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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2201633

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2201633

mardi 30 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2201633
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème Chambre
Avocat requérantGUILLOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 8 février 2022 et 4 août 2022, M. et Mme A B, représentés par Me Guillot, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôts sur le revenu et des contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2017 et 2018, ainsi que de l'amende pour non déclaration d'un compte à l'étranger qui leur a été infligée au titre de l'année 2018 ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 013 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils ont été privés de la garantie attachée à la prorogation du délai de réponse mentionnée à l'article L. 57 du livre des procédures fiscales, et des garanties attachées à la possibilité de saisir le supérieur hiérarchique du vérificateur et l'interlocuteur départemental ;

- l'administration n'a pas tenu compte des moins-values qu'ils auraient subies ;

- la pénalité prévue à l'article 1736 du code général des impôts a été infligée en méconnaissance de l'avenant, signé à Paris le 3 juin 2009, à la convention entre la France et le Grand-Duché de Luxembourg signée le 1er avril 1958, prévoyant une assistance administrative réciproque.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 juillet 2022, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens invoqués par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention signée le 1er avril 1958 entre la France et le Grand-Duché de Luxembourg tendant à éviter les doubles impositions et à établir des règles d'assistance administrative réciproque en matière d'impôts sur le revenu et sur la fortune ;

- l'avenant signé à Paris le 3 juin 2009 à la convention entre la France et le Grand-Duché de Luxembourg signée le 1er avril 1958 ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- la loi du 11 juillet 1979 ;

- l'arrêté du 7 février 2007 pris en application de l'article R. 2-1 du code des postes et des communications électroniques et fixant les modalités relatives au dépôt et à la distribution des envois postaux ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Viain, premier conseiller,

- et les conclusions de M. Chabauty, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme B ont fait l'objet d'un examen de leur situation fiscale personnelle pour les années 2017 et 2018, à l'issue duquel, par une proposition du 25 mai 2021, l'administration leur a notifié des rectifications en matière de revenus salariaux, de bénéfices non commerciaux et de revenus fonciers, assortie d'une amende pour non déclaration d'un compte bancaire au Luxembourg sur le fondement du IV de l'article 1736 du code général des impôts. Par une réclamation du 19 octobre 2021, rejetée le 22 décembre 2021, les requérants ont contesté ces impositions supplémentaires. Par la requête susvisée, ils réitèrent leurs prétentions devant le tribunal.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

2. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation / Sur demande du contribuable reçue par l'administration avant l'expiration du délai [de trente jours] mentionné à l'article L. 11, ce délai est prorogé de trente jours. ". Aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 7 février 2007 pris en application de l'article R. 2-1 du code des postes et des communications électroniques et fixant les modalités relatives au dépôt et à la distribution des envois postaux : " En cas d'absence du destinataire à l'adresse indiquée par l'expéditeur lors du passage de l'employé chargé de la distribution, un avis du prestataire informe le destinataire que l'envoi postal est mis en instance pendant un délai de quinze jours à compter du lendemain de la présentation de l'envoi postal à son domicile ainsi que du lieu où cet envoi peut être retiré. Au moment du retrait par le destinataire de l'envoi mis en instance, l'employé consigne sur la preuve de distribution les informations suivantes : () / - la date de distribution. La preuve de distribution comporte également la date de présentation de l'envoi () ". Aux termes de l'article 7 de cet arrêté : " A la demande de l'expéditeur () le prestataire peut établir un avis de réception attestant de la distribution de l'envoi. Cet avis est retourné à l'expéditeur et comporte les informations suivantes : () / - la date de présentation si l'envoi a fait l'objet d'une mise en instance ; / - la date de distribution () ".

