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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2200146

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2200146

mercredi 12 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2200146
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation10ème Chambre
Avocat requérantABADIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 janvier 2022, M. A B, représenté par Me Abadie, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Clichy-la-Garenne à lui verser une somme de 10 000 euros en réparation du préjudice qu'il a subi du fait de l'absence de saisine du comité médical ;

2°) de condamner la commune de Clichy-la-Garenne à lui verser une somme de 15 000 euros en réparation du préjudice qu'il a subi du fait de la violation des préconisations du médecin du travail ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Clichy-la-Garenne, outre les entiers dépens, la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la commune de Clichy-la-Garenne a commis un faute en s'abstenant de saisir, en méconnaissance de l'article 7 du décret n°86-442 du 14 mars 1986, le comité médical à la suite des conclusions de l'expert, en date du 18 janvier 2014, indiquant qu'il était inapte définitivement à ses fonctions et qu'un reclassement professionnel ou un changement d'affectation était à envisager ;

- la commune de Clichy-la-Garenne a également manqué à ses obligations, en ne respectant pas les préconisations du médecin de prévention, ce qui a eu pour conséquence une dégradation de son état de santé ;

- elle a méconnu l'article 24 du décret n°85-603 du 10 juin 1985 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la médecine professionnelle et préventive dans la fonction publique territoriale, qui impose, à défaut de suivre l'avis du médecin de prévention, de motiver sa décision et de saisir le comité d'hygiène ou le comité technique ;

- les manquements de la commune sont à l'origine de préjudices qui peuvent être évalués à 10 000 euros pour le préjudice résultant du défaut de saisine du comité médical et à 15 000 euros pour le préjudice résultant de l'absence de mise en œuvre des préconisations du médecin de prévention.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 février 2024, la commune de Clichy-la-Garenne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, les demandes indemnitaires du requérant sont prescrites ;

- à titre subsidiaire, la requête est irrecevable pour forclusion ;

- elle n'est pas restée inactive et sa responsabilité ne peut être engagée pour violation des préconisations de la médecine du travail.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n°85-603 du 10 juin 1985 ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- le décret n° 87-602 du 30 janvier 1987 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Louvel, rapporteur ;

- et les conclusions de M. Belhadj, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B est adjoint technique territorial de la commune de Clichy-la-Garenne depuis 1993. Exerçant les fonctions d'agent de propreté au sein du service des espaces verts, il a été victime d'un accident du travail le 24 mars 2012 et placé en arrêt de travail du 24 mars au 30 mai 2012 pour une tendinite du poignet droit et des douleurs aux fléchisseurs de la main. Par un courrier du 14 septembre 2021, il a formé une demande indemnitaire, d'un montant total de 25 000 euros, en vue d'obtenir la réparation des préjudices qu'il estime avoir subi du fait de l'absence de saisine du comité médical et de la violation des préconisations du médecin du travail. La commune de Clichy-la-Garenne a rejeté implicitement sa demande. Par la présente requête, M. B demande la condamnation de la commune de Clichy-la-Garenne à lui verser la somme de 25 000 euros en réparation de ses préjudices.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité :

2. Il appartient en principe au demandeur qui engage une action en responsabilité à l'encontre de l'administration d'apporter tous éléments de nature à établir devant le juge, outre la réalité du préjudice subi, l'existence de faits de nature à caractériser une faute.

3. En premier lieu, aux termes de l'article 5 du décret du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux : " I.- Le conseil médical départemental réuni en formation restreinte est consulté pour avis sur : () 6° Le reclassement dans un autre emploi à la suite d'une altération de l'état de santé du fonctionnaire () ".

4. M. B, qui ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article 7 du décret du 17 janvier 1986 imposant la saisine des comités médicaux en ce qui concerne " Le reclassement dans un autre emploi à la suite d'une modification de l'état physique du fonctionnaire ", ces dispositions n'étant applicables qu'aux fonctionnaires de la fonction publique d'Etat, doit être regardé comme soutenant que la commune a méconnu les dispositions précitées de l'article 5 du décret du 30 juillet 1987.

