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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2205226

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2205226

vendredi 27 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2205226
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation5ème Chambre
Avocat requérantLAZIMI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 avril 2022, la SAS SEXTANT PROPERTIES, représentée par Me Lazimi, avocat, demande au Tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2017, 2018 et 2019, ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La SAS SEXTANT PROPERTIES soutient que :

- sa plateforme informatique dédiée aux mandataires immobiliers est commercialisée sur le marché auprès d'une clientèle effective de telle sorte qu'il s'agit d'une innovation au sens du k) du II de l'article 244 quater B du code général des impôts ;

- les rectifications révélées par un écart de liquidation sur le bordereau au titre de l'exercice clos en 2018 ne sont pas motivées en méconnaissance des dispositions de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 octobre 2022, l'administrateur général des finances publiques, chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Île-de-France, conclut au rejet de la requête.

L'administrateur général des finances publiques, chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Île-de-France, fait valoir que :

- un dégrèvement d'un montant total de 1 295 euros a été accordé à la société SEXTANT PROPERTIES par une décision du 22 septembre 2022 ;

- le moyen invoqué par la société requérante n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bergantz, conseillère ;

- et les conclusions de M. Villette, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS SEXTANT PROPERTIES, qui exerce toutes activités se rattachant au statut d'agent immobilier, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2019. A l'issue de ce contrôle, l'administration fiscale a notamment remis en cause le bénéfice du crédit d'impôt innovation dont elle avait bénéficié au titre de dépenses engagées en 2018 et 2019 et lui a notifié à ce titre des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre des années 2018 et 2019. Sa réclamation ayant été rejetée sur ce point par une décision du 18 février 2022, la société SEXTANT PROPERTIES demande au Tribunal de prononcer la décharge de ces impositions supplémentaires, en droits et intérêts de retard.

Sur l'étendue du litige :

2. Par un avis de dégrèvement en date du 22 septembre 2022, postérieur à l'introduction de la requête, l'administration fiscale a prononcé un dégrèvement partiel, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles la société SEXTANT PROPERTIES a été assujettie au titre de la période du 1er janvier 2017 au 21 décembre 2019, pour un montant total de 1 295 euros, qui procédait d'un écart de liquidation. Dans ces conditions, les conclusions à fin de décharge sont, à concurrence de cette somme, devenues sans objet.

Sur les conclusions aux fins de décharge :

3. Aux termes de l'article 244 quater B du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au litige : " I. - Les entreprises industrielles et commerciales ou agricoles imposées d'après leur bénéfice réel ou exonérées en application des articles 44 sexies, 44 sexies A, 44 septies, 44 octies, 44 octies A, 44 duodecies, 44 terdecies à 44 septdecies peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt au titre des dépenses de recherche qu'elles exposent au cours de l'année. () II. - Les dépenses de recherche ouvrant droit au crédit d'impôt sont : () k) Les dépenses exposées par les entreprises qui satisfont à la définition des micro, petites et moyennes entreprises donnée à l'annexe I au règlement (UE) n° 651/2014 de la Commission du 17 juin 2014 déclarant certaines catégories d'aides compatibles avec le marché intérieur en application des articles 107 et 108 du traité et définies comme suit : / 1° Les dotations aux amortissements des immobilisations créées ou acquises à l'état neuf et affectées directement à la réalisation d'opérations de conception de prototypes ou installations pilotes de nouveaux produits autres que les prototypes et installations pilotes mentionnés au a ; / 2° Les dépenses de personnel directement et exclusivement affecté à la réalisation des opérations mentionnées au 1° ; / 3° Les autres dépenses de fonctionnement exposées à raison des opérations mentionnées au 1° ; ces dépenses sont fixées forfaitairement à la somme de 75 % des dotations aux amortissements mentionnées au 1° et de 50 % des dépenses de personnel mentionnées au 2° ; / 4° Les dotations aux amortissements, les frais de prise et de maintenance de brevets et de certificats d'obtention végétale ainsi que les frais de dépôt de dessins et modèles relatifs aux opérations mentionnées au 1° ; / 5° Les frais de défense de brevets, de certificats d'obtention végétale, de dessins et modèles relatifs aux opérations mentionnées au 1° ; / 6° Les dépenses exposées pour la réalisation d'opérations mentionnées au 1° confiées à des entreprises ou des bureaux d'études et d'ingénierie agréés selon des modalités prévues par décret. Les dépenses mentionnées aux 1° à 6° entrent dans la base de calcul du crédit d'impôt recherche dans la limite globale de 400 000 € par an. / Pour l'application du présent k, est considéré comme nouveau produit un bien corporel ou incorporel qui satisfait aux deux conditions cumulatives suivantes : / - il n'est pas encore mis à disposition sur le marché ; / - il se distingue des produits existants ou précédents par des performances supérieures sur le plan technique, de l'écoconception, de l'ergonomie ou de ses fonctionnalités () ".

4. Il appartient au juge de l'impôt de constater, au vu de l'instruction dont le litige qui lui est soumis a fait l'objet, qu'une entreprise remplit ou non les conditions lui permettant de se prévaloir de l'avantage fiscal institué par l'article 244 quater B du code général des impôts.

5. Pour remettre en cause le crédit d'impôt innovation dont la société SEXTANT PROPERTIES a bénéficié au titre de dépenses engagées au cours des années 2018 et 2019, l'administration fiscale a considéré que le projet en cause, à savoir le développement d'une plateforme informatique permettant de simplifier et automatiser les processus de travail du mandataire immobilier et d'améliorer la communication marketing de la société, ne constituait pas un produit destiné à être mis à disposition sur le marché mais un outil de travail à la seule destination de ses mandataires. Il résulte de l'instruction que, dans le cadre des contrats d'agents commerciaux qu'elle signe avec ses mandataires, la société requérante oblige ces derniers à souscrire un " pack " permettant l'accès à la plateforme informatique en cause, cette souscription étant payante ou gratuite selon le montant du chiffre d'affaires réalisé pour son compte. Ainsi, la plateforme développée par la société SEXTANT PROPERTIES, qui a pour seul objet l'amélioration de l'activité d'agent immobilier de ses mandataires, n'a pas vocation à être mise sur le marché en tant que produit au sens et pour l'application du k) du II de l'article 244 quater B du code général des impôts. Au surplus, à supposer que la plateforme informatique puisse être regardée comme ayant vocation à être mise sur le marché, il résulte de l'instruction que le contrat d'agent commercial versé par la société requérante est daté du 1er novembre 2018 de telle sorte que la condition d'absence de mise à disposition sur le marché prévue par ces mêmes dispositions n'était, en tout état de cause, pas remplie. Par suite, l'administration fiscale était fondée à remettre en cause le bénéfice, par la société SEXTANT PROPERTIES, de ces dispositions au titre des années 2018 et 2019.

6. Il résulte de ce qui précède que la société SEXTANT PROPERTIES n'est pas fondée à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2017, 2018 et 2019, ainsi que des intérêts de retard correspondants.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Les conclusions présentées à ce titre par la société SEXTANT PROPERTIES doivent, dès lors, être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de la société SEXTANT PROPERTIES à concurrence du dégrèvement d'un montant de 1 295 euros prononcé en cours d'instance.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de la société SEXTANT PROPERTIES est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société SEXTANT PROPERTIES et à l'administrateur général des finances publiques, chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Île-de-France

Délibéré après l'audience du 9 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, Mme Schneider, première conseillère, et Mme Bergantz, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024.

La rapporteuse,

signé

A. BERGANTZ

Le président,

signé

K. KELFANI La greffière,

signé

K. NABUNDA

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2205226

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