jeudi 13 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2201739 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SEBAN ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 février 2022, M. B A demande au tribunal de condamner la commune de Sceaux à lui verser la somme de 150 000 euros au titre des préjudices qu'il estime avoir subis.
Il doit être regardé comme soutenant que :
- la commune de Sceaux a eu un comportement fautif en abusant de sa situation fragile, en l'empêchant de céder son fonds de commerce et en ne l'indemnisant pas pour la cessation de l'occupation de son local qu'à hauteur de 25 000 euros ;
- cette faute lui a causé un préjudice financier qu'il évalue à un montant 75 000 euro et un préjudice moral qu'il évalue à 75 000 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 décembre 2022, la commune de Sceaux, représentée par Me Vandepoorter, conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire au rejet de la requête, et à ce que soit mise à la charge de M. A la somme de 100 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable en l'absence de demande indemnitaire préalable liant le contentieux ;
- les autres moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la propriété des personnes publiques,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Goudenèche, rapporteur,
- les conclusions de M. Lebdiri, rapporteur public,
- les observations de M. A,
- et les observations de Me Boullault, substituant Me Vandepoorter et représentant la commune de Sceaux.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, cordonnier, exerçait son activité depuis 1988 dans un local appartenant au domaine public de la commune de Sceaux qu'il occupait dans le cadre d'une autorisation d'occupation temporaire signée le 31 mai 1988, modifiée par un avenant du 23 octobre 1997. Par une promesse synallagmatique de cession de fonds artisanal du 21 février 2017, M. A s'est engagé à céder son fonds artisanal pour un montant de 100 000 euros, cette promesse de vente étant notamment assortie d'une condition suspensive tenant à l'agrément de la commune de Sceaux au transfert de la convention d'occupation temporaire du local. La commune n'ayant pas délivré cet agrément, la vente n'a pas abouti. La commune a résilié cette convention d'occupation par une décision du 22 février 2017, puis a autorisé M. A à occuper le local pendant une durée maximale de trois ans par une autorisation unilatérale du 6 décembre 2017. Par une délibération du 4 février 2021, le conseil municipal de Sceaux a approuvé le versement d'une indemnité de 25 000 euros à M. A, en réparation de la cessation d'occupation du local de son fonds de commerce. Pas un courrier du 1er février 2022, M. A a demandé à la commune de Sceaux le versement de la somme de 150 000 euros en indemnisation de son préjudice moral et du manque à gagner consécutif à l'échec de la vente de son fonds. En l'absence de réponse de la commune il demande au tribunal de condamner la commune de Sceaux à lui verser cette somme en raison des préjudices qu'il estime avoir subis.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. Aux termes de l'article L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Nul ne peut, sans disposer d'un titre l'y habilitant, occuper une dépendance du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 ou l'utiliser dans des limites dépassant le droit d'usage qui appartient à tous. ()". Aux termes de l'article L. 2122-3 de ce code : " L'autorisation mentionnée à l'article L. 2122-1 présente un caractère précaire et révocable. ".
3. En premier lieu, il ne peut y avoir transfert d'une autorisation ou d'une convention d'occupation du domaine public à un nouveau bénéficiaire que si le gestionnaire de ce domaine a donné son accord écrit.
4. Le requérant doit être regardé comme se prévalant du comportement fautif de la commune, qui aurait fait obstacle à la cession de son fonds artisanal en 2017. Il est constant que par promesse synallagmatique de cession du fonds artisanal signée le 21 février 2017, M. A s'est engagé à céder son fonds artisanal, sous la condition suspensive que la commune accorde une autorisation d'occuper les lieux. Il résulte de l'instruction que la commune, souhaitant aménager ces locaux pour y installer des services municipaux, a refusé de délivrer cet accord. Dans ces conditions la commune, à laquelle il était loisible de refuser de transférer l'autorisation d'occupation du domaine public accordée à M. A, n'a pas commis de faute à cet égard.
5. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention d'occupation temporaire du 31 mai 1988 : " L'autorisation est consentie à titre précaire et révocable pour une durée de 5 ans minimum à compter de la date de prise de possession des lieux. Elle se continuera ultérieurement, par tacite reconduction, avec faculté pour chacune des parties d'y mettre fin à tout moment, en prévenant l'autre partie au moins six mois à l'avance par lettre recommandée ". Aux termes de l'article 12 de cette convention : " A l'expiration de l'autorisation ou en cas de retrait ou de résiliation pour quelque cause que se soit, tous les travaux prévus ou non, dans l'autorisation toutes les augmentations ou améliorations que Monsieur A aurait pu faire dans les lieux concédés, resteront, sans aucune indemnité la propriété de la Ville () ". Aux termes de l'article 2 de l'autorisation unilatérale d'occupation temporaire du 6 décembre 2017 : " La présente autorisation d'occupation est accordée à titre précaire et révocable ".
6. Par un courrier du 22 février 2017, le maire de la commune de Sceaux a informé le requérant qu'en raison d'un motif d'intérêt général lié à la restructuration du bâtiment dans lequel était situé son commerce, il était mis fin à l'autorisation d'occupation temporaire de ce local en application de l'article 3 de la convention précitée. Par une décision unilatérale du 6 décembre 2017, le maire a accordé à M. A une autorisation d'occuper ce local pendant une durée maximale de trois ans, jusqu'au début des travaux envisagés. A l'échéance de cette autorisation, la commune a versé au requérant une indemnité de 25 000 euros, calculée notamment à partir de son chiffre d'affaires. Compte tenu de ce qui a été dit au point 4, et de la précarité de l'autorisation détenue par l'intéressé, il ne résulte pas de l'instruction que la commune de Sceaux aurait engagé sa responsabilité en n'indemnisant pas M. A du manque à gagner résultant de l'échec de la vente de son fonds artisanal en 2017. Par ailleurs, eu égard aux stipulations de l'article 12 de la convention précitée, le requérant ne peut demander à être indemnisé des travaux qu'il a réalisés dans les lieux concédés. Dans ces conditions, le comportement de la commune de Sceaux ne peut être regardé comme fautif.
7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité de la requête, que M. A n'est pas fondé à solliciter auprès de la commune de Sceaux l'indemnisation des préjudices résultant du comportement abusif dont il se prévaut.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A la somme demandée par la commune de Sceaux au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par ces motifs, le tribunal décide:
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Sceaux au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au maire de la commune de Sceaux.
Délibéré après l'audience du 30 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bories, présidente,
M. Bourragué, premier conseiller,
Mme Goudenèche, conseillère,
Assistés de Mme Nimax, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.
La rapporteure,
signé
C. GoudenècheLa présidente,
signé
C. Bories
La greffière,
signé
S. Nimax
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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