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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2204484

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2204484

mardi 28 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2204484
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSAMBA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 29 mars 2022 et le 19 août 2022, M. D A, représenté par Me Funck, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 février 2022 du préfet du Val-d'Oise de refus de titre de séjour, portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de renvoi ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer une carte de résident ou à défaut une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale ", sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ;

4°) à titre infiniment subsidiaire, d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ;

5°) dans tous les cas, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de refus de titre est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'un défaut de base légale ;

- elle méconnaît l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 11 de la convention franco-ivoirienne ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juillet 2022, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Viain, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, ressortissant ivoirien né le 7 avril 1993 et entré en France en décembre 2002, a été mis en possession de sept cartes de séjour temporaire entre 2011 et 2018. Par un arrêté du 18 février 2022, le préfet du Val-d'Oise a refusé le renouvellement de sa carte de séjour au motif que l'intéressé représentait une menace à l'ordre public. Par la requête susvisée, M. A demande l'annulation de cette arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions légales et conventionnelles sur lesquelles il se fonde, notamment l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il décrit la situation de M. D A, en particulier, son entrée sur le territoire français, sa demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sa situation personnelle et familiale. Il indique notamment que l'intéressé a été condamné le 6 juillet 2018 à 4 ans d'emprisonnement pour enlèvement, séquestration et vol aggravé. Il souligne, enfin, qu'au regard de ses conditions de séjour en France, le requérant ne peut bénéficier d'une mesure de régularisation à titre humanitaire et exceptionnel. Alors qu'elle n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'intéressé, la décision en litige, qui comporte la mention des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est ainsi suffisamment motivée. Elle ne méconnaît donc pas les dispositions combinées des articles L.211-2 et L.211-5 du code des relations entre le public et l'administration, dont le respect s'apprécie indépendamment des motifs retenus. Par ailleurs, et alors même que le requérant prétend qu'il serait dépourvu d'attaches au pays contrairement à ce que soutient le préfet, il ressort de cette motivation que le préfet s'est livré à un examen particulier de la situation du requérant et le moyen doit dès lors être écarté.

3. En deuxième lieu, à supposer que, contrairement à ce qui figure sur la décision attaquée, M. A n'ait plus d'attaches familiales dans son pays d'origine, il résulte de l'instruction que le préfet du Val-d'Oise aurait pris la même décision s'il ne s'était pas fondé sur ce motif. Le moyen tiré de l'erreur de fait doit donc être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A ait sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article 11 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992. Par suite, il ne saurait utilement soutenir que le préfet aurait méconnu les stipulations de cet article.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".

6. En l'espèce, en retenant les motifs exposés au point 2, le préfet doit être regardé comme ayant considéré que la présence en France de l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public et, pour ce motif, comme lui ayant refusé l'autorisation de séjour sollicitée sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré du défaut de base légale doit donc être écarté.

7. Le préfet du Val-d'Oise a estimé que la présence de M. A en France constituait une menace pour l'ordre public au motif qu'il a été condamné le 6 juillet 2018 par le tribunal correctionnel de Pontoise à 4 ans d'emprisonnement, dont 18 mois avec sursis, pour arrestation, enlèvement, séquestration ou détention arbitraire d'otage pour faciliter un crime ou un délit, participation à association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un délit puni de 10 ans d'emprisonnement et vol aggravé, et qu'il a à nouveau été condamné le 11 mai 2017 par le tribunal correctionnel de Pontoise à 450 euros d'amende pour conduite d'un véhicule sans permis. A l'appui de son recours, l'intéressé fait valoir que les faits sont anciens et isolés, qu'il n'avait alors qu'une vingtaine d'années et ne parvenait pas à trouver de travail, qu'il a purgé sa peine et a eu un comportement exemplaire en détention, et qu'il vit désormais en couple avec deux enfants. Toutefois, en minimisant la gravité des faits devant la commission du titre de séjour du 5 novembre 2021, M. A ne peut être regardé comme ayant amorcé une évolution permettant d'exclure un risque de récidive. Par ailleurs, la seule circonstance que le requérant n'a plus fait l'objet de condamnations pénales depuis 2018, soit au cours des quatre années précédant l'intervention de la décision attaquée, ne suffit pas, eu égard notamment à la nature et à la gravité de la première infraction commise, à établir qu'il ne représenterait plus à la date d'édiction de la décision litigieuse une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, le préfet du Val-d'Oise, qui n'était pas lié par l'avis rendu par la commission du titre de séjour, n'a pas méconnu l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni commis une erreur d'appréciation en estimant que M. A constituait une menace pour l'ordre public et en refusant, pour ce motif, la délivrance du titre de séjour sollicité sur le fondement de l'article 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En cinquième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. M. A se prévaut de sa présence en France depuis 2002, de son concubinage avec une ressortissante marocaine, Mme B C, avec laquelle il a deux enfants, dont un scolarisé, à la date de la décision attaquée. L'intéressé n'apporte toutefois aucun élément permettant d'apprécier son insertion sociale ou professionnelle dans la société française. S'il se prévaut de la présence en France de sa mère, de son demi-frère et de sa demi-sœur, il n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, dans lequel il est notamment retourné en décembre 2021 pour assister à l'enterrement de son grand-père. Par conséquent, eu égard à la nature à la gravité des faits rappelés au point 7, la décision attaquée, qui, du reste n'est pas assortie d'une mesure d'éloignement, ne porte pas, en méconnaissance des stipulations précitées, une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale au regard du but d'ordre public qu'elle poursuit.

10. En sixième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

11. La décision portant refus de séjour n'a par elle-même ni pour objet, ni pour effet de de séparer M. A de ses enfants et rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue en Côte-d'Ivoire, pays dont le requérant a la nationalité, ou au Maroc, pays dont sa concubine a la nationalité. Dans ces conditions, et alors même qu'un des enfants est habituellement scolarisé en France, le préfet du Val-d'Oise n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par l'intéressé doivent être rejetées et, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Huon, président ;

M. Viain, premier conseiller ;

Mme Froc, conseillère ;

assistés de Mme Tainsa, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2023.

Le rapporteur,

signé

T. VIAIN

Le président,

signé

C.HUON

La greffière,

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2204484

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