jeudi 17 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2200621 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | CRAPART |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête, enregistrée le 17 janvier 2022 sous le numéro 2200621, et un mémoire enregistré le 23 novembre 2023, la société par actions simplifiée (SAS) TK Elevator, représentée par Me Crapart, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler le titre exécutoire n° 101644 d'un montant de 36 100 euros émis par la fondation Roguet à son encontre le 19 novembre 2021 ;
2°) de la décharger de l'obligation de payer la somme correspondante ;
3°) de mettre à la charge de la fondation Roguet la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle doit être regardée comme soutenant que :
Sur la régularité du titre exécutoire :
- le titre exécutoire ne comporte pas les nom et prénom du comptable émetteur ;
- son émission n'a pas été précédée d'une tentative de règlement amiable des différends en méconnaissance des stipulations du cahier des clauses administratives particulières ;
- il ne mentionne pas les bases de liquidation et le fondement de la créance que la fondation Roguet prétend détenir à son encontre.
Sur le bien-fondé du titre exécutoire :
- la somme réclamée est mal fondée dès lors que les pénalités demandées ne sont pas applicables au présent litige ;
- elle repose sur des modalités erronées de décompte des délais ;
- elle est manifestement excessive ;
- la matérialité du manquement inhérent à la remise tardive du devis de remplacement de deux boutons de l'appareil AM203330W n'est pas démontrée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 février 2022, la fondation Roguet conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société TK Elevator sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête de la société TK Elevator est irrecevable ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 24 octobre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 décembre 2023 à 12 heures.
II. Par une requête, enregistrée le 21 février 2022 sous le numéro 2202707, la SAS TK Elevator, représentée par Me Crapart, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler le titre exécutoire n° 101793 d'un montant de 3 950 euros émis par la fondation Roguet à son encontre le 23 décembre 2021 ;
2°) de la décharger de l'obligation de payer la somme correspondante ;
3°) de mettre à la charge de la fondation Roguet la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle doit être regardée comme soutenant que :
Sur la régularité du titre exécutoire :
- le titre exécutoire ne comporte pas les nom et prénom du comptable émetteur ;
- son émission n'a pas été précédée d'une tentative de règlement amiable des différends en méconnaissance des stipulations du cahier des clauses administratives particulières ;
- il ne mentionne pas les bases de liquidation et le fondement de la créance que la fondation Roguet prétend détenir à son encontre.
Sur le bien-fondé du titre exécutoire :
- la somme réclamée repose sur des modalités erronées de décompte des délais.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mai 2023, la fondation Roguet conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la société TK Elevator sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête de la société TK Elevator est irrecevable ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 10 octobre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 novembre 2023 à 12 heures.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- l'ordonnance n° 2015-899 du 23 juillet 2015 ;
- le décret n° 2016-360 du 25 mars 2016 ;
- l'arrêté du 19 janvier 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales des marchés publics de fournitures courantes et de services ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lusinier, conseillère ;
- et les conclusions de M. Sitbon, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Le groupement hospitalier du territoire des Hauts-de-Seine a confié à la société par actions simplifiée (SAS) TK Elevator le lot 3 d'un marché de maintenance d'appareils élévateurs ayant pour objet la maintenance préventive et curative des ascenseurs de la fondation Roguet. Cette dernière a émis à l'encontre de la SAS TK Elevator, les 19 novembre 2021 et 23 décembre 2021, deux titres exécutoires n°s 101644 et 101793 de 36 100 euros et 3 950 euros respectivement, correspondant aux pénalités de retard qui lui ont été infligées en raison de la méconnaissance de ses obligations contractuelles. Par les présentes requêtes, la société TK Elevator doit être regardée comme demandant au tribunal l'annulation de ces titres et la décharge subséquente de l'obligation de payer les sommes y afférentes.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n°s 2200621 et 2202707 concernent la même société, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour y statuer par un seul et même jugement.
Sur les fins de non-recevoir soulevées en défense :
3. Si la fondation Rouguet soutient que les requêtes de la SAS TK Elevator sont irrecevables, elle n'assortit pas ces fins de non-recevoir des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Elles ne peuvent donc qu'être écartées.
