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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2201981

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2201981

jeudi 13 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2201981
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre (JU)
Avocat requérantCABINET BOT-NORMAND-CREN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 9 février 2022 et 2 mars 2023, Voies navigables de France (VNF) demande au tribunal :

1°) de condamner la SCI Alvi, occupant sans droit ni titre du domaine public fluvial, au paiement d'une amende de 150 euros sur le fondement de l'article L. 2132-9 du code général de la propriété des personnes publiques ;

2°) d'enjoindre à la SCI Alvi de libérer le domaine public fluvial, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de l'autoriser, à défaut, à recourir le concours de la force publique, aux frais et risques du contrevenant ;

3°) de mettre à la charge de la SCI Alvi la somme de 250 euros au titre des articles

L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- un procès-verbal de contravention de grande voirie a été dressé le 22 juillet 2021, à l'encontre de la SCI Alvi, dès lors qu'elle est propriétaire du bateau " Manuella ", immatriculé LILLE 008259F et stationné sans autorisation en rivière d'Oise, rive droite, au point kilométrique PK 4,850, sur le territoire de la commune de Jouy-le-Moutier, qui constitue une dépendance du domaine public fluvial ;

- l'occupation sans autorisation du domaine public fluvial constitue un empêchement au sens de l'article L. 2132-9 du code général de la propriété des personnes publiques et constitue une contravention de grande voirie qui doit faire l'objet d'une sanction ;

- aucun fait n'est constitutif d'un cas de force majeure ou d'une faute de sa part susceptible, de par sa gravité, d'y être assimile.

Par des mémoires en défense enregistrés les 18 février et 26 mars 2023, la SCI Alvi, représentée par Me Normand, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de VNF au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- elle n'est pas l'occupante de la péniche en cause ;

- il n'est pas établi que la péniche stationnerait sur le domaine public depuis plus d'un mois ;

- elle a effectué des démarches en vue de libérer le domaine public fluvial ;

- VNF n'apporte aucun élément à l'appui de la demande d'astreinte ;

- les conclusions de VNF tendant à se voir autorisé à recourir à la force publique sont irrecevables.

Vu les autres pièces du dossier.

Le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article L. 774-1 du code de justice administrative.

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code des transports ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience dans les conditions prévues à l'article L. 774-4 du code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les conclusions de M. Lebdiri, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI Alvi est propriétaire du bateau " Manuella ", immatriculé LILLE 008259F et stationné sans autorisation en rivière d'Oise, rive droite, au point kilométrique PK 4,850, sur le territoire de la commune de Jouy-le-Moutier, qui constitue une dépendance du domaine public fluvial. Il en a été régulièrement dressé procès-verbal le 22 juillet 2021, sur le fondement de l'article L. 2132-9 du code général de la propriété des personnes publiques. Ce fait est constitutif d'une contravention de grande voirie.

Sur l'action publique :

2. Aux termes de l'article L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Nul ne peut, sans disposer d'un titre l'y habilitant, occuper une dépendance du domaine public d'une personne publique () ". L'article L. 2132-9 du même code dispose que : " Les riverains, les mariniers et autres personnes sont tenus de faire enlever les pierres, terres, bois, pieux, débris de bateaux et autres empêchements qui, de leur fait ou du fait de personnes ou de choses à leur charge, se trouveraient sur le domaine public fluvial. Le contrevenant sera passible d'une amende de 150 à 12 000 euros, de la confiscation de l'objet constituant l'obstacle et du remboursement des frais d'enlèvement d'office par l'autorité administrative compétente ".

En ce qui concerne le fond :

3. Il est constant que le bateau dénommé " Manuella " qui appartient à la SCI Alvi stationne en rive droite de Seine à Jouy-le-Moutier, PK 4,850 sans droits ni titres. Le stationnement sans autorisation d'un bateau sur le domaine public fluvial, alors même que sa présence ne ferait pas obstacle à l'usage de la voie navigable, constitue un empêchement au sens des dispositions précitées de l'article L. 2132-9 du code général de la propriété des personnes publiques. Ce fait est constitutif d'une contravention de grande voirie qui a été constatée par un procès-verbal, porté à la connaissance du défendeur le 29 juillet 2021, sur le fondement des mêmes dispositions.

4. L'auteur d'une contravention de grande voirie ne peut être relaxé des fins de la poursuite exercée contre lui que s'il établit soit un cas de force majeure, soit une faute de l'administration assimilable par sa gravité à un cas de force majeure.

5. La SCI Alvi fait valoir en défense qu'elle n'est pas l'occupante de la péniche en cause, qu'il n'est pas établi que la péniche stationnerait sur le domaine public depuis plus d'un mois et qu'elle a effectué des démarches en vue de libérer le domaine public fluvial.

