Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2202113
vendredi 26 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2202113 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | ROE |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 14 février et 29 septembre 2022, la société CORDIAL INVESTMENTS AND CONSULTING, représentée par Me Roé, avocat, demande au Tribunal :
1°) de prononcer le remboursement d'un crédit de taxe sur la valeur ajoutée d'un montant de 30 192 euros dont elle disposait au titre du mois d'août 2021, assorti des intérêts moratoires dus en application des dispositions de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
La société CORDIAL INVESTMENTS AND CONSULTING soutient que :
- elle était bien assujettie à la taxe sur la valeur ajoutée à raison de son activité de location de la maison dont elle est propriétaire, située à Meyreuil (13590) ;
- la taxe sur la valeur ajoutée grevant les achats de biens en vue de l'ameublement de la maison de Meyreuil est déductible ;
- la taxe sur la valeur ajoutée mentionnée sur la facture de déménagement du 2 juin 2020 est déductible, dès lors que cette dépense a été engagée dans l'intérêt de la société ;
- la taxe sur la valeur ajoutée grevant les frais de réception engagés par son dirigeant est déductible ;
- la taxe sur la valeur ajoutée figurant sur les factures émises par A B est déductible.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 août 2022, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
La directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise fait valoir que les moyens invoqués par la société CORDIAL INVESTMENTS AND CONSULTING ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Villette, conseiller ;
- et les conclusions de M. Prost, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société CORDIAL INVESTMENTS AND CONSULTING, qui exerce une activité de conseil pour les affaires et autres conseils de gestion, a présenté une réclamation, en date du 24 septembre 2021, tendant au remboursement d'un crédit de taxe sur la valeur ajoutée d'un montant de 35 747 euros dont elle s'estimait titulaire au mois d'août 2021. Par une décision du 17 décembre 2021, l'administration fiscale a partiellement fait droit à sa demande.
Sur les conclusions aux fins de remboursement :
2. D'une part, aux termes de l'article 271 du code général des impôts : " I. - 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération () II. - 1. Dans la mesure où les biens et les services sont utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables, et à la condition que ces opérations ouvrent droit à déduction, la taxe dont les redevables peuvent opérer la déduction est, selon le cas : / a) Celle qui figure sur les factures établies conformément aux dispositions de l'article 289 et si la taxe pouvait légalement figurer sur lesdites factures () ". Aux termes du II. de l'article 289 du code général des impôts : " Un décret en Conseil d'Etat fixe les mentions obligatoires qui doivent figurer sur la facture. Ce décret détermine notamment les éléments d'identification des parties, les données concernant les biens livrés ou les services rendus et celles relatives à la détermination de la taxe sur la valeur ajoutée. ". En vertu du 8° de l'article 242 nonies A de l'annexe II du code général des impôts, les mentions obligatoires qui doivent figurer sur les factures sont notamment, pour chacun des biens livrés ou des services rendus, la quantité, la dénomination précise et le prix unitaire hors taxes.
3. Il résulte des dispositions précitées que la taxe sur la valeur ajoutée ayant grevé les biens et services que les assujettis à cette taxe acquièrent n'est pas déductible si ces biens et services ne sont pas utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables.
4. Par ailleurs, il ressort de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne relative aux articles 168, 178, 219, 220 et 226 de la directive du 28 novembre 2006, dont les dispositions mentionnées au point 2 assurent la transposition, notamment de l'arrêt Barlis 06 - Investimentos Imobiliários e Turísticos SA du 15 septembre 2016 (C-516/14), que l'obligation, faite à un assujetti souhaitant exercer son droit à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée payée en amont, de disposer d'une facture faisant figurer les mentions obligatoires prévues par ces textes revêt une nature formelle, de sorte que sa méconnaissance n'a pas pour effet d'entraîner la déchéance de ce droit, à condition toutefois que l'assujetti établisse que les conditions de fond en sont remplies, ce qui implique de produire, devant l'administration ou devant le juge, une facture ou tout document en tenant lieu faisant figurer les informations permettant de déterminer l'étendue de son droit à déduction.
5. D'autre part, aux termes de l'article 261 D du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au litige : " Sont exonérées de la taxe sur la valeur ajoutée : () 4° Les locations occasionnelles, permanentes ou saisonnières de logements meublés ou garnis à usage d'habitation. / Toutefois, l'exonération ne s'applique pas : () b. Aux prestations de mise à disposition d'un local meublé ou garni effectuées à titre onéreux et de manière habituelle, comportant en sus de l'hébergement au moins trois des prestations suivantes, rendues dans des conditions similaires à celles proposées par les établissements d'hébergement à caractère hôtelier exploités de manière professionnelle : le petit déjeuner, le nettoyage régulier des locaux, la fourniture de linge de maison et la réception, même non personnalisée, de la clientèle () ".
6. Il appartient à l'administration, sous le contrôle du juge de l'impôt, d'apprécier au cas par cas si un établissement proposant une location de logements meublés, eu égard aux conditions dans lesquelles cette prestation est offerte, notamment la durée minimale du séjour et les prestations fournies en sus de l'hébergement, se trouve en situation de concurrence potentielle avec les entreprises hôtelières.