5. Il résulte de l'instruction que, le 18 janvier 2014, après avoir examiné M. B dans le cadre de sa reprise du travail, le docteur C, médecin agréé, a conclu à l'inaptitude définitive de l'intéressé à ses fonctions d'agent de propreté et à la nécessité d'envisager un reclassement professionnel ou un changement d'affectation. Si la commune de Clichy-la-Garenne soutient avoir saisi le comité médical par lettre recommandée, le 23 mai 2014, pour qu'il statue sur l'aptitude ou l'inaptitude définitive de M. B au grade d'adjoint technique de 1ère classe et aux fonctions s'y rapportant et à toutes fonctions du cadre d'emploi, elle n'en justifie pas, alors que le comité médical indique par ailleurs n'avoir reçu aucune saisine concernant la situation de M. B en 2014. Dès lors, M. B est fondé à soutenir que la commune de Clichy-la-Garenne a méconnu l'article 5 du décret du 30 juillet 1987 et que cette méconnaissance constitue une illégalité de nature à engager sa responsabilité.

6. En deuxième lieu, M. B soutient que la commune de Clichy-la-Garenne a manqué à ses obligations en ne respectant pas les préconisations du médecin de prévention et qu'il lui appartenait, en application de l'article 24 du décret du 10 juin 1985 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la médecine professionnelle et préventive dans la fonction publique territoriale, à défaut de suivre l'avis du médecin de prévention, de motiver sa décision et de saisir le comité d'hygiène ou le comité technique. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction, notamment des témoignages de ses deux collègues produits par M. B, lesquels sont insuffisamment circonstanciés, que la commune de Clichy-la-Garenne, aurait ignoré les préconisations du médecin de prévention visant à aménager les conditions de travail de l'intéressé. Par suite, la commune n'a pas commis de manquement à la règlementation relative à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la médecine professionnelle et préventive, susceptible d'engager sa responsabilité.

7. En troisième lieu, M. B soutient également avoir subi des brimades, notamment une retenue de salaire pour défaut de transmission des prolongations de ses arrêts maladie. Toutefois aucun élément ne permet de l'établir et la circonstance que l'adjointe au directeur des espaces verts a réagi à l'une de ses absences en manifestant, par mail, le souhait qu'un " courrier de mise en demeure de reprise du travail, un rappel de [son] obligation d'information, et une retenue sur salaire si des éléments de justification n'arrivaient pas " lui soit adressé, n'est pas de nature, à elle seule, à établir que le requérant a subi des brimades ou une discrimination en raison de son état de santé, constitutif d'une faute susceptible d'engager la responsabilité de la commune.

En ce qui concerne les préjudices :

8. M. B soutient qu'il a subi un préjudice résultant du défaut de saisine du comité médical et un préjudice résultant de l'absence de mise en œuvre des préconisations du médecin de prévention, qu'il évalue respectivement à 15 000 et 10 000 euros. Toutefois, en se bornant à indiquer qu'il a subi un préjudice important, notamment sur sa santé, il n'apporte aucun élément de nature à justifier la nature, l'existence et l'étendue des préjudices qu'il invoque. Par suite, ses demandes présentées aux fins de réparation de ces chefs de préjudice ne peuvent qu'être rejetées.

9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la prescription de la créance alléguée par le requérant et sur leur recevabilité, que les conclusions indemnitaires présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les frais du litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la commune de Clichy-la-Garenne, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Les conclusions présentées à ce titre par le requérant doivent, par suite, être rejetées.

11. La présente instance n'ayant pas donné lieu à la liquidation de dépens, les conclusions de la requête de M. B tendant à la condamnation de la commune de Clichy-la-Garenne aux entiers dépens ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Clichy-la-Garenne.

Délibéré après l'audience du 29 janvier 2025 à laquelle siégeaient :

M. Ouillon, président,

M. Louvel, premier conseiller,

Mme Colin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 février 2025.

Le rapporteur,

Signé

T. Louvel

Le président,

Signé

S. OuillonLa greffière,

Signé

M-J. Ambroise

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation,

Le greffier

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No 2200146

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