vendredi 27 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2202211 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | CHIPOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 février 2022, M. D B et Mme A C, représentés par Me Chipot, avocat, demandent au Tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les revenus et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2015 et 2016, ainsi que des pénalités correspondantes ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B et Mme C soutiennent que :
- le rejet de la comptabilité de la SCI Predecelle n'est pas motivé ;
- la procédure d'imposition mise en œuvre à l'égard de la SCI Predecelle est entachée d'irrégularité en l'absence de reconstitution des recettes ;
- le rejet de la comptabilité de la SCI Predecelle n'est pas fondé ;
- la SCI Predecelle n'a pas commis d'acte anormal de gestion caractérisé par une insuffisance des loyers comptabilisés pour la location d'un bien immobilier à la société SAEQ ;
- les intérêts d'emprunt courus à hauteur de 38 494 euros au titre de l'année 2015 ne sont pas constitutifs d'un passif injustifié ;
- la SCI Predecelle était fondée à déduire les sommes facturées par la SARL SARTH, qui correspondent à des prestations réelles ;
- s'agissant des dépenses de sous-traitance de la société SARTH, d'honoraires, d'assurance et de taxe foncière, la SCI Predecelle pouvait déduire des charges à hauteur de 56,57 % du montant de ces dépenses ;
- la SCI Predecelle était fondée à déduire les dépenses de travaux facturées par la SARL SAEQ INTERNATIONAL ;
- la SCI Predecelle était fondée à déduire les intérêts d'emprunt dus à la société ALAD au titre des exercices 2015 et 2016 ;
- la SCI Predecelle était en droit de déduire les dotations aux amortissements qu'elle a régulièrement comptabilisés au titre des exercices clos en 2015 et en 2016 ;
- les rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à la charge de la SCI Predecelle ne sont pas fondés ;
- les pénalités infligées à la SCI Predecelle ne sont pas justifiées.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 juillet 2022, le directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Le directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise soutient que :
- les conclusions tendant à la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à la charge de la SCI sont irrecevables dès lors qu'elles n'ont pas été précédée d'une réclamation préalable en méconnaissance des dispositions de l'article R. 190-1 du livre des procédures fiscales ;
- les moyens invoqués par les requérants ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bergantz, conseillère ;
- et les conclusions de M. Villette, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La SCI Predecelle, qui relève de l'article 8 du code général des impôts et dont M. B est associé à hauteur de 237 parts sur 900, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016. A l'issue de ce contrôle, l'administration fiscale lui a notamment notifié, par une proposition de rectification du 10 décembre 2018, des rectifications en matière de revenus fonciers au titre des années 2015 et 2016, imposables entre les mains des associés à hauteur de leur participation dans le capital de la SCI. Tirant les conséquences de ces rectifications, le service a notifié à M. B et Mme C, par une proposition de rectification du 10 décembre 2018, selon la procédure de rectification contradictoire prévue par les dispositions de l'article L. 55 du livre des procédures fiscales, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu dans la catégorie des revenus fonciers et de prélèvements sociaux au titre des années 2015 et 2016. Leur réclamation ayant fait l'objet d'une décision d'admission partielle en date du 9 décembre 2021, M. B et Mme C demandent au Tribunal de prononcer la décharge des impositions supplémentaires restant à leur charge, en droits et pénalités.
Sur les conclusions à fin de décharge :
2. Aux termes de l'article 8 du code général des impôts : " () les associés des sociétés en nom collectif et les commandités des sociétés en commandite simple sont, lorsque ces sociétés n'ont pas opté pour le régime fiscal des sociétés de capitaux, personnellement soumis à l'impôt sur le revenu pour la part de bénéfices sociaux correspondant à leurs droits dans la société (). / Il en est de même, sous les mêmes conditions : / 1° Des membres des sociétés civiles qui ne revêtent pas, en droit ou en fait, l'une des formes de sociétés visées au 1 de l'article 206 et qui () ne se livrent pas à une exploitation ou à des opérations visées aux articles 34 et 35 () ".
3. Il résulte de l'instruction, en particulier de la proposition de rectification du 10 décembre 2018 adressée aux requérants, que les impositions supplémentaires mises à la charge M. B et Mme C au titre des années 2015 et 2016 procèdent uniquement du rehaussement en base de leurs revenus fonciers à raison des rectifications apportées aux résultats de la SCI Predecelle, dont M. B est associé. Dès lors, les moyens tirés de l'erreur qu'aurait commise l'administration fiscale en qualifiant de passif injustifié les intérêts d'emprunts souscrits auprès de la société ALAD, de ce que c'est à tort que l'administration aurait réintégré dans les résultats de la SCI Predecelle des intérêts dus à cette même société, ainsi que ses dotations aux amortissements, de même que les moyens visant à contester le bien-fondé des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et les pénalités mis à la charge de la SCI Predecelle sont inopérants dans le cadre du présent litige et ne peuvent, par suite, qu'être écartés.
