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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2200559

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2200559

vendredi 26 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2200559
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantTHOMAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 janvier 2022, M. A B, représenté par Me Thomas, avocat, demande au Tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre des années 2015 à 2017, ainsi que des pénalités et intérêts de retard correspondants, pour un montant total de 245 638 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 6 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

M. B soutient que :

- les impositions en litige ont été établies à l'issue d'une procédure irrégulière, l'administration ne lui ayant pas régulièrement notifié de proposition de rectification, en méconnaissance de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales ;

- les impositions en litige étaient prescrites à la date de leur mise en recouvrement, la proposition de rectification du 18 décembre 2018, qui lui a été irrégulièrement notifiée, n'ayant pas pu interrompre le délai de reprise de l'administration ;

- c'est à tort que l'administration fiscale a rejeté la comptabilité de la société Mangi e Bevi ;

- la méthode mise en œuvre par l'administration fiscale pour reconstituer les recettes de la société Mangi e Bevi est radicalement viciée.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 mars 2022, la directrice départementale de finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

La directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise fait valoir que les moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Villette, conseiller ;

- et les conclusions de M. Prost, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. À la suite de la vérification de comptabilité de la SARL Mangia e Bevi, qui exerce une activité de restauration traditionnelle, dont M. B était associé et gérant, l'administration fiscale lui a notifié, par une proposition de rectification du 18 décembre 2018, selon la procédure contradictoire, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre des années 2015 à 2017, à raison notamment de sommes regardées comme des revenus distribués par la société SARL Mangia e Bevi et imposées dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers. La réclamation du 8 juin 2021, présentée par le requérant en vue d'obtenir le dégrèvement de ces impositions supplémentaires a été rejetée par l'administration fiscale par une décision du 23 novembre 2021. M. B demande au Tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre des années 2015 à 2017, ainsi que des majorations et intérêts de retard correspondants.

Sur les conclusions aux fins de décharge :

2. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation () ".

3. Une proposition de rectification doit, en principe, pour satisfaire aux exigences de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales, être notifiée à la dernière adresse communiquée par le contribuable à l'administration fiscale pour y recevoir ses courriers. Cette adresse est celle connue de l'administration fiscale à la date d'envoi du pli contenant la proposition de rectification. En cas de changement de domicile, il appartient au contribuable d'établir qu'il a fait les diligences nécessaires pour informer l'administration de sa nouvelle adresse.

4. Il est constant que le pli contenant la proposition de rectification concernant les années d'impositions en litige a été envoyé à M. B, le 18 décembre 2018, au 8, rue Jeanne d'Arc à Issy-les-Moulineaux, et que celui-ci a été retourné à l'administration fiscale portant la mention " destinataire inconnu à l'adresse ". Si M. B fait valoir que l'administration avait connaissance de sa nouvelle adresse, dès lors qu'elle était mentionnée dans divers documents qui lui avaient été transmis dans le cadre du contrôle fiscal de la SARL Mangia e Bevi, il ne justifie néanmoins pas avoir effectué la moindre démarche pour informer l'administration de sa nouvelle adresse avant l'envoi de la proposition de rectification. Par ailleurs, si le requérant fait valoir que l'avis d'imposition de 2019, au titre de ses revenus 2018, lui a été adressé à sa nouvelle adresse, il résulte de l'instruction que celui-ci, qui est au demeurant postérieur à l'envoi de la proposition de rectification en litige, mentionne comme adresse d'imposition au 1er janvier 2019 le 8, rue Jeanne d'Arc à Issy-les-Moulineaux, et l'administration fiscale fait valoir, sans être contredite, que l'intéressé ne lui a présenté une déclaration de changement d'adresse que les 8 et 16 janvier 2019. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'administration fiscale lui aurait irrégulièrement notifié la proposition de rectification du 18 décembre 2018, et qu'elle aurait ainsi méconnu les dispositions de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales.

5. Aux termes de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales : " Pour l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés, le droit de reprise de l'administration des impôts s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due () ". Aux termes de l'article L. 189 de ce livre : " La prescription est interrompue par la notification d'une proposition de rectification, par la déclaration ou la notification d'un procès-verbal, de même que par tout acte comportant reconnaissance de la part des contribuables et par tous les autres actes interruptifs de droit commun () ".