Sur les dépenses liées à la location de la villa située à Meyreuil :
7. La société CORDIAL INVESTMENTS AND CONSULTING demande le remboursement de la taxe sur la valeur ajoutée grevant les dépenses liées à la mise en location de la villa qu'elle détient à Meyreuil. Toutefois, et alors même que la société requérante ne produit aucune facture ou document en tenant lieu, il résulte de l'instruction que le bien qu'elle propose à la location est une villa " de luxe ", disposant de cinq chambres et de trois salles de bains. Si la société CORDIAL INVESTMENTS AND CONSULTING fait valoir qu'elle met à disposition de ses locataires une gouvernante laquelle a pour missions, outre l'organisation de l'accueil et du départ des clients, l'entretien du bien et la fourniture du linge de maison, il résulte de l'instruction que cette employée n'assure son service qu'à hauteur de quatre heures par jour, et que son contrat de travail lui attribue uniquement des missions de contrôle, de gestion et de management des prestataires intervenant sur place. Ainsi, si le linge de maison est fourni en début de location, il ne résulte pas de l'instruction que les locataires pourraient bénéficier de son renouvellement, ni qu'ils bénéficieraient au cours de leur séjour d'un nettoyage régulier de leur logement. Par ailleurs, il est constant que la société ne propose pas de petit-déjeuner. Dans ces conditions, eu égard notamment aux prestations fournies en accompagnement de la location meublée de la villa dont elle est propriétaire, la société CORDIAL INVESTMENTS AND CONSULTING ne peut être regardée comme se trouvant en situation de concurrence potentielle avec les entreprises hôtelières. Dès lors, en application des dispositions précitées de l'article 261 D du code général des impôts, l'activité de location saisonnière exercée par la société requérante était exonérée de taxe sur la valeur ajoutée. Par suite, la société CORDIAL INVESTMENTS AND CONSULTING n'est pas fondée à demander le remboursement du crédit de taxe déductible qu'elle prétend détenir à raison des dépenses engagées dans le cadre de cette activité.
Sur les dépenses de déménagement :
8. Pour remettre en cause la déductibilité de la taxe sur la valeur ajoutée afférente à une facture de déménagement du 2 juin 2020, l'administration fiscale s'est fondé sur la circonstance que cette dépense ne pouvait avoir été engagée dans l'intérêt de l'entreprise, dès lors que celle-ci ne disposait pas de local. En se bornant à produire un contrat de bail établi en 2016, et alors même qu'elle ne produit pas la facture en litige, la société CORDIAL INVESTMENTS AND CONSULTING, n'établit pas que cette dépense aurait été engagée dans le cadre de son activité. Dès lors, elle n'est pas fondée à demander le remboursement de la taxe sur la valeur ajoutée correspondante.
Sur les dépenses de réception :
9. La société CORDIAL INVESTMENTS AND CONSULTING, qui ne produit aucune facture ni aucun document en tenant lieu, n'est pas fondée à demander le remboursement de la taxe sur la valeur ajoutée grevant les dépenses de réception qu'elle aurait engagées.
Sur les sommes facturées par la société Sequence :
10. Pour remettre en cause la déductibilité de la taxe sur la valeur ajoutée figurant sur des factures émises par la société Sequence, en contrepartie de prestations de service comptable, l'administration fiscale a relevé que la société requérante avait déjà recours aux services de son propre comptable, et que cette facturation s'était étendue sur douze mois, alors que la plaquette publicitaire de la société Sequence prévoyait des interventions d'une durée de trois à six mois. En se bornant à produire le Kbis et une plaquette de présentation de la société Sequence, la société CORDIAL INVESTMENTS AND CONSULTING n'établit pas la réalité de la prestation facturée. Par suite, la société requérante, qui au demeurant ne produit aucune facture, n'est pas fondée à demander le remboursement de la taxe sur la valeur ajoutée correspondante.
Sur les dépenses de " sponsoring " au bénéfice de Mme A B :
11. La société CORDIAL INVESTMENTS AND CONSULTING fait valoir qu'elle a engagé des dépenses de " sponsoring " auprès d'une joueuse de tennis professionnel, Mme A B, afin de développer l'activité de la société Procontact, dont elle est l'actionnaire principal. Toutefois, une telle dépense, qui ne bénéficie pas directement à la société requérante, ne peut être regardée comme répondant aux besoins de son activité. Aux surplus, la société CORDIAL INVESTMENTS AND CONSULTING ne produit aucune facture, ni aucun élément de nature à établir qu'un quelconque événement promotionnel aurait été organisé en présence de Mme A B. Par suite, elle n'est pas fondée à demander le remboursement de la taxe sur la valeur ajoutée correspondant à ces dépenses.
12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de remboursement présentées par la société CORDIAL INVESTMENTS AND CONSULTING doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins de versement d'intérêts moratoires :
13. En l'absence de litige né et actuel entre les requérants et le comptable public tendant au versement des intérêts moratoires mentionnés à l'article L. 208 du livre des procédures fiscales, les conclusions de la société CORDIAL INVESTMENTS AND CONSULTING tendant au paiement de ces intérêts ne sont pas recevables.
Sur les dépens :
14. La présente instance n'ayant pas donné lieu à la liquidation de dépens, les conclusions de la société CORDIAL INVESTMENTS AND CONSULTING présentées sur le fondement de l'article R. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Les conclusions présentées à ce titre par la société CORDIAL INVESTMENTS AND CONSULTING doivent, par suite, être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la société CORDIAL INVESTMENTS AND CONSULTING est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société CORDIAL INVESTMENTS AND CONSULTING et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 4 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Kelfani, président, M. Viain, premier conseiller, et M. Villette, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2024.
Le rapporteur,
signé
G. VILLETTE
Le président,
signé
K. KELFANI La greffière,
signé
A. CHANSON
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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