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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2204201

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2204201

mardi 29 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2204201
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantSEBBAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 mars 2022, Mme B A, représentée par Me Sebban, demande au tribunal :

1°) la décharge des cotisations supplémentaires à l'impôt sur le revenu, à la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus et aux prélèvements sociaux auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2016 et 2017, ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L 761-1 du code de justice administrative ;

3°) de condamner l'État aux entiers dépens.

Elle soutient que :

- la méthode de reconstitution des recettes de la société MC TEX est erronée et ne tient pas compte des spécificités de l'activité et des conditions d'exploitation de cette société ;

- la méthode de reconstitution est viciée dès lors qu'elle ne prend en compte ni l'avoir obtenu sur les factures de la société Wenzhou Lehang, ni la juste mesure du nombre d'articles manquants constaté à la livraison en comparaison des quantités mentionnées sur les factures en ce qui concerne le fournisseur Jiehang, ni la mise au rebut d'articles défectueux, ni l'importance des produits issus de l'assemblage de plusieurs articles ;

- l'administration aurait dû reconstituer les bases imposables selon plusieurs méthodes de reconstitution conformément au paragraphe n°200 de l'instruction administrative référencée BOI-CF-IOR-10-20 et celle référencée 4-G-3342 du 25 juin 1998 ;

- les suppléments de contribution à la valeur ajoutée des entreprises mises à la charge de la société MC TEX étant liés à cette reconstitution, cette société devra en être déchargé pour les motifs ci-avant exposés ;

- l'administration n'établit pas le manquement délibéré justifiant la pénalité de 40% ;

- l'administration ne rapportant pas la preuve de la maîtrise de l'affaire, la gérante ne peut donc être présumée bénéficiaire de distributions occultes.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 octobre 2022, l'administrateur général des finances publiques en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal d'Ile-de-France conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bertoncini, président-rapporteur,

- les conclusions de M. Bories, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL MC TEX, dont Mme A est associée et gérante, qui exerce une activité de négoce d'articles de prêt-à-porter, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er juillet 2015 au 31 décembre 2017. A l'issue de ces opérations, par une proposition de rectification du 22 mai 2019, l'administration fiscale a informé cette société, après avoir écarté sa comptabilité pour défaut de valeur probante et reconstitué son chiffre d'affaires, qu'elle entendait notamment l'assujettir à des cotisations supplémentaires à l'impôt sur les sociétés au titre des années 2016 et 2017 se traduisant en partie par la réintégration de ventes non comptabilisées à son résultat imposable. Par voie de conséquence, par une proposition de rectification du 22 mai 2019 établie selon la procédure de redressement contradictoire, l'administration fiscale a imposé entre les mains de Mme A dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, sur le fondement des dispositions du 1 de l'article 109 du code général des impôts, les recettes éludées à raison de ces ventes non comptabilisées qui ont été regardées comme des revenus distribués au titre des années 2016 et 2017. Après le rejet de sa réclamation préalable, Mme A demande la décharge des cotisations supplémentaires à l'impôt sur le revenu, à la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus et aux prélèvements sociaux auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2016 et 2017, ainsi que des pénalités correspondantes.

Sur le bien -fondé des impositions en litige :

2. Aux termes du 1 de l'article 109 du code général des impôts : " Sont considérés comme revenus distribués : / 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital ; / 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices. / Les sommes imposables sont déterminées pour chaque période retenue pour l'établissement de l'impôt sur les sociétés par la comparaison des bilans de clôture de ladite période et de la période précédente selon des modalités fixées par décret en conseil d'Etat ". Aux termes de l'article 110 du même code : " Pour l'application du 1° du 1 de l'article 109 les bénéfices s'entendent de ceux qui ont été retenus pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés. / () "..