6. Il résulte de l'instruction, ainsi qu'il a été dit au point 4. du présent jugement, que l'administration fiscale doit être regardée comme ayant régulièrement notifié la proposition de rectification le 18 décembre 2022. Cette notification étant interruptive de prescription, la mise en recouvrement des impositions en litige devait intervenir avant l'expiration d'un nouveau délai de prescription de trois ans, à savoir le 31 décembre 2021. En l'espèce, les impositions en litige ont été mises en recouvrement le 30 avril 2021. Par suite, le moyen tiré de la prescription du droit de reprise de l'administration doit être écarté.

7. Aux termes de l'article 54 du code général des impôts : " Les contribuables mentionnés à l'article 53 A sont tenus de représenter à toute réquisition de l'administration tous documents comptables, inventaires, copies de lettres, pièces de recettes et de dépenses de nature à justifier l'exactitude des résultats indiqués dans leur déclaration () ".

8. Il résulte de l'instruction, et notamment de la proposition de rectification du 18 décembre 2018 adressée à la SARL Mangie e Bevi, que pour rejeter la comptabilité de cette société l'administration fiscale a pu relever que l'inventaire des stocks n'était pas détaillé en ce qu'il ne précisait pas la nature, la quantité et la valeur d'achat de chaque produit, que certaines factures d'achat n'avaient pas été comptabilisées, et que le contribuable n'avait présenté aucun justificatif permettant d'établir le détail de ses recettes. Si M. B fait valoir qu'un tableur Excel faisant état des recettes journalières et du mode de paiement a été remis au service vérificateur, il n'est néanmoins pas contesté que la société contrôlée n'a pas présenté la moindre pièce, telles des tickets de caisse ou factures, permettant justifier le détail de ses recettes. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a rejeté la comptabilité de la SARL Mangie e Bevi comme non probante.

9. Il résulte de l'instruction que, pour reconstituer les recettes de la SARL Mangie e Bevi au titre des années 2015 et 2016, le service vérificateur a procédé au dépouillement des factures des achats de vin sur les années en litige, puis a procédé à la détermination des achats utilisables eu égard à la variation des stocks. Il a ensuite déterminé le nombre de bouteilles ayant pu être vendues en appliquant un abattement général de 10% afin de tenir compte notamment des offerts, avantages en nature, pertes et casses. Le vérificateur a, ensuite, à partir de copies de notes clients relatives à la période sur 1er août au 14 septembre 2018, pu déterminer la part des recettes correspondant aux vins par rapport aux recettes totales, à savoir 18, 47% des recettes. Il a, alors, déterminé le chiffre d'affaires des vins sur les années d'imposition en litige en appliquant au bouteilles de vin ayant pu être vendues le prix de vente indiqué par l'exploitant lors du contrôle. Enfin, le service vérificateur a pu reconstituer le montant des recettes en utilisant le chiffre d'affaires des vins reconstitué et la part que représente celui-ci dans le chiffre d'affaires total.

10. D'une part, si M. B soutient que la méthode de reconstitution ainsi mise en œuvre serait radicalement viciée, dès lors que le service vérificateur, pour établir son chiffre d'affaires sur les années d'imposition en litige, a extrapolé des constations faites sur une année postérieure, il n'établit pas que les conditions d'exploitation de son activité aient été modifiées au cours de ces années. D'autre part, si le requérant fait valoir que la période d'observation retenue par l'administration, du 1er août au 14 septembre 2018, qui exclut donc les fêtes de fin d'année, ainsi que l'époque du " Beaujolais nouveau ", ne serait pas pertinente, il n'apporte, à l'appui de ses critiques, aucun élément tiré de l'activité de l'entreprise propre à permettre d'en apprécier la pertinence. En outre, la période d'observation retenue par l'administration, à savoir près d'un mois et demi, constitue dans les circonstances de l'espèce une période suffisamment représentative de l'activité de l'entreprise, permettant d'en reconstituer le chiffre d'affaires sur la période concernée. Dans ces conditions, M. B n'établit pas le caractère radicalement vicié de la méthode de reconstitution de recettes mise en œuvre par l'administration fiscale.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les dépens :

12. La présente instance n'ayant pas donné lieu à la liquidation de dépens, les conclusions de M. B présentées sur le fondement de l'article R. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Les conclusions présentées à ce titre par M. B doivent, par suite, être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à A B et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, M. Viain, premier conseiller, et M. Villette, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2024.

Le rapporteur,

signé

G. VILLETTE

Le président,

signé

K. KELFANI

La greffière,

signé

A. CHANSON

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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