3. En cas de contestation sur la notification des rectifications au contribuable, il incombe à l'administration fiscale d'établir que la proposition de rectification a été régulièrement adressée au contribuable et, lorsque le pli contenant cette notification a été renvoyé par le service postal au service expéditeur, de justifier de la régularité des opérations de présentation à l'adresse du destinataire. La preuve qui lui incombe ainsi peut résulter soit des mentions précises, claires et concordantes figurant sur les documents, le cas échéant électroniques, remis à l'expéditeur conformément à la règlementation postale soit, à défaut, d'une attestation de l'administration postale ou d'autres éléments de preuve établissant la délivrance par le préposé du service postal d'un avis de passage prévenant le destinataire de ce que le pli est à sa disposition au bureau de poste. Compte tenu des modalités de présentation des plis recommandés prévues par la réglementation postale, doit être regardé comme portant des mentions précises, claires et concordantes suffisant à constituer la preuve d'une notification régulière le pli recommandé retourné à l'administration auquel est rattaché un volet " avis de réception " sur lequel a été apposée la date de vaine présentation du courrier et qui porte, sur l'enveloppe ou l'avis de réception, l'indication du motif pour lequel il n'a pu être remis.

4. En l'absence de mention de la date de distribution d'un courrier recommandé avec accusé de réception, celle-ci doit être regardée comme indiquée par la date figurant sur le cachet de la poste apposé sur l'avis de réception lors de la remise du pli au destinataire au bureau de poste.

5. En l'espèce, il ressort de la copie de l'accusé de réception du pli 2C 157 483 1850 8 contenant la proposition de rectification du 25 mai 2021, d'une part, que s'il mentionne que le pli a été présenté à ses destinataires le 27 mai 2021, il ne précise pas la date de sa distribution, d'autre part, que la date figurant sur le cachet de la poste est celle du 8 juin 2021 et, enfin, que les requérants ont signé l'accusé de réception. Par ailleurs, les requérants versent au dossier une copie d'écran du site de La Poste attestant que le pli recommandé en cause a bien été remis à ses destinataires contre signature le 8 juin 2021. Dans ces conditions, la proposition de rectification doit être regardée comme ayant été notifiée le 8 juin 2021.

6. Il résulte de l'instruction que les requérants ont demandé, dans le délai de trente jours qui leur était imparti par les dispositions précitées de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales, la prorogation de ce délai, que l'administration a acceptée par une lettre du 16 juin 2021. Par suite, les requérants avaient jusqu'au 9 août 2021 pour formuler leurs observations. Il est constant qu'ils ont communiqué leurs observations par un courrier du 30 juillet 2021, reçu par l'administration le 2 août 2021. L'administration ne soutient d'ailleurs pas que ces observations, lesquelles ne se bornaient pas à un refus global et non motivé des rehaussements, auraient été formulées hors du délai imparti à cette fin. Par suite, en ne répondant pas auxdites observations avant la mise en recouvrement des impositions, elle a privé M. et Mme B de la garantie prévue par les dispositions précitées du dernier aliéna de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. et Mme B sont fondés à demander la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mises à leur charge au titre des années 2017 et 2018.

Sur l'amende prévue à l'article 1736 IV du code général des impôts :

8. Aux termes de l'article 1649 A du code général des impôts : " () / Les personnes physiques () domiciliées ou établies en France, sont tenues de déclarer, en même temps que leur déclaration de revenus ou de résultats, les références des comptes ouverts, utilisés ou clos à l'étranger. () ". Aux termes de l'article 1736 du même code : " IV. 2- Les infractions aux dispositions du deuxième alinéa de l'article 1649 A et de l'article 1649 A bis sont passibles d'une amende de 1 500 € par compte ou avance non déclaré. Toutefois, pour l'infraction aux dispositions du deuxième alinéa de l'article 1649 A, ce montant est porté à 10 000 € par compte non déclaré lorsque l'obligation déclarative concerne un Etat ou un territoire qui n'a pas conclu avec la France une convention d'assistance administrative en vue de lutter contre la fraude et l'évasion fiscales permettant l'accès aux renseignements bancaires. ". Aux termes de l'article 344 A de l'annexe III audit code : " I. Les comptes à déclarer en application du deuxième alinéa de l'article 1649 A du code général des impôts sont ceux ouverts auprès de toute personne de droit privé ou public qui reçoit habituellement en dépôt des valeurs mobilières, titres ou espèces. ". Il résulte de ces dispositions que les personnes physiques domiciliées en France qui ne déclarent pas les références des comptes ouverts, utilisés ou clos qu'elles possèdent à l'étranger sont passibles d'une amende d'un montant forfaitaire par compte non déclaré, dont le montant est majoré lorsque la France n'a pas conclu de convention d'assistance administrative de lutte contre la fraude avec l'Etat dans lequel sont ouverts les comptes non déclarés.