3. La requérante ayant contesté les redressements notifiés selon la procédure contradictoire, à raison de revenus regardés comme distribués sur ce fondement légal, il incombe à l'administration d'apporter la preuve de leur montant et que celle-ci en a effectivement disposé. Toutefois, le contribuable qui, disposant seul des pouvoirs les plus étendus au sein de la société, est en mesure d'user sans contrôle de ses biens comme de biens qui lui sont propres et doit ainsi être regardé comme le seul maître de l'affaire, est présumé avoir appréhendé les distributions effectuées par la société qu'il contrôle. La qualité de seul maître de l'affaire suffit à regarder le contribuable comme bénéficiaire des revenus réputés distribués, en application du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, par la société en cause, la circonstance qu'il n'aurait pas effectivement appréhendé les sommes correspondantes ou qu'elles auraient été versées à des tiers étant sans incidence à cet égard. En revanche, s'il n'a pas donné lieu à l'établissement d'une cotisation d'impôt sur les sociétés, le rehaussement des résultats d'une société ne saurait par lui-même révéler l'existence de bénéfices ou produits non mis en réserve ou incorporés au capital, taxables entre les mains de leur bénéficiaire comme revenus distribués. Pour soumettre ces sommes à l'impôt sur le revenu sur le fondement du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts (CGI), il incombe à l'administration d'établir qu'elles ont été mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts. La circonstance que le contribuable soit le maître de l'affaire est à cet égard sans incidence.

En ce qui concerne l'existence et le montant des revenus distribués :

4. Il résulte de l'instruction qu'aux cours des différentes opérations de contrôle de la SARL MC TEX, la comptabilité présentée étant dépourvue de valeur probante, l'administration a procédé à la reconstitution extra-comptable de son résultat. Pour y parvenir, s'agissant des produits imposables, elle a, à l'aide des données fournies par la société tenant en des fichiers de saisie des achats et des stocks ainsi que de factures, et de son choix entre différentes options, procédé à la reconstitution de ses achats et ventes pour établir un chiffre d'affaires éludé lié à des ventes non déclarées, ce que Mme A a reconnu au cours des opérations de vérification.

5. En premier lieu, pour contester la méthode de reconstitution du chiffre d'affaires employée par l'administration fiscale qui serait radicalement viciée dans son principe, Mme A lui oppose plusieurs omissions. D'une part, si elle fait valoir que l'administration aurait dû tenir compte du montant de l'avoir obtenu sur les factures de la société Wenzhou Lehang pour un montant de 268 830,70 euros, il résulte de l'instruction que cet avoir a été délivré au cours de l'année 2019 en raison d'anomalies constatées sur une livraison de marchandises destinées à la société MC TEX en 2015, années qui sont sans lien avec les années en litige. Par ailleurs, l'administration fiscale fait valoir sans être sérieusement contredite que l'examen des documents douaniers et des documents de transports permet d'attester de la concordance entre les marchandises achetées et livrées à la société, en ce compris celles mentionnées sur la facture litigieuse du 16 juillet 2015 émise par le fournisseur Wenzhou Lehang d'un montant de 268 830,70 euros. En outre, Mme A indique que la méthode de reconstitution ne prend pas en compte les articles manquants en provenance du fournisseur Jiehang constatés à la livraison en comparaison des quantités mentionnées sur les factures d'achat. Toutefois, outre que la SARL MC TEX n'a jamais provisionné des charges liées à un tel litige, la requérante se borne à produire un procès-verbal d'huissier du 13 janvier 2017 qui ne contient aucune précision quant aux factures auxquelles s'imputent les marchandises manquantes constatées, ni aux exercices auxquels elles se rapportent. Elle ne démontre ainsi pas la réalité de ses allégations. Ensuite, si la requérante soutient que la méthode de reconstitution ne tient pas compte de la mise au rebut d'articles défectueux, en se bornant à produire deux constats d'huissiers du 5 janvier 2017 et du 4 janvier 2018 faisant état d'un stock de marchandises impropre à la vente, elle ne justifie pas du rattachement de ces pertes aux deux exercices en litige. Enfin, si elle soutient qu'elle dispose d'importants produits issus de l'assemblage de plusieurs articles, en se bornant à produire des photos de quelques articles assemblés, elle ne justifie ni de leur quantité ni de leur rattachement aux exercices en litige. Ainsi, alors qu'aucun principe n'impose à l'administration fiscale d'utiliser plusieurs méthodes de reconstitution, il résulte de l'instruction que la méthode de reconstitution du chiffre d'affaires employée par l'administration fiscale n'est ni excessivement sommaire, ni radicalement viciée, la requérante ne proposant aucune de reconstitution alternative permettant de déterminer les bases d'imposition avec une précision meilleure que celle pouvant être atteinte par la méthode primitivement utilisée par l'administration. Il s'ensuit que l'administration fiscale doit être regardée comme établissant l'existence et le montant des revenus distribués imposés entre les mains de Mme A.

