Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2202119
mardi 16 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2202119 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 8ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 14 février 2022, enregistrée le même jour au greffe du tribunal, la magistrate désignée du tribunal administratif de Nancy a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise, la requête de M. C B.
Par une requête enregistrée le 27 janvier 2022, au greffe du tribunal administratif de Nancy, M. B demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 10 décembre 2021 par laquelle le préfet de l'Aube a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise par une autorité incompétente pour en connaître ;
- elle méconnaît l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle viole les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 février 2022, le préfet de l'Aube conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une décision du 17 avril 2023, la demande d'aide juridictionnelle déposée par M. B au bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Pontoise a été rejetée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Bertoncini a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant marocain né 9 octobre 1989, a été condamné par le tribunal correctionnel de Paris, par un jugement du 2 mai 2019, notamment, à une peine complémentaire d'interdiction temporaire du territoire français pour une durée de cinq ans. En exécution de cette décision juridictionnelle, le préfet de l'Aube a, par la décision attaquée, fixé le Maroc ou tout autre pays où l'intéressé serait légalement admissible comme pays à destination duquel il sera éloigné.
2. En premier lieu, par un décret en conseil des ministres du 15 janvier 2020, publié au journal officiel du lendemain, le président de la République a nommé M. D A, préfet de l'Aube. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué manque en fait.
3. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, elle est suffisamment motivée.
4. En troisième lieu, si le requérant soutient que la décision a été adoptée à l'issue d'une procédure non contradictoire, il ressort des pièces du dossier qu'il a été, par courrier du 3 décembre 2021, notifié le 7 décembre suivant, informé par le préfet de l'Aube de son possible éloignement vers le pays dont il a la nationalité et invité à présenter ses observations dans un délai de vingt-quatre heures. En outre, il est établi que le requérant a indiqué ne pas présenter d'observation le jour de la notification de ce courrier et être d'accord pour retourner au Maroc. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ne saurait être accueilli.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. Si le requérant soutient que la décision en litige a pour effet de porter une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale, il n'assortit en tout état de cause pas ce moyen des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.
7. En dernier lieu, l'intéressé se borne à soutenir que son renvoi vers le Maroc l'exposerait à subir des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, sans toutefois produire aucun élément permettant d'établir la réalité et la nature des risques auxquels il serait personnellement soumis en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de ces situations ne peut qu'être écarté.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. B aux fins d'annulation de la décision attaquée doivent être rejetées. L'État n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions tendant à l'application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent également qu'être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de l'Aube.
Délibéré après l'audience du 13 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Bertoncini, président,
Mme Saïh, première conseillère,
Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 avril 2024.
Le président-rapporteur,
T. BertonciniL'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
Z. Saïh
La greffière,
N. Magen
La République mande et ordonne au préfet de l'Aube en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour ampliation, la greffière
N°2202119
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