vendredi 26 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2200914 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | TABI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée au greffe du Tribunal administratif de Versailles le 4 janvier 2022, la SASU ROMURIDZ CORP, représentée par Me Tabi, avocat, demande au Tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2013 et 2014, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour la période du 29 avril 2013 au 31 décembre 2014, ainsi que des majorations et intérêts de retard correspondants, pour un montant total de 118 674 euros ;
2°) de mettre à la charge de la l'État la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La SASU ROMURIDZ CORP soutient que :
- sa requête est recevable, aucun délai de recours ne pouvant lui être opposé, dès lors que l'administration fiscale n'a pas expressément répondu à sa réclamation préalable ;
- les impositions litigieuses ont été établies à l'issue d'une procédure irrégulière, en méconnaissance de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales, l'administration fiscale ne lui ayant pas remis les documents qu'elle avait obtenus de tiers dans le cadre de l'exercice de son droit de communication, en dépit d'une demande présentée en ce sens ;
- la propositions de rectification qui lui a été notifiée est insuffisamment motivée, en méconnaissance de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales, dès lors qu'elle ne précise pas les raisons qui ont conduit l'administration fiscale à rejeter sa comptabilité.
Par l'ordonnance n° 2200045 du 17 janvier 2022, le président de la 5ème chambre du Tribunal administratif de Versailles a transmis au Tribunal administratif de Cergy-Pontoise, sur le fondement de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête de la SASU ROMURIDZ CORP.
Par un mémoire en défense enregistré le 14 avril 2022, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
La directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise fait valoir que :
- la requête présentée par la SASU ROMURIDZ CORP est irrecevable, la requérante n'ayant pas formé sa réclamation préalable avant l'expiration du délai qui lui était imparti, en application des dispositions combinées de l'article R. 196-1 et R. 196-3 du livre des procédures fiscales ;
- les moyens invoqués par la SASU ROMURIDZ CORP ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Villette, conseiller ;
- et les conclusions de M. Prost, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La SASU ROMURIDZ CORP, qui a pour activité déclarée le commerce de gros d'appareils électroménagers, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 29 avril 2013 au 31 décembre 2014. À l'issue de ce contrôle, l'administration fiscale lui a notifié, par une proposition de rectification du 18 juillet 2016, selon la procédure contradictoire et la procédure de taxation d'office, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre des années 2013 et 2014, et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée pour la période du 29 avril 2013 au 31 décembre 2014. Ces impositions ont été mises en recouvrement par un avis du 31 octobre 2016. Par une réclamation datée du 31 décembre 2019, à laquelle l'administration fiscale n'a pas répondu, la société requérante a demandé le dégrèvement de ces impositions. La SASU ROMURIDZ CORP demande au Tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2013 et 2014, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour la période du 29 avril 2013 au 31 décembre 2014, ainsi que des majorations et intérêts de retard correspondants.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Aux termes de l'article R. 421-5 du code justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. ". Aux termes de l'article R. 190-1 du livre des procédures fiscales : " Le contribuable qui désire contester tout ou partie d'un impôt qui le concerne doit d'abord adresser une réclamation au service territorial () de l'administration des impôts () dont dépend le lieu d'imposition () ". Aux termes de l'article R. 196-1 du même livre : " Pour être recevables, les réclamations relatives aux impôts autres que les impôts directs locaux et les taxes annexes à ces impôts, doivent être présentées à l'administration au plus tard le 31 décembre de la deuxième année suivant celle, selon le cas : / a) De la mise en recouvrement du rôle ou de la notification d'un avis de mise en recouvrement () ". Aux termes de l'article R. 196-3 de ce livre : " Dans le cas où un contribuable fait l'objet d'une procédure de reprise ou de rectification de la part de l'administration des impôts, il dispose d'un délai égal à celui de l'administration pour présenter ses propres réclamations. ". Aux termes de l'article L. 169 dudit livre : " Pour l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés, le droit de reprise de l'administration des impôts s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due. ". Aux termes de l'article L. 189 du livre mentionné ci-dessus : " La prescription est interrompue par la notification d'une proposition de rectification () ".
3. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que l'avis d'imposition ou l'avis de mise en recouvrement par lequel l'administration porte les impositions à la connaissance du contribuable doit mentionner l'existence et le caractère obligatoire, à peine d'irrecevabilité d'un éventuel recours juridictionnel, de la réclamation prévue à l'article R. 190-1 du livre des procédures fiscales, ainsi que les délais de forclusion dans lesquels le contribuable doit présenter cette réclamation et, d'autre part, que le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours ou l'absence de preuve qu'une telle information a été fournie est de nature à faire obstacle à ce que les délais prévus par les articles R. 196-1 et R. 196-3 du livre des procédures fiscales lui soient opposables.
