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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2201746

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2201746

mercredi 8 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2201746
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation11ème Chambre
Avocat requérantGODEMER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés respectivement les 8 février 2022 et 10 février 2023, M. C B, représenté par Me Godemer, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision en date du 10 décembre 2021 par laquelle le département des Hauts-de-Seine a refusé de faire droit au recours administratif préalable obligatoire qu'il a formé contre la décision du 10 décembre 2019 de la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine lui notifiant un indu de revenu de solidarité active pour la période du 1er décembre 2016 au 30 novembre 2019 et de prime d'activité pour la période du 1er octobre au 30 novembre 2019 d'un montant total de 16 935, 63 euros ;

2°) d'annuler les décisions du 11 décembre 2019 par lesquelles la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine lui a réclamé un indu de prime exceptionnelle de fin d'année au titre des années 2016 à 2018 pour un montant respectif de 106,72 euros, 152,45 euros et 152,45 euros ;

3°) d'annuler la décision du 13 décembre 2019 par laquelle la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine lui a réclamé un indu de revenu de solidarité active majoré pour isolement pour la période du 1er décembre 2016 au 31 janvier 2017 pour un montant de 917,28 euros ;

4°) d'enjoindre à la caisse d'allocations des Hauts-de-Seine de rétablir ses droits à la perception du revenu de solidarité active et de la prime d'activité à compter du 1er décembre 2016, ou, à défaut, à compter de toute autre date fixée par le jugement à intervenir, en prenant en compte la réalité de sa situation personnelle et familiale ;

5°) de le décharger de l'ensemble de la créance comme d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine de lui restituer les sommes retenues sur ses allocations sociales dans le cadre du recouvrement de ces indus.

M. B soutient que :

S'agissant de la notification d'indus :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée de vices de procédure en ce qu'elle n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire ni de la consultation de l'équipe pluridisciplinaire préalable à la décision de suspension temporaire des droits, prévue par l'article L. 262-39 du code de l'action sociale et des familles ;

- la décision en litige a un caractère discriminatoire ;

- le caractère suspensif du recours contre la notification de des indus en litige n'a pas été respecté, la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine ayant procédé postérieurement à ce recours à des retenues sur ses prestations sociales ;

- les indus mis en recouvrement sont infondés ;

- la décision en litige méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la demande de remise gracieuse :

- il est de bonne foi ;

- il n'a pas les moyens de s'acquitter des sommes dues et traverse une période de grande précarité à laquelle s'ajoute des problèmes de santé.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 août 2022, la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et fait valoir que ses moyens ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 février 2023, le département des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et fait valoir que ses moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code civil ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le décret n°2016-1945 du 28 décembre 2016 ;

- le décret n°2017-1785 du 27 décembre 2017 ;

- le décret n°2018-1150 du 14 décembre 2018 ;

- le code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur proposition du président de la chambre de jugement, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Dupin, conseiller ;

- et les observations de M. B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Une note en délibéré, présentée par M. B, représenté par Me Godemer, a été enregistrée le 24 février 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, bénéficiaire du revenu de solidarité active et de la prime d'activité depuis avril 2013, s'est vu notifier le 10 décembre 2019 par la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine un indu de revenu de solidarité active pour la période du 1er décembre 2016 au 30 novembre 2019 et de prime d'activité pour la période du 1er octobre au 30 novembre 2019 d'un montant respectif de 16 627,33 euros et de 308, 30 euros. Le recours administratif préalable obligatoire formé contre cette décision a été rejeté par le département des Hauts-de-Seine par un courrier du 10 décembre 2021. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cette décision ainsi que, d'une part, des décisions du 11 décembre 2019 par lesquelles la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine lui a réclamé un indu de prime exceptionnelle de fin d'année au titre des années 2016 à 2018 pour un montant respectif de 106,72 euros, 152,45 euros et 152,45 euros, et d'autre part, de la décision du 13 décembre 2019 par laquelle la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine lui a réclamé un indu de revenu de solidarité active majoré pour isolement d'un montant de 917,28 euros pour la période du 1er décembre 2016 au 31 janvier 2017.