6. En premier lieu, le bail qu'elle produit au soutien de son moyen tiré de ce qu'elle n'était pas l'occupante de la péniche en cause est postérieur au procès-verbal par lequel a été constatée la contravention de grande voirie. Le moyen tiré de ce que la contravention ne lui serait pas imputable ne peut, dès lors, qu'être écarté.

7. En deuxième lieu, il ne résulte pas des dispositions de l'article L. 2124-13 du code général de la propriété des personnes publiques, qui prohibent le stationnement sur le domaine public fluvial pour une durée supérieure à un mois en dehors de certaines zones, que la preuve de la durée de stationnement de l'auteur d'une contravention de grande voirie incomberait au seul gestionnaire du domaine public fluvial. Par ailleurs, la SCI Alvi ne produit aucune pièce ou élément de nature à établir que, à la date à laquelle a été constatée la contravention en cause, le bateau " Manuella " aurait occupé son emplacement depuis moins d'un mois. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir que les faits fautifs ne seraient pas établis au regard de l'article L. 2124-13 du code général de la propriété des personnes publiques.

8. En troisième lieu, le seul fait, qui n'est au demeurant pas établi, d'avoir conduit auprès de la commune de Jouy-le-Moutier des démarches en vue de la création d'une zone d'occupation du domaine public fluvial pour une durée supérieure à un mois, tout en s'étant maintenu sur celui-ci, ne constitue pas un cas de force majeure ou une faute de l'administration qui y serait assimilable par sa gravité.

9. Il résulte de ce qui précède que Voies navigables de France est recevable et fondé à demander, au titre de l'action publique, que la SCI Alvi soit, compte tenu des circonstances de l'espèce, condamnée au paiement d'une amende de 150 euros.

Sur l'action domaniale :

10. Lorsqu'il qualifie de contravention de grande voirie des faits d'occupation irrégulière d'une dépendance du domaine public, il appartient au juge administratif, saisi d'un procès-verbal accompagné ou non de conclusions de l'administration tendant à l'évacuation de cette dépendance, d'enjoindre au contrevenant de libérer sans délai le domaine public et, s'il l'estime nécessaire et au besoin d'office, de prononcer une astreinte, sans être liée par la demande de l'administration qui n'a pas à motiver le montant de l'astreinte qu'elle demande. Il peut également, dans le cadre de l'action domaniale, autoriser le gestionnaire du domaine public fluvial à procéder d'office à cette évacuation en cas d'inexécution par le contrevenant, aux frais de celui-ci, sans qu'y fasse obstacle la circonstance que les articles L. 4244-1 et R. 4244-1 du code des transports donnent par ailleurs compétence au préfet du département pour procéder d'office au déplacement d'un bateau, après mise en demeure de quitter les lieux adressée au propriétaire, et, le cas échéant, à son occupant, lorsque son stationnement, en violation de la loi ou du règlement général de police de la navigation intérieure, compromet la conservation, l'utilisation normale ou la sécurité des usagers des eaux intérieures.

11. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 3 que Voies navigables de France est fondé à demander, au titre de l'action domaniale, qu'il soit enjoint à la SCI Alvi de procéder à l'enlèvement de son bateau du domaine public fluvial. Il n'est pas établi à la date du présent jugement que l'intéressée ait régularisé la situation. Dans ces conditions il y a lieu, pour autant qu'elle n'y ait pas déjà procédé, de lui enjoindre de libérer le domaine public fluvial dès la notification du présent jugement.

12. En second lieu, l'établissement public requérant est autorisé, s'il y a lieu, à procéder d'office avec, le cas échéant, le concours de la force publique, à l'enlèvement du bateau dénommé " Manuella " aux frais de la SCI Alvi, si elle n'y a pas procédé elle-même avant l'expiration d'un délai d'un mois. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prévoir à l'expiration de ce délai une astreinte de 50 euros par jour de retard à la charge de la SCI Alvi.

Sur les frais de l'instance :

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre la somme de 150 euros à la charge de la SCI Alvi au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : la SCI Alvi est condamnée au paiement d'une amende de 150 euros.

Article 2 : Il est enjoint à la SCI Alvi, si elle ne l'a déjà fait, d'enlever sans délai du domaine public son bateau " Manuella ", immatriculé LILLE 008259F et stationné sans autorisation en rivière d'Oise, rive droite, au point kilométrique PK 4,850, sur le territoire de la commune de Jouy-le-Moutier.

Article 3 : En cas d'inexécution par la SCI Alvi, passé le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, Voies navigables de France est autorisé à procéder d'office, aux frais de la contrevenante, à l'évacuation du bateau dénommé " Manuella " du domaine public fluvial et la SCI Alvi est soumise à une astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de l'expiration de ce délai.

Article 4 : la SCI Alvi versera à Voies navigables de France une somme de 150 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Voies navigables de France et à la SCI Alvi, dans les conditions prévues à l'article L. 774-6 du code de justice administrative.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 avril 2023.

Le magistrat désigné,

signé

G. ALa greffière,

signé

S. Nimax

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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