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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2202117

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2202117

mercredi 8 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2202117
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation11ème Chambre
Avocat requérantSKANDER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 février 2022, M. G B, représenté par Me Skander, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 décembre 2021 par laquelle la présidente du conseil départemental du Val-d'Oise a rejeté son recours préalable obligatoire contre une décision lui réclamant un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 18 869, 71 euros au titre de la période du 1er octobre 2017 au 30 septembre 2020 ;

2°) d'annuler la saisie administrative à tiers détenteur émise le 28 décembre 2021 par la paierie départementale du Val-d'Oise ;

3°) d'enjoindre au conseil départemental du Val-d'Oise de restituer les sommes retenues depuis janvier 2022 sur sa pension de retraite, à raison de 49, 04 euros par mois ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

-la décision du 23 décembre 2021 est signée par une autorité incompétente ;

-elle est insuffisamment motivée ;

-l'indu en litige est infondé, en ce qu'il méconnaît le cas de force majeur, en ce qu'il contrevient à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et créé une situation discriminatoire à l'égard de sa vie privée et familiale, et enfin en ce que les lois sur la crise sanitaire interdisent de regarder comme fautive sa résidence contrainte en Egypte durant la période en litige.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 janvier 2023, le conseil départemental du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et fait valoir que ses moyens ne sont pas fondés.

Par un courrier en date du 14 février 2023, et en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été avisées que la solution du litige était susceptible d'être fondée sur le moyen soulevé d'office de l'incompétence du juge administratif pour connaître des conclusions à fin de l'annulation de la saisie administrative à tiers détenteur.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur proposition du président de la chambre de jugement, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Dupin, conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 23 décembre 2021, le conseil départemental du Val-d'Oise a rejeté le recours préalable de M. G B formé le 4 novembre 2021 contre la notification d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant total de 18 869, 71 euros. Par un acte de poursuite datée du 28 décembre 2021, la paierie départementale du Val-d'Oise a notifié à l'intéressé une saisie administrative à tiers détenteur d'un montant équivalent, à valoir sur la pension de retraite que lui verse l'assurance retraite. Par la présente requête, M. C B demande l'annulation de cette décision et de cet acte de poursuite.

Sur la saisie administrative à tiers détenteur :

2. Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, dans sa rédaction résultant de la loi n° 2017-1775 du 28 décembre 2017 de finance rectificative pour 2017 : " () / 1° En l'absence de contestation, le titre de recettes individuel ou collectif émis par la collectivité territoriale ou l'établissement public local permet l'exécution forcée d'office contre le débiteur. / () / L'action dont dispose le débiteur d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local pour contester directement devant la juridiction compétente le bien-fondé de ladite créance se prescrit dans le délai de deux mois à compter de la réception du titre exécutoire ou, à défaut, du premier acte procédant de ce titre ou de la notification d'un acte de poursuite. / 2° La contestation qui porte sur la régularité d'un acte de poursuite est présentée selon les modalités prévues à l'article L. 281 du livre des procédures fiscales. () ". Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. / () / Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés : / () / c) Pour les créances non fiscales des collectivités territoriales, des établissements publics locaux et des établissements publics de santé, devant le juge de l'exécution. ".

3. Il ressort de ces dispositions que l'ensemble du contentieux du recouvrement des créances non fiscales des collectivités territoriales est de la compétence du juge de l'exécution, tandis que le contentieux du bien-fondé de ces créances est de celle du juge compétent pour en connaître sur le fond.

4. M. C B demande l'annulation de l'acte de poursuite que constitue la saisie administrative à tiers détenteur du 28 décembre 2021 relative à un indu de revenu de solidarité active. Une telle demande ressortissant au contentieux du recouvrement, c'est le juge de l'exécution qui est compétent pour en connaître, sans que puisse être remis en cause devant lui le bien-fondé de la créance. Il suit de là, ainsi que les parties en ont été informées en application des dispositions de l'article R.611-7 du code de justice administrative par courrier du tribunal du

14 février 2023, que le tribunal administratif n'est manifestement pas compétent pour connaître de cette demande, qui relève du seul juge judiciaire. Dès lors, les conclusions à fin d'annulation de la saisie administrative à tiers détenteur du 28 décembre 2021 de M. C B doivent être rejetées.

Sur l'indu de revenu de solidarité active :

5. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

En ce qui concerne la régularité de la décision attaquée :

6. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme E D, responsable de la gestion de l'allocation du RSA, qui a reçu de la présidente du conseil départemental du Val-d'Oise délégation à l'effet de signer les décisions entrant dans la limite de ses attributions, par un arrêté n°19-37 du 22 janvier 2019 régulièrement publié le 23 janvier 2019. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit donc être écarté.