Sur les indus de revenu de solidarité active, de prime d'activité et de primes exceptionnelles de fin d'années 2016 à 2018 :

2. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active, d'aide exceptionnelle de fin d'année, prime exceptionnelle de solidarité, d'allocation de logement sociale ou de prime d'activité, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

En ce qui concerne les indus de revenu de solidarité active :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles dispose : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un revenu garanti, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. / Le revenu garanti est calculé, pour chaque foyer, en faisant la somme : / 1° D'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer ; / 2° D'un montant forfaitaire, dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge. / Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du revenu garanti. () " ; qu'aux termes de l'article L. 262-37 du même code: " Sauf décision prise au regard de la situation particulière du bénéficiaire, le versement du revenu de solidarité active est suspendu, en tout ou partie, par le président du conseil général : 1° Lorsque, du fait du bénéficiaire et sans motif légitime, le projet personnalisé d'accès à l'emploi ou l'un des contrats mentionnés aux articles L. 262-35 et L. 262-36 ne sont pas établis dans les délais prévus ou ne sont pas renouvelés ; 2° Lorsque, sans motif légitime, les dispositions du projet personnalisé d'accès à l'emploi ou les stipulations de l'un des contrats mentionnés aux articles L. 262-35 et L. 262-36 ne sont pas respectées par le bénéficiaire ; 3° Lorsque le bénéficiaire du revenu de solidarité active, accompagné par l'institution mentionnée à l'article L. 5312-1 du code du travail, a été radié de la liste mentionnée à l'article L. 5411-1 du même code ;4° Ou lorsque le bénéficiaire refuse de se soumettre aux contrôles prévus par le présent chapitre. / Cette suspension ne peut intervenir sans que le bénéficiaire, assisté à sa demande par une personne de son choix, ait été mis en mesure de faire connaître ses observations aux équipes pluridisciplinaires mentionnées à l'article L. 262-39 dans un délai qui ne peut excéder un mois. () ".

4. Il résulte de ces dispositions que la saisie de l'équipe pluridisciplinaire mentionnée à l'article L. 262-39 du code de l'action sociale et des familles précède une décision de suspension ou de radiation du revenu de solidarité active. En conséquence, un tel moyen, dans un litige dirigé contre une notification d'indu, apparaît inopérant et ne peut qu'être rejeté.

5. En deuxième lieu, Aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental () ".

6. L'institution d'un recours administratif préalable obligatoire à la saisine du juge vise à laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il appartient au juge administratif, statuant après que l'autorité compétente a définitivement arrêté sa position, de regarder les conclusions dirigées formellement contre la décision initiale comme tendant à l'annulation de la décision, née de l'exercice du recours administratif préalable, qui s'y est substituée.

7. Il résulte de l'instruction que M. B a formé un recours administratif préalable en date du 31 décembre 2019 contre la décision du 10 décembre 2019 de la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine en litige. Ce faisant, il a pu exercer son droit à faire valoir sa position dans le respect du principe du contradictoire. En tout état de cause, il n'est nullement établi qu'il aurait été empêché de faire valoir ses observations ou de produire des pièces dans le cadre de la procédure ayant abouti à la notification de l'indu en litige. Le moyen tiré d'un tel vice de procédure ne peut donc qu'être écarté.

8. En troisième lieu, si pour contester la décision en litige, M. B fait valoir que celle-ci est insuffisamment motivée, il ressort de l'instruction que le courrier du département des Hauts-de-Seine, en date du 10 décembre 2021, comporte les mentions de droit et de faits qui en constituent le fondement, et que le motif du refus, en l'espèce l'absence de déclaration d'un concubinage de fait avec Mme A , est clairement explicité, de manière à autoriser sa contestation dans la présente requête. Le moyen tiré du défaut de motivation ne peut qu'être écarté.