4. Toutefois le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. Dans le cas où le recours juridictionnel doit obligatoirement être précédé d'un recours administratif, celui-ci doit être exercé, comme doit l'être le recours juridictionnel, dans un délai raisonnable. Le recours administratif préalable doit être présenté dans le délai prévu par les articles R. 196-1 ou R. 196-3 du livre des procédures fiscales, prolongé, sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le contribuable, d'un an. Dans cette hypothèse, le délai de réclamation court à compter de l'année au cours de laquelle il est établi que le contribuable a eu connaissance de l'existence de l'imposition.
5. Il résulte de l'instruction que les impositions en litige, qui font suite à une proposition de rectification du 18 juillet 2016, ont été mises en recouvrement par un avis du 31 octobre 2016, notifié à la SASU ROMURIDZ CORP le 2 décembre 2016. Ainsi, la société requérante disposait, en principe, en application des dispositions précitées de l'article R. 196-3 du livre des procédures fiscales, d'un délai spécial de réclamation expirant le 31 décembre 2019. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que l'avis de mise en recouvrement notifié à la société requérante mentionnait l'existence et le caractère obligatoire, à peine d'irrecevabilité d'un éventuel recours juridictionnel, de la réclamation prévue à l'article R. 190-1 du livre des procédures fiscales, ainsi que les délais de forclusion dans lesquels le contribuable doit présenter cette réclamation, de sorte que ce délai de réclamation doit être prolongé d'un délai raisonnable d'un an. Dès lors, la réclamation préalable de la SASU ROMURIDZ CORP, notifiée à l'administration fiscale le 20 janvier 2020, ne peut être regardée comme tardive. Par suite, la fin de non-recevoir présentée en défense par la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise doit être écartée.
Sur les conclusions aux fins de décharge et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête :
6. Aux termes de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande. ".
7. Il résulte de ces dispositions qu'il incombe à l'administration, quelle que soit la procédure d'imposition mise en œuvre, et au plus tard avant la mise en recouvrement, d'informer le contribuable dont elle envisage soit de rehausser, soit d'arrêter d'office les bases d'imposition, de l'origine et de la teneur des documents et renseignements obtenus auprès de tiers, qu'elle a utilisés pour fonder les impositions, avec une précision suffisante pour mettre à même l'intéressé d'y avoir accès avant la mise en recouvrement des impositions qui en procèdent. Lorsque le contribuable lui en fait la demande, l'administration est, en principe, tenue de lui communiquer, alors même qu'il en aurait eu connaissance, les renseignements, documents ou copies de documents obtenus auprès de tiers qui lui sont opposés, afin de lui permettre d'en vérifier l'authenticité ou d'en discuter la teneur ou la portée. Il en va autrement s'agissant des documents et renseignements qui, à la date de la demande de communication, sont directement et effectivement accessibles au contribuable dans les mêmes conditions qu'à l'administration. Dans cette dernière hypothèse, si le contribuable établit qu'il ne peut avoir effectivement accès aux mêmes documents et renseignements que ceux détenus par l'administration, celle-ci est alors tenue de les lui communiquer.
8. Il résulte de l'instruction que la SASU ROMURIDZ CORP a adressé à l'administration fiscale, au moyen d'une lettre recommandée en date du 25 août 2016, une demande tendant à la communication des documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir les impositions mises à sa charge. La société requérante produit à l'instance la copie de ce courrier, la preuve de son dépôt à La Poste, le 25 août 2016, et une copie d'une capture écran du site internet de La Poste qui indique que ce " courrier a été remis contre signature du destinataire ", le 29 août 2016. Par ailleurs, il est constant que l'administration n'a pas communiqué à la société requérante de tels documents, dont il ne résulte pas de l'instruction qu'ils lui auraient été directement et effectivement accessibles, avant la mise en recouvrement des impositions en litige. Par suite, la SASU ROMURIDZ CORP est fondée à soutenir que les impositions en litige ont été établies en méconnaissance des dispositions de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales.
9. Il résulte de ce qui précède que la SASU ROMURIDZ CORP est fondée à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2013 et 2014, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour la période du 29 avril 2013 au 31 décembre 2014, ainsi que des majorations et intérêts de retard correspondants.
Sur les frais liés au litige :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement à SASU ROMURIDZ CORP de la somme de 1 500 (mille-cinq-cents) euros qu'il demande au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La SASU ROMURIDZ CORP est déchargée des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2013 et 2014, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour la période du 29 avril 2013 au 31 décembre 2014, ainsi que des majorations et intérêts de retard correspondants.
Article 2 : L'État versera à la SASU ROMURIDZ CORP une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de la SASU ROMURIDZ CORP est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SASU ROMURIDZ CORP et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 4 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Kelfani, président, M. Viain, premier conseiller, et M. Villette, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2024.
Le rapporteur,
signé
G. VILLETTE
Le président,
signé
K. KELFANI La greffière,
signé
A. CHANSON
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026