7. En second lieu, la décision d'indu en litige expose les raisons de droit et de fait qui en constituent le fondement, en l'espèce l'absence de résidence sur le territoire français de l'intéressé entre mars 2017 et septembre 2020, circonstance contraire aux dispositions de l'article R. 262-5 du code de l'action sociale et des familles. Le moyen tiré du défaut de motivation ne peut donc qu'être écarté.

En ce qui concerne le bien-fondé de l'indu en litige :

8. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. / Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du montant forfaitaire () ". L'article R. 262-5 de ce code dispose que : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. Les séjours hors de France qui résultent des contrats mentionnés aux articles L. 262-34 ou L. 262-35 ou du projet personnalisé d'accès à l'emploi mentionné à l'article L. 5411-6-1 du code du travail ne sont pas pris en compte dans le calcul de cette durée. En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire.". Aux termes de l'article R. 262-37 dudit code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".

9. Il résulte des articles L. 262-2, R. 262-5 et R. 262-37 du code de l'action sociale et des familles (A) que, pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active (RSA), une personne doit remplir la condition de ressources qu'ils mentionnent et résider en France de manière stable et effective. Pour apprécier si cette seconde condition est remplie, il y a lieu de tenir compte de son logement, de ses activités, ainsi que de toutes les circonstances particulières relatives à sa situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée d'éventuels séjours à l'étranger et ses liens personnels et familiaux. La personne qui remplit les conditions pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active a droit, lorsqu'elle accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois, au versement sans interruption de cette allocation. En revanche, lorsque ses séjours à l'étranger excèdent cette durée de trois mois, le RSA ne lui est versé que pour les mois civils complets de présence en France. En toute hypothèse, le bénéficiaire du RSA est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation, outre l'ensemble des ressources dont il dispose, sa situation familiale et tout changement en la matière, toutes informations relatives au lieu de sa résidence, ainsi qu'aux dates et motifs de ses séjours à l'étranger lorsque leur durée cumulée excède trois mois.

10. En premier lieu, pour contester l'indu en litige, M. C B soutient que sa résidence en Egypte durant la période en litige relève du cas de force majeure, puisqu'il a quitté la France afin d'assister sa mère souffrante et malade, ce qu'il n'établit pas. En outre, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'enquête de la caisse d'allocations familiales produit par l'intéressé, et daté du 17 septembre 2020, que M. C B a été inscrit entre mars 2017 et mars 2020 au registre des français de l'étranger comme résident en Egypte et ceci sans qu'il fasse part de ce changement de résidence à la caisse d'allocations familiales du Val-d'Oise. C'est donc à bon droit, en application des dispositions de l'article L. 262-5 du code de l'action sociale et des familles, que la présidente du département du Val-d'Oise lui a réclamé l'indu litigieux de revenu de solidarité active et qu'elle a, ce faisant, rejeté son recours préalable obligatoire.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dispose : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". En subordonnant le maintien du droit au revenu de solidarité active à un séjour de son bénéficiaire hors de France n'excédant pas trois mois par période d'un an, les dispositions précitées de l'article R. 262-5 du même code de l'action sociale et des familles ne portent aucune atteinte au droit au respect de la vie privée et familiale desdits bénéficiaires et ne méconnaissent ce faisant pas les stipulations précitées. Ce moyen doit également être écarté.

12. En dernier lieu, le principe d'égalité devant la loi ne s'oppose pas à ce que le législateur règle de façon différente des situations différentes, ni à ce qu'il déroge à l'égalité pour des raisons d'intérêt général, pourvu que dans l'un et l'autre cas, la différence de traitement qui en résulte soit en rapport direct avec l'objet de la loi qui l'établit. En l'espèce, la condition de résidence stable et effective en France s'impose à l'ensemble des demandeurs de la prestation quelle que soit leur nationalité. Il résulte, en outre, des dispositions précitées au point 8 que le revenu de solidarité active a notamment pour objet d'inciter à l'exercice ou à la reprise d'une activité professionnelle, la stabilité de la présence sur le territoire national, dans une situation l'autorisant à occuper un emploi, du demandeur de cette prestation étant de nature à contribuer à cet objectif. Les dispositions critiquées poursuivent ainsi des objectifs qui peuvent être regardés comme d'utilité publique. Partant, le moyen tiré de la méconnaissance du principe d'égalité devant la loi ne saurait être accueilli.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 23 décembre 2021 par laquelle la présidente du conseil départemental du Val-d'Oise a rejeté le recours préalable obligatoire formé par M. C B contre une décision lui réclamant un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 18 869, 71 euros au titre de la période du

1er octobre 2017 au 30 septembre 2020 doivent être rejetées Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais du litige.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. G B et au département du Val-d'Oise.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 15 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

M. Robert, premier conseiller,

M. Dupin, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 mars 2023.

Le rapporteur,

signé

F. Dupin

Le président,

signé

T. Bertoncini

Le greffier,

signé

V. Guillaume

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2202117

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