4. Il résulte également de l'instruction, notamment de la proposition de rectification du 10 décembre 2018 notifiée à la SCI Predecelle, que l'administration fiscale n'a pas fondé les rehaussements en matière de revenus fonciers imposés entre les mains des associés sur le rejet de la comptabilité de la SCI Predecelle. Dans ces conditions, M. B et Mme C ne peuvent utilement soutenir, à l'appui de leur contestation, que le rejet de la comptabilité de la SCI Predecelle ne serait pas suffisamment motivé, que celui-ci serait infondé ou encore que celui-ci serait irrégulier faute d'avoir été suivi par une reconstitution des recettes. Par suite, ces moyens ne peuvent qu'être écartés.
En ce qui concerne l'existence d'un loyer présentant un caractère manifestement anormal :
5. Aux termes de l'article 28 du code général des impôts : " Le revenu net foncier est égal à la différence entre le montant du revenu brut et le total des charges de la propriété. " Aux termes de l'article 29 du même code : " Sous réserve des dispositions des articles 33 ter et 33 quater, le revenu brut des immeubles ou parties d'immeubles donnés en location, est constitué par le montant des recettes brutes perçues par le propriétaire, augmenté du montant des dépenses incombant normalement à ce dernier et mises par les conventions à la charge des locataires. Les subventions et indemnités destinées à financer des charges déductibles sont comprises dans le revenu brut. Il n'est pas tenu compte des sommes versées par les locataires au titre des charges leur incombant () ".
6. En l'absence de circonstances indépendantes de la volonté du propriétaire et faisant obstacle à ce qu'il retire un loyer normal d'un immeuble qu'il a donné en location, l'administration est en droit de réintégrer dans les bases d'imposition de l'intéressé la différence entre la valeur locative normale de son immeuble et le loyer convenu, dès lors que celui-ci présente un caractère manifestement anormal.
7. Il résulte de l'instruction que la SCI Predecelle louait à la SARL SAEQ INTERNATIONAL un ensemble immobilier situé 16, avenue du 8 mai 1945 à Limours pour un loyer annuel de 12 000 euros au titre de l'année 2015 et de 10 800 euros au titre de l'année 2016. L'administration fiscale, après avoir constaté que ce loyer était très sensiblement inférieur à celui appliqué aux autres locataires de l'ensemble immobilier, a déterminé la valeur locative normale de ce bien sur la base d'une surface louée de 645 m2, en se fondant sur les termes du bail initial conclu en 2008 et sur les constats opérés sur place. Elle a ainsi abouti, après application d'un taux de rendement locatif obtenu à partir de termes de comparaison non contestés, à un loyer annuel normal d'un montant de 52 788 euros. Les requérants soutiennent que la surface retenue par le service est erronée et que la surface louée était en réalité initialement de 325 m2 et, depuis un avenant conclu en 2015, de 205 m2. Toutefois, et alors que les requérants ne produisent aucune pièce justificative dans le cadre de la présente instance, il résulte de l'instruction que le bail initial conclu en 2008 ne mentionnait pas la superficie des locaux loués. Ils ne sont donc pas fondés à remettre en cause le montant du loyer annuel normal des locaux en litige déterminé par l'administration fiscale. Par suite, c'est à bon droit que cette dernière a réintégré, dans les bases d'impositions des requérants des années 2015 et 20116 et à raison de la quote-part de M. B dans les résultats de la SCI, la différence entre la valeur locative normale du bien immobilier en cause et les loyers appliqués.
En ce qui concerne les charges déductibles :
8. Aux termes de l'article 31 du code général des impôts : " I. Les charges de la propriété déductibles pour la détermination du revenu net comprennent : / 1° () a) Les dépenses de réparation et d'entretien effectivement supportées par le propriétaire ; / a bis) les primes d'assurance () / b) Les dépenses d'amélioration afférentes aux locaux d'habitation, à l'exclusion des frais correspondant à des travaux de construction, de reconstruction ou d'agrandissement () / c) Les impositions, autres que celles incombant normalement à l'occupant, perçues, à raison desdites propriétés, au profit des collectivités territoriales, de certains établissements publics ou d'organismes divers, à l'exception de la taxe annuelle sur les locaux à usage de bureaux, les locaux commerciaux et les locaux de stockage perçue dans la région d'Ile-de-France prévue à l'article 231 ter ; / d) Les intérêts de dettes contractées pour la conservation, l'acquisition, la construction, la réparation ou l'amélioration des propriétés, y compris celles dont le contribuable est nu-propriétaire et dont l'usufruit appartient à un organisme d'habitations à loyer modéré mentionné à l'article L. 411-2 du code de la construction et de l'habitation, à une société d'économie mixte ou à un organisme disposant de l'agrément prévu à l'article L. 365-1 du même code ; () 2° Pour les propriétés rurales : / a) Les dépenses énumérées aux a à e du 1° () ".