Sur les conclusions à fin d'annulation des titres de recettes :
4. Aux termes de l'article 37-1 du cahier des clauses administratives générales des marchés publics de fournitures courantes et de services (CCAG-FCS), dans sa version issue de l'arrêté du 19 janvier 2009 : " Le pouvoir adjudicateur et le titulaire s'efforceront de régler à l'amiable tout différend éventuel relatif à l'interprétation des stipulations du marché ou à l'exécution des prestations objet du marché. ". Selon l'article 21.1 du cahier des clauses administratives particulières (CCAP) applicable au marché : " () Le titulaire et la personne publique s'efforcent de régler à l'amiable tous les différends qui peuvent intervenir lors de l'exécution du présent contrat. Dans le cas où un accord amiable ne peut intervenir, le litige, pour lequel le droit français seul est applicable, est porté devant le tribunal administratif de Cergy-Pontoise. ".
5. En émettant les titres de recettes contestés sans avoir préalablement fait naître un différend, la fondation Roguet n'a pas mis la SAS TK Elevator en mesure de mobiliser les stipulations contractuelles précitées qui auraient pu lui permettre de prétendre à son règlement amiable, les échanges de courriels produits en défense par la fondation Roguet étant étrangers au présent litige. Dès lors, la SAS TK Elevator est fondée à soutenir que les titres en cause, émis les 19 novembre 2021 et 23 décembre 2021, ont été pris à l'issue d'une procédure irrégulière.
6. Sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, la SAS TK Elevator est donc fondée à demander l'annulation des titres attaqués. Toutefois, l'annulation d'un titre exécutoire pour un motif de régularité en la forme n'implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, l'extinction de la créance litigieuse, à la différence d'une annulation prononcée pour un motif mettant en cause le bien-fondé du titre. Il en résulte que, lorsque le requérant choisit de présenter, outre des conclusions tendant à l'annulation d'un titre exécutoire, des conclusions à fin de décharge de la somme correspondant à la créance de l'administration, il incombe au juge administratif d'examiner prioritairement les moyens mettant en cause le bien-fondé du titre qui seraient de nature, étant fondés, à justifier le prononcé de la décharge.
Sur les conclusions à fin de décharge :
7. En premier lieu, selon l'article 15.4 du CCAP du marché : " Lorsque le délai de remise en service définitive est dépassé par le fait du titulaire, sauf circonstances exceptionnelles justifiées par écrit et acceptées par le maître d'ouvrage, il est fait application sans mise en demeure préalable des pénalités suivantes : 100 Euros HT/heure de retard. ".
8. Si la SAS TK Elevator conteste les pénalités mises à sa charge pour le remplacement de pièces de rechange, au motif que les appareils concernés n'étaient pas mis à l'arrêt, les dysfonctionnements constatés en l'espèce étaient de nature à entraver leur utilisation normale, donc suffisants pour justifier l'infliction des pénalités contestées sur le fondement des stipulations précitées de l'article 15.4 du CCAP.
9. En deuxième lieu, selon l'article 7.3.3 du cahier des clauses techniques particulières du marché (CCTP) : " Le délai d'intervention correspond à la durée qui s'écoule entre l'appel du centre hospitalier et l'arrivée sur site du représentant du titulaire disposant de toutes les connaissances et matériel afin d'effectuer sa mission. / Ce délai est porté à : 2 heures 7 jours sur 7 et 24 heures/24 à compter de la réception de l'appel par le prestataire ". Selon l'article 27.2.1 du CCAG-FCS : " Lorsque la maintenance est effectuée dans les locaux du pouvoir adjudicateur, les interventions s'effectuent à l'intérieur d'une plage horaire mentionnée dans les documents particuliers du marché et appelée période d'intervention. Le décompte du délai imparti au titulaire pour répondre à une demande d'intervention ne court que pendant la période d'intervention définie dans les documents particuliers du marché. La période d'intervention s'étend de huit heures à dix-huit heures, du lundi au vendredi, jours fériés exclus. ".
10. Si la SAS TK Elevator reproche à la fondation Roguet d'avoir décompté les délais de retard selon des modalités erronées, elle ne peut à cet égard utilement se prévaloir des stipulations précitées de l'article 27.2.1 du CCAG-FCS, les documents particuliers du marché, qui prévoient que le titulaire peut être mobilisé 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, y dérogeant nécessairement.
