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. A doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

6. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction de la requête de M. A ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle et sur les conclusions aux fins d'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique :

7. Eu égard à l'urgence de l'affaire, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle par application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

8. Les dispositions législatives visées ci-dessus font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

D É C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 22 janvier 2024 à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, Mme Louazel, conseillère, et M. Villette, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2024.

Le rapporteur,

signé

K. KELFANI

La conseillère,

signé

M. LOUAZELLe greffier,

signé

D. HAUDE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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