9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 80 D du livre des procédures fiscales : " Les décisions mettant à la charge des contribuables des sanctions fiscales sont motivées au sens de la loi n° 79-587 du 11 juillet 1979 relative à la motivation des actes administratifs et à l'amélioration des relations entre l'administration et le public, quand un document ou une décision adressés au plus tard lors de la notification du titre exécutoire ou de son extrait en a porté la motivation à la connaissance du contribuable. / Les sanctions fiscales ne peuvent être prononcées avant l'expiration d'un délai de trente jours à compter de la notification du document par lequel l'administration a fait connaître au contribuable ou redevable concerné la sanction qu'elle se propose d'appliquer, les motifs de celle-ci et la possibilité dont dispose l'intéressé de présenter dans ce délai ses observations ".

10. Les dispositions précitées de l'article 1736 du code général des impôts instaurent une pénalité fiscale sanctionnant l'absence de déclaration de comptes bancaires détenus à l'étranger. Si cette pénalité est au nombre des sanctions qui doivent être motivées en application de l'article 1er de la loi du 11 juillet 1979 et faire l'objet d'une procédure contradictoire en application de l'article L. 80 D du livre des procédures fiscales, aucun principe général du droit, aucune disposition législative ou réglementaire ni aucune énonciation de la charte du contribuable vérifié n'impose à l'administration de répondre aux observations du contribuable sur les sanctions qu'elle envisage de mettre à la charge de ce dernier. Par suite, M. et Mme B ne sont pas fondés à soutenir que le défaut de réponse de l'administration sur leurs observations les a privés d'une garantie.

11. M. et Mme B, ne contestent pas l'existence d'un compte bancaire auprès du CBP Quilvest SA au Luxembourg ni son absence de déclaration. Toutefois, ainsi qu'ils le font valoir à juste titre, le service ne pouvait leur infliger l'amende majorée de 10 000 euros au titre de l'année 2018, dès lors que la France a conclu le 3 juin 2009 un avenant qui, s'appliquant à compter du 1er janvier 2010, a introduit dans la convention Franco-Luxembourgeoise du 1er avril 1958 une clause d'échange de renseignements bancaires en vue de lutter contre la fraude fiscale. Le montant de l'amende assignée aux requérants ne pouvait ainsi excéder la somme de 1 500 euros.

12. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme B sont fondés à demander une décharge partielle de l'amende qui leur a été infligée sur le fondement du IV de l'article 1736 du code général des impôts, à hauteur de 8 500 euros (10 000 euros- 1 500 euros) au titre de l'année 2018.

Sur les frais liés au litige :

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. et Mme B et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : M. et Mme B sont déchargés, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mises à leur charge au titre des années 2017 et 2018.

Article 2 : M. et Mme B sont déchargés à hauteur de 8 500 euros de l'amende qui leur a été infligée au titre de l'année 2018 en application des dispositions du 2. du IV de l'article 1736 du code général des impôts à raison de l'absence de dépôt de la déclaration prescrite par les dispositions de l'article 1649 A de ce code.

Article 3 : L'Etat versera à M. et Mme B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A B et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 16 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Huon, président ;

Mme Richard, première conseillère ;

M. Viain, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 avril 2024.

Le rapporteur,

signé

T. VIAIN

Le président,

signé

C. HUONLa greffière,

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2201633

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