11. En troisième lieu, les pénalités de retard prévues par les clauses d'un marché public ont pour objet de réparer forfaitairement le préjudice qu'est susceptible de causer au pouvoir adjudicateur le non-respect, par le titulaire du marché, des délais d'exécution contractuellement prévus. Elles sont applicables au seul motif qu'un retard dans l'exécution du marché est constaté et alors même que le pouvoir adjudicateur n'aurait subi aucun préjudice ou que le montant des pénalités mises à la charge du titulaire du marché qui résulte de leur application serait supérieur au préjudice subi. Si, lorsqu'il est saisi d'un litige entre les parties à un marché public, le juge du contrat doit, en principe, appliquer les clauses relatives aux pénalités dont sont convenues les parties en signant le contrat, il peut, à titre exceptionnel, saisi de conclusions en ce sens par une partie, modérer ou augmenter les pénalités de retard résultant du contrat si elles atteignent un montant manifestement excessif ou dérisoire, eu égard au montant du marché et compte tenu de l'ampleur du retard constaté dans l'exécution des prestations. Lorsque le titulaire du marché saisit le juge de conclusions tendant à ce qu'il modère les pénalités mises à sa charge, il ne saurait utilement soutenir que le pouvoir adjudicateur n'a subi aucun préjudice ou que le préjudice qu'il a subi est inférieur au montant des pénalités mises à sa charge. Il lui appartient de fournir aux juges tous éléments, relatifs notamment aux pratiques observées pour des marchés comparables ou aux caractéristiques particulières du marché en litige, de nature à établir dans quelle mesure ces pénalités présentent selon lui un caractère manifestement excessif.
12. Si la société requérante fait valoir que le montant des pénalités est manifestement excessif dès lors qu'il représente 115 % du montant du marché, elle n'apporte aucun élément lié aux caractéristiques particulières du marché ou aux pratiques observées pour des marchés de maintenance comparables, en particulier dans les établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD). Par suite, elle n'est pas fondée à demander, à titre exceptionnel, la modulation des pénalités. A cet égard, elle ne saurait utilement se prévaloir, ainsi qu'il a été dit précédemment, de ce que le pouvoir adjudicateur n'aurait pas subi de préjudice.
13. En revanche, aux termes de l'article 7.3.6 du cahier des clauses techniques particulières (CCTP) applicable au marché : " Le délai de production de devis correspond à la durée nécessaire pour la rédaction et la réception du devis correspondant aux réparations et remise en service, lorsque celles-ci ne sont pas incluses dans le contrat de maintenance étendue. Ce délai est fixé à 72 heures après la constatation de la panne ou de la pièce défectueuse par le technicien (). ".
14. Une pénalité de 7 300 euros a été infligée à la SAS TK Elevator en raison du retard pris dans la production d'un devis relatif au remplacement de deux boutons sur l'appareil AM2033W. Toutefois, la fondation Roguet ne démontre pas qu'elle aurait adressé une demande de devis à la société requérante le 21 septembre 2021 et qu'elle n'aurait reçu ce devis que le 26 septembre 2021 comme elle l'indique dans son courrier du 4 octobre 2021. Quant au devis du 20 mai 2021 qu'elle produit, il ne concerne pas l'appareil en litige. Dès lors, le moyen tiré de l'absence de démonstration de la matérialité du manquement reproché doit être accueilli.
15. Il résulte de ce qui précède que la SAS TK Elevator est seulement fondée à demander la décharge de l'obligation de payer la somme de 7 300 euros procédant du titre exécutoire n° 101644.
Sur les frais liés à l'instance :
16. Dans les circonstances de l'espèce, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la SAS TK Elevator, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la fondation Roguet demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de la fondation Roguet la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1er : Les titres exécutoires des 19 novembre 2021 et 23 décembre 2021 sont annulés.
Article 2 : La SAS TK Elevator est déchargée de l'obligation de payer la somme de 7 300 euros procédant du titre exécutoire n° 101644.
Article 3 : La fondation Roguet versera la somme de 1 500 euros à la SAS TK Elevator en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société TK Elevator et à la fondation Roguet.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Oriol, présidente, et Mmes A et Lusinier, conseillères.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.
La rapporteure,
Signé
V. Lusinier
La présidente,
Signé
C. OriolLa greffière,
Signé
V. Ricaud
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour ampliation,
La greffière
N°s 2200621 - 2202707
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026