Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2200563

mardi 28 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2200563
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantNAIT MAZI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 14 janvier 2022 et 3 octobre 2023,

M. D, représenté par Me Nait Mazi, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 9 juillet 2021 par laquelle le maire de Clamart a accordé à M. C A l'autorisation de travaux assortie de prescriptions, portant extension et agrandissement d'une terrasse surélevée d'une construction implantée sur une parcelle cadastrée section AH n°202 sise 95 rue Paul Padé à Clamart ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Clamart une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il justifie d'un intérêt à agir contre cette décision au sens de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme ;

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle a été prise sur la base d'un dossier de déclaration préalable incomplet dès lors que la terrasse, objet de la demande semble correspondre à un escalier délabré et condamné ; que le projet de travaux empiétera sur sa propriété et que les espaces de pleine terre et que la végétation existant sur la parcelle d'assiette du projet ont fait l'objet d'une représentation inexacte ;

- elle méconnait les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et de l'article UE 11 du règlement du plan local d'urbanisme de Clamart ;

- elle méconnait les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme dès lors qu'il n'est pas justifié du respect de l'avis rendu le 10 février 2021 par l'inspection générale des carrières.

Par deux mémoires en défense, enregistré le 28 avril 2022 et 18 octobre 2023,

M. C A, représenté par Me Fergon, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge du requérant une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Il fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable faute pour M. D de justifier d'un intérêt à agir au sens de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 août 2022, la commune de Clamart, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le tribunal était susceptible de fonder son jugement sur un moyen soulevé d'office.

Par une lettre enregistrée le 6 mai 2024, M. D, représenté par Me Nait Mazi a formulé des observations sur ce moyen d'ordre public.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Zaccaron Guérin, rapporteure,

- les conclusions de M. Louvel, rapporteur public,

- les observations de Me Nait Mazi représentant M. D qui précise oralement les observations formulées sur le moyen d'ordre public en alléguant qu'il n'a pas entendu soulever un moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du règlement du plan local d'urbanisme de Clamart relatives aux espaces verts de pleine terre mais uniquement démontrer que le projet litigieux a été présenté de manière trompeuse ce qui a été de nature à fausser l'appréciation portée par l'administration sur ce projet de sorte qu'il n'y a pas lieu de retenir le moyen soulevé d'office par le tribunal ;

- et les observations de Me Fergon, représentant M. C A ;

La commune de Clamart n'étant ni présente ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. Le 15 février 2021, M. C A a déposé une demande de déclaration préalable de travaux qu'il a complétée les 16 avril, 29 avril et 1er juin 2021, en vue de réaliser l'extension et l'agrandissement de la terrasse surélevée d'une construction existante implantée 95 rue Paul Padé à Clamart. Par un arrêté du 9 juillet 2021, le maire de Clamart ne s'est pas opposé à cette déclaration préalable mais a assorti sa décision de prescriptions. Par la présente requête, M. D demande au tribunal l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée :

2. La décision litigieuse du 9 juillet 2021 a été signée par M. F E, dixième adjoint au maire de Clamart, qui bénéficiait d'une délégation de signature par un arrêté n°DAJA-126/2020 du 15 juillet 2020, à l'effet notamment de signer " les correspondances, actes, documents et pièces administratives, rapports et notes diverses " dans le domaine de l'urbanisme et de la protection du patrimoine architectural et historique y compris " les courriers portant acceptation ou décision (favorables et défavorables) ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

En ce qui concerne l'incomplétude du dossier de déclaration préalable :

3. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

4. En se bornant à soutenir qu'aucune des pièces du dossier de déclaration ne permet de justifier de l'existence de la terrasse objet de la déclaration de travaux, que le projet déborde sur la limite séparative de sa propriété et que les espaces de pleine terre et de végétation font l'objet d'une représentation inexacte, sans invoquer la méconnaissance d'aucune disposition, M. D n'assortit pas son moyen des précisions suffisantes permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance des articles R. 111-27 du code de l'urbanisme et UE 11 du règlement du plan local d'urbanisme de Clamart :

5. Aux termes de l'article UE 11 du règlement du plan local d'urbanisme de Clamart relatif à l'extérieur des constructions et à l'aménagement de leurs abords lequel reprend les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme: " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. / () l'implantation et l'architecture des constructions neuves devront privilégier les effets de continuité du point de vue des gabarits, des séquences urbaines, des rythmes horizontaux et verticaux () ".

6. Il résulte de ces dispositions que, si les constructions projetées portent atteinte aux paysages naturels avoisinants, l'autorité administrative compétente peut refuser de délivrer le permis de construire sollicité ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage naturel de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site naturel sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

7. Il ressort des pièces du dossier que le projet de travaux litigieux est envisagé rue Paul Padé, dans un quartier constitué majoritairement de pavillons aux caractéristiques architecturales hétérogènes ne présentant pas d'unité ou d'intérêt architectural particulier. En outre, il ressort de la notice jointe au dossier de déclaration préalable que la construction envisagée comportera notamment, une maçonnerie recouverte d'un " enduit gratté couleur ton pierre ", des ouvrants en aluminium couleur gris anthracite et des volets roulants de même couleur, des châssis en double vitrage de sorte qu'elle présentera des caractéristiques similaires à celles des bâtiments voisins. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles R. 111-27 du code de l'urbanisme et UE 11 du règlement du plan local d'urbanisme de Clamart ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme :

8. Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".

9. En l'espèce, si M. D fait valoir que les travaux projetés ont été autorisés en méconnaissance de l'avis de l'inspection générale des carrières daté du 10 février 2021, il est constant que cet avis a été rendu avant que M. C A ne dépose son dossier de demande de déclaration préalable. Par ailleurs, il ressort de l'avis rendu le 3 janvier 2022 par l'inspection générale des carrières sur ce projet de travaux, qu'il est assorti de prescriptions relatives à la mise en sécurité de la parcelle et aux fondations superficielles armées dont le respect devra être justifié par le pétitionnaire au stade de l'exécution des travaux autorisés par la décision attaquée, et non pas au stade du dépôt de son dossier. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que compte tenu de ces prescriptions, les travaux autorisés seraient susceptibles de créer un risque à la salubrité ou à la sécurité publique. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision de non-opposition assortie de prescriptions rendue le 9 juillet 2021 par le maire de Clamart.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Clamart, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. D au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

12. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de M. D, une somme de 1 200 euros qu'il versera à M. C A, sur le fondement de ces dispositions au titre des frais non compris dans les dépens qu'il a exposés.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 :M. D versera une somme de 1 200 euros à M. C A, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. B D, à M. G C A et à la commune de Clamart.

Délibéré après l'audience du 7 mai 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Edert, présidente,

Mme Chaufaux, première conseillère,

Mme Zaccaron Guérin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mai 2024.

La rapporteure,

signé

C. Zaccaron Guérin La présidente,

signé

S. Edert

La greffière,

signé

S. Le Gueux

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 22005632