9. Les dépenses mentionnées au I. de l'article 31 du code général des impôts ne peuvent être déduites du revenu foncier brut que dans la mesure où, notamment, les charges alléguées sont dûment justifiées, se rapportent à des immeubles dont les revenus sont imposables dans la catégorie des revenus fonciers, sont effectivement supportées par le propriétaire et sont engagées en vue de l'acquisition ou de la conservation du revenu. Il appartient au contribuable de justifier de la réalité, de la consistance et, par suite, du caractère déductible de ces charges en produisant des pièces justificatives permettant d'établir avec précision la nature, le montant et la réalité de la charge supportée.
10. Il résulte de l'instruction que, pour tenir compte des surfaces ne générant pas de revenus, l'administration fiscale a retenu un pourcentage de charges déductibles fixés à 80,28 %. Les requérants soutiennent que ce taux aurait dû être fixé à 56,7 %. Cependant, la seule production d'un " tableau de déduction des charges déterminé en regard de l'affectation des surfaces " établi par leur soin ne peut suffire à remettre en cause l'appréciation du service sur ce point. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à demander l'application de ce taux aux charges relatives aux dépenses de sous-traitance de la société SARTH et aux dépenses d'honoraires, d'assurance et de taxe foncière.
11. Il résulte de l'instruction que la SCI Predecelle a déduit de ses revenus fonciers les sommes de 49 768 euros en 2015 et 42 300 euros en 2016 correspondant à des factures émises par la SARL SARTH. Le service a remis en cause la déductibilité de ces charges au motif qu'elles ne correspondaient pas à la fourniture de prestations réelles. Les requérants, qui ne versent aux débats aucune pièce ou précision de nature à démontrer que la SARL SARTH aurait réalisé pour la SCI les prestations facturées, n'apportent pas la preuve de la déductibilité des factures litigieuses.
12. Il résulte de l'instruction que la SCI Predecelle a déduit de ses revenus fonciers les sommes de 56 250 euros en 2015 et 71 550 euros en 2016 correspondant à des travaux facturés par la SARL SAEQ INTERNATIONAL. L'administration fiscale a toutefois remis en cause la déductibilité de ces charges. Si les requérants contestent cette remise en cause, ils n'apportent toutefois aucun argument au soutien de leurs prétentions, dès lors qu'ils se bornent à faire référence à la réclamation préalable formée par la SCI Predecelle qui n'est pas produite dans le cadre de la présente instance.
13. Il résulte de l'instruction que la SCI Predecelle a déduit de ses revenus fonciers la somme de 35 473 euros au titre de 2016 correspondant à des intérêts relatifs à deux prêts souscrits auprès de la société ALAD pour un montant total de 749 787,87 euros. L'administration fiscale a remis en cause la déductibilité de ces charges à hauteur de 35 000 euros aux motifs, s'agissant du premier prêt d'un montant de 515 877,64 euros, que celui-ci avait déjà remis en cause lors d'un précédent contrôle portant sur les années 2010, 2011 et 2012 et, s'agissant d'un second prêt d'un montant de 233 910,23 euros, que le contrat de cession de créance par la SARL SARTH à la société ALAD ne prévoyait pas de rémunération et qu'il n'était pas établi que le montant emprunté avait été utilisé pour la conservation, l'acquisition, la construction, la réparation ou l'amélioration de ses biens immobiliers. Les requérants, qui se bornent à soutenir qu'" une cession de créance ne précise pas nécessairement la qualification juridique de la somme, ni l'existence ou non d'une rémunération s'agissant d'une créance ", n'apportent toutefois aucun justificatif dans le cadre de la présente instance. Dans ces conditions, M. B et Mme C ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que l'administration fiscale a remis en cause la déduction des intérêts d'emprunt en litige.
14. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par le directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise, que M. B et Mme C ne sont pas fondés à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les revenus et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2015 et 2016, ainsi que des pénalités correspondantes.
Sur les frais liés au litige :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Les conclusions présentées à ce titre par M. B et Mme C doivent, dès lors, être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B et Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B et Mme C, et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 9 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Kelfani, président, Mme Schneider, première conseillère, et Mme Bergantz, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024.
La rapporteuse,
signé
A. BERGANTZ
Le président,
signé
K. KELFANI La greffière,
signé
K. NABUNDA
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2202211
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
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