9. En quatrième lieu, pour contester la décision en litige, M. B soutient que le refus du recours qu'il a formé contre la décision de la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine du 10 décembre 2019 présente un caractère discriminatoire. Toutefois, il n'assortit pas ce moyen des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Ce dernier ne peut par suite qu'être écarté.

10. En cinquième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre ". Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent () l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer () ". Aux termes de l'article R. 262-37 dudit code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. () ". D'autre part, aux termes de l'article 515-8 du code civil : " Le concubinage est une union de fait, caractérisée par une vie commune présentant un caractère de stabilité et de continuité, entre deux personnes, de sexe différent ou de même sexe, qui vivent en couple. ". Il résulte de ces dispositions que, pour le bénéfice du revenu de solidarité active, le foyer s'entend du demandeur, ainsi que, le cas échéant, de son conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin et des enfants ou personnes de moins de vingt-cinq ans à charge qui remplissent les conditions précisées par l'article R. 262-3 du code de l'action sociale et des familles. Pour l'application de ces dispositions, le concubin est la personne qui mène avec le demandeur une vie de couple stable et continue. Une telle vie de couple peut être établie par un faisceau d'indices concordants, au nombre desquels la circonstance que les intéressés mettent en commun leurs ressources et leurs charges.

11. D'une part, il résulte de ce qui a été dit au point 2 du présent jugement, que l'office du juge saisi de la contestation d'une décision notifiant la récupération d'un indu de prestations sociales consiste à en apprécier la régularité et le bien-fondé. Par suite, l'éventuelle existence de retenues opérées par l'organisme prestataire étant sans incidence sur la régularité ou le bien-fondé de l'indu dont l'annulation est soumise au juge, le moyen tiré de l'absence de respect du caractère suspensif du recours contentieux est inopérant et ne peut, dès lors, qu'être écarté.

12. D'autre part, M. B fait valoir que l'appréciation portée par la caisse d'allocations familiales des Hauts de Seine sur la continuité d'une vie maritale entre lui et Mme A, dont il est divorcé depuis le 18 juin 2007, est erronée, en sorte que l'indu poursuivi serait dépourvu de fondement. Or, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'enquête réalisé le 9 décembre 2019 par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine d'une part, que M. B et Mme A organisent depuis de longues dates une vie commune, notamment dans le mode de garde des enfants, tous nés postérieurement au prononcé du divorce, ou dans le paiement du loyer d'un logement sis à la Garenne-Colombes, dont le bail mentionne M. B et Mme A comme locataires. Ils sont également titulaires d'un compte-joint sur lequel M. B transfère régulièrement le revenu de ses prestations sociales. En outre, M. B se soustraie à l'obligation de paiement d'une pension alimentaire relative à l'entretien de Lyna, le premier enfant du couple, telle que fixée par le jugement de divorce, lequel n'a du reste nullement été révisé suite à la naissance des deux autres enfants. D'autre part, il résulte également de l'instruction que la résidence alléguée par M. B à Malakoff, chez son père, n'est corroborée ni par des opérations financières sur la commune, ni par la mention de l'intéressé sur la taxe d'habitation du logement de son père qui l'hébergerait à titre gratuit. Dans ces circonstances, l'ensemble des faits rappelés ci-dessus constitue un faisceau d'indices convergents et permettant d'établir la continuité d'une vie de couple stable entre M. B et Mme A qui ont mis en commun leurs ressources et leurs charges au titre de la période en litige s'étendant de décembre 2016 à novembre 2019, l'essentiel des pièces présentées comme tendant à démontrer le contraire y étant postérieures. Il s'ensuit que c'est à bon droit que le département des Hauts-de-Seine a estimé que les dossiers de Mme A et du requérant devaient être regroupés pour déterminer les droits de ce dernier au revenu de solidarité active et qu'il lui a, ce faisant, réclamé les indus en litige.

13. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". En application des dispositions de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles, le revenu de solidarité active est attribué par foyer. La détermination des droits au revenu de solidarité active d'un allocataire implique donc nécessairement de connaître sa situation familiale et personnelle. Par suite, M. B n'est pas fondé à invoquer la violation du principe du droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations précitées. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la prime exceptionnelle de fin d'année au titre des années 2016 à 2018 :

14. Il résulte des dispositions des décrets n°2016-1945 du 28 décembre 2016, n°2017-1785 du 27 décembre 2017 et n°2018-1150 du 14 décembre 2018 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite, qu'une aide exceptionnelle, à la charge de l'État et versée par la caisse d'allocations familiales, est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont, sous certaines réserves, droit à cette allocation au titre du mois de novembre de l'année en cours ou, à défaut, du mois de décembre. Il résulte de l'instruction, pour les motifs qui ont été rappelés au point 12 ci-dessus, que M. B n'avait pas droit au versement du revenu de solidarité active au titre des mois de novembre et décembre 2016, 2017 et 2018. Il s'ensuit que, ce faisant, il ne remplissait pas les conditions d'octroi de l'aide exceptionnelle de fin d'année pour ces trois années et que c'est à bon droit, dès lors, que la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine lui en a réclamé le remboursement.

En ce qui concerne la prime d'activité :

15. Aux termes de l'article L.842-3 du code de la sécurité sociale : " La prime d'activité est égale à la différence entre :/ 1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer, et qui peut faire l'objet d'une ou de plusieurs bonifications ;/ 2° Les ressources du foyer () ". L'article R. 842-3 du même code dispose que le foyer mentionné au 1° de l'article L. 842-3 est composé du bénéficiaire, de son conjoint, concubin, ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité et, sous certaines conditions, des enfants et personnes à charge. En application de l'article R. 846-5 du même code, il appartient au bénéficiaire de la prime d'activité de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations nécessaires à l'établissement et au calcul des droits, relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer. Il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments.

16. Il résulte de l'instruction, pour les motifs qui ont été rappelés au point 12 ci-dessus, que c'est à bon droit que la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine a estimé que les dossiers de Mme A et de M. B devaient être regroupés pour déterminer les droits de ce dernier à la prime d'activité et qu'elle lui a, ce faisant, réclamé l'indu en litige.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation des décisions attaquées doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction de rétablir les droits de l'intéressé ou de lui restituer les sommes retenues pour recouvrer ces créances. Les conclusions présentées par M. B tendant à la décharge de l'obligation de payer les différentes dettes en litige ne peuvent également qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin de remise gracieuse :

18. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, de prime d'activité ou de prime exceptionnelle de fin d'année, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une telle remise. Un allocataire du revenu de solidarité active, de la prime d'activité ou de la prime exceptionnelle de fin d'année ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement indu d'allocation, quelle que soit la précarité de sa situation, lorsque l'indu trouve sa cause dans une manœuvre frauduleuse de sa part ou dans une fausse déclaration, laquelle doit s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation de l'allocataire caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives.

19. Il résulte de l'instruction, comme de ce qui a été dit au point 12, que M. B a omis de déclarer la réalité de sa situation matrimoniale en organisant un concubinage de fait, par la mise en commun de ressources et de charges, notamment locatives. Dans ces circonstances, les inexactitudes ou omissions déclaratives de M. B doivent être regardées comme procédant d'une volonté de dissimulation de l'allocataire caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives. La bonne foi de l'intéressé n'étant pas établie, les dispositions précitées font ainsi obstacle à la remise des sommes dues, et ce nonobstant la précarité et l'état de santé de M. B. Il s'ensuit que, en tout état de cause, si le requérant sollicite la remise gracieuse de ces dettes, ces conclusions ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées et au département des Hauts de-Seine.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 15 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

M. Robert, premier conseiller,

M. Dupin, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 mars 2023.

Le rapporteur,

signé

F. Dupin

Le président,

signé

T. BertonciniLa greffière,

signé

M. D

La République mande et ordonne au ministre de solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées et au préfet des Hauts-de-Seine, en ce qui les concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2201746

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