Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2203215

vendredi 9 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2203215
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantMAÏER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 mars 2022, M. F, représenté par Me Maier, avocat, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté, en date du 4 mars 2022, par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a décidé de sa remise aux autorités italiennes ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, à titre principal, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et une carte de séjour temporaire, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. F soutient que :

" la décision de refus de séjour " :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

" l'obligation de quitter le territoire français "

- est illégale du fait de l'illégalité du refus de séjour ;

- a été signée par une autorité incompétente ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 septembre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête de M. F, qui n'appelle de sa part aucune observation particulière.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention d'application de l'accord de Schengen signée le 19 juin 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Kelfani, président, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. F, qui est de nationalité égyptienne, doit être regardé comme demandant l'annulation de l'arrêté en date du 4 mars 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a ordonné sa remise aux autorités italiennes, sur le fondement de l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les moyens qu'il invoque dans sa requête à l'encontre d'une " décision de refus de séjour " et d'une " obligation de quitter le territoire français " doivent, dès lors, être regardés comme dirigés contre cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. L'arrêté est revêtu de la signature de M. B D, adjoint au chef du bureau des examens spécialisés et de l'éloignement à la direction des migrations et de l'intégration de la préfecture des Hauts-de-Seine. M. D tenait de l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine référencé PCI n° 2022-003 du 28 janvier 2022 donnant délégation de signature à Mme E C, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture des Hauts-de-Seine, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Hauts-de-Seine, Pôle de coordination interministérielle, numéro spécial du 28 janvier 2022, le pouvoir, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme C et de Mme A, cheffe du bureau des examens et de l'éloignement, de signer les arrêtés de remise des ressortissants étrangers à un État membre de l'Union européenne pris dans le cadre de l'Union européenne et de la convention de Schengen. Dès lors qu'il n'est ni établi ni même allégué que Mme C et A n'auraient pas été absentes ou empêchées lorsque l'arrêté attaqué a été signé, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté.

3. Compte tenu de ce qui a été dit au point 1, M. F ne saurait utilement exciper de l'illégalité d'une " décision de refus de séjour " à l'appui de conclusions dirigées contre un arrêté de remise aux autorités italiennes.

4. Aux termes de l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation au refus d'entrée à la frontière prévu à l'article L. 332-1, à la décision portant obligation de quitter le territoire français prévue à l'article L. 611-1 et à la mise en œuvre des décisions prises par un autre État prévue à l'article L. 615-1, l'étranger peut être remis, en application des conventions internationales ou du droit de l'Union européenne, aux autorités compétentes d'un autre État, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas prévus aux articles L. 621-2 à L. 621-7. / L'étranger est informé de cette remise par décision écrite et motivée prise par une autorité administrative définie par décret en Conseil d'État. Il est mis en mesure de présenter des observations et d'avertir ou de faire avertir son consulat, un conseil ou toute personne de son choix. ". Aux termes de l'article L. 621-4 du même code : " Peut faire l'objet d'une décision de remise aux autorités compétentes d'un État membre de l'Union européenne, l'étranger détenteur d'un titre de longue durée - UE en cours de validité accordé par cet État qui, admis à entrer ou à séjourner sur le territoire de cet Etat, en séjour irrégulier sur le territoire français () ".

5. ll ressort des pièces du dossier et il n'est d'ailleurs pas contesté, que M. F détenteur d'un titre de longue durée - UE en cours de validité accordé par les autorités italiennes est au nombre des étrangers visés à l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il suit de là que le préfet des Hauts-de-Seine pouvait décider la remise de M. F aux autorités italiennes.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. S'il soutient qu'il réside en France depuis le 24 février 2014, M. F, qui est né le 4 novembre 1974, en Egypte, ne conteste pas les mentions de l'arrêté contesté selon lesquelles il a déclaré avoir quatre enfants qui ne sont pas à sa charge et n'établit pas, ni même n'allègue, être dépourvu de toute attache personnelle et familiale dans le pays dont il a la nationalité ou en Italie. Dès lors, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas, en ordonnant sa remise aux autorités italiennes, porté au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte excessive.

8. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet des Hauts-de-Seine aurait, en prenant l'arrêté attaqué, entaché son appréciation des conséquences de cette décision sur la situation personnelle de M. F d'une erreur manifeste.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. F doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

10. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte de la requête de M. F ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Les dispositions législatives visées ci-dessus font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 8 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, Mme Louazel, conseillère, et M. Villette, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2024.

Le rapporteur,

signé

KELFANI

La conseillère,

signé

M. LOUAZELLe greffier,

signé

D. HAUDE

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.