6. En second lieu, si la requérante se prévaut de l'interprétation administrative de la loi fiscale du paragraphe n°200 de l'instruction fiscale référencée BOI-CF-IOR-10-20 ainsi que l'instruction référencée 4-G-3342 du 25 juin 1998, ces dispositions ne font pas de la loi une interprétation différente de celle retenue dans le présent jugement

En ce qui concerne l'appréhension des revenus distribués :

7. D'une part, pour imposer entre les mains de Mme A les sommes regardées comme distribuées par la SARL MC TEX correspondant aux rehaussements de cette société à l'impôt sur les sociétés, l'administration fiscale a estimé qu'elle en avait effectivement disposé en tant que seule maître de l'affaire. Elle fait valoir à cet effet que la requérante était au titre des années en litige gérante de droit de la société dont elle détenait 50% du capital social, qu'elle était seule détentrice de la signature bancaire et gérait seule les fonds de l'entreprise. Dans ces conditions, l'administration démontre que M. A exerçait seule la responsabilité effective de l'ensemble de la gestion administrative, commerciale et financière de la société et disposait sans contrôle de ses fonds. Ainsi, la requérante, qui en supporte la charge, n'établissant pas qu'elle ne disposait pas seule des pouvoirs les plus étendus au sein de la société, et qu'elle n'était pas en mesure d'user sans contrôle des biens de celle-ci, doit être regardée comme la seule maître de l'affaire et présumée avoir appréhendé les distributions effectuées par la société qu'elle contrôle, peu important, ainsi qu'il a été dit précédemment, qu'elle n'ait pas effectivement appréhendé les sommes correspondantes.

8. D'autre part, pour la part excédant celle visée au point 8 ci-dessus, l'administration fiscale établit également, notamment par les extraits de procès-verbaux d'audition de Mme A retranscrits dans la proposition de rectification du 22 mai 2019 adressée à la SARL MEC TEX, que Mme A, partie prenante de vente en espèce de marchandises dans le cadre d'un réseau de blanchiment d'argent, avait personnellement appréhendé le produit des ventes en litige. Ainsi, l'administration fiscale doit être regardée comme établissant que l'intégralité des sommes qui lui sont réclamées sur le fondement du 1 de l'article 109 du code général des impôts ont été mises à la disposition de Mme A.

En ce qui concerne la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises :

9. L'imposition en litige étant exclusivement mis à la charge de la SARL MC TEX et ne faisant l'objet d'aucune distribution entre les mains de la requérante, celle-ci ne peut utilement en contester le montant à l'occasion d'un litige relatif à son imposition personnelle.

10. Eu égard à ce qui a été dit aux points 5 à 10, c'est donc à bon droit que l'administration fiscale a imposé les sommes en litige entre les mains de Mme A en application du 1 de l'article 109 code général des impôts.

Sur les pénalités :

11. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".

12. Pour justifier l'application de la pénalité de 40 % prévue par les dispositions de l'article 1729 dudit code, l'administration fiscale se prévaut, d'une part, de l'absence de comptabilité de la SARL MC TEX que Mme A ne pouvait ignorer en tant que gérante, d'autre part, de la circonstance qu'elle a reconnu au cours de la procédure judiciaire avoir sciemment procédé à un réseau de vente sans facture de marchandise et enfin, de ce qu'elle a reconnu avoir personnellement utilisé une partie des produits non comptabilisés pour réaliser des dépenses personnelles. Par suite, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve de la volonté délibérée de Mme A d'éluder l'impôt. C'est donc à bon droit qu'elle a assorti les impositions litigieuses de la majoration de 40 % prévue par les dispositions de l'article 1729 du code général des impôts.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme A tendant à la décharge des cotisations supplémentaires à l'impôt sur le revenu, à la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus et aux prélèvements sociaux auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2016 et 2017, ainsi que des pénalités correspondantes, ne peuvent qu'être rejetée. L'État n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent également qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et l'administrateur général des finances publiques en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal d'Ile-de-France.

Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

Mme Saïh, première conseillère,

M. Jacquinot, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.

Le président-rapporteur,

T. BertonciniL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

Z. Saïh

La greffière,

K. Nabunda

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2204201

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