Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2205429

lundi 29 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2205429
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 avril 2022, M. A B demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 mars 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de procéder au réexamen de sa situation.

Il soutient que :

- l'arrêté litigieux est entaché d'une insuffisance de motivation ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation ;

- il est entaché d'une méconnaissance du principe du respect des droits de la défense ;

- il est entaché d'une erreur de fait ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 décembre 2022, préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement, sur proposition de la rapporteure publique, a dispensé cette dernière de présenter des conclusions sur cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Debourg, conseillère.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant pakistanais né le 1er janvier 1979 à Rawalpindi, est entré sur le territoire français le 8 mars 2006 selon ses déclarations. Le 11 août 2021, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté litigieux du 23 mars 2022, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

3. Il résulte de l'examen de l'arrêté attaqué qui n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'intéressé, que le préfet a mentionné les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquels repose sa décision, ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le préfet a également rappelé les éléments de la situation administrative, familiale et personnelle du requérant. Il a notamment précisé les motifs pour lesquels il lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté contesté ni des autres pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle du requérant.

5. En troisième lieu, lorsqu'il demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger est appelé à préciser les motifs qui, selon lui, sont susceptibles de justifier que lui soit accordé un droit au séjour en France. L'intéressé doit produire, à l'appui de sa demande, tous éléments susceptibles de venir à son soutien. Il lui est également possible, lors du dépôt de cette demande, lequel doit, en principe, faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter toutes les précisions qu'il juge utiles à l'agent de préfecture chargé d'enregistrer sa demande, voire de s'informer des conséquences d'un éventuel refus opposé à sa demande. Enfin, il lui est loisible, tant que sa demande est en cours d'instruction, de faire valoir des observations écrites complémentaires, au besoin en faisant état de nouveaux éléments, ou de demander, auprès de l'autorité préfectorale, un entretien afin d'apporter oralement les précisions et compléments d'information qu'il juge utiles.

6. En l'espèce, il n'est ni établi ni même allégué, que M. B ait sollicité, sans réponse, un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'il ait été empêché de présenter toutes précisions utiles sur sa situation avant que ne soit pris l'arrêté litigieux. Dès lors, le moyen tiré de l'atteinte portée aux droits de la défense ne peut qu'être écarté.

7. En quatrième lieu, pour refuser d'admettre le requérant au séjour, le préfet a notamment relevé qu'il avait fait l'objet d'une interpellation pour l'entrée et le séjour illégal en Grèce en date du 18 février 2019, mettant en doute la durée de présence sur le territoire dont il entend se prévaloir. Si l'intéressé fait valoir que le préfet a entaché sa décision d'une erreur de fait dès lors qu'il n'était pas en Grèce et n'a pas quitté la France à cette période, il ne produit aucun élément de nature à corroborer son allégation alors que la fiche Schengen produite en défense comporte la mention de son nom, prénom, date de naissance et nationalité et indique qu'il a fait l'objet d'une interpellation en Grèce. Ce moyen sera donc écarté.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ".

9. Si l'intéressé se prévaut de sa présence continue sur le territoire français depuis 2006, il ne l'établit pas par la production des seules pièces produites à l'instance. En outre, par la seule production d'un avis d'imposition sur les revenus de l'année 2018 mentionnant 5 800 euros de revenus, l'intéressé ne justifie pas d'une expérience professionnelle stable et conséquente. Enfin, il est constant qu'il est célibataire et sans charge de famille sur le territoire et qu'il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où résident ses parents. Par suite, c'est sans entacher sa décision d'une erreur manifestation d'appréciation ou d'une erreur de droit que le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction.

D É C I D E :

Article 1 : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 2 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Griel, présidente ;

Mme Colin, première conseillère ;

Mme Debourg, conseillère ;

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 avril 2024.

La rapporteure,

signé

T. Debourg

La présidente,

signé

H. Le Griel

La greffière,

signé

E. Pradel

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation, la greffière.

N°2205429