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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2205493

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2205493

lundi 4 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2205493
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationPole Social (JU)
Avocat requérantSELARL VERPONT AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires enregistrés les 6 avril et 3 mai 2022 et 11 septembre 2024, M. A B, représenté par Me Lalanne, demande au tribunal :

1°) de condamner l'État à lui verser la somme de 150 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de son absence de relogement, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les dépens de l'instance ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la responsabilité pour faute de l'État est engagée dès lors qu'il n'a reçu aucune proposition de logement, alors qu'il a été reconnu prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable des Hauts-de-Seine le 17 mai 2021 et que l'ordonnance du 19 avril 2022 du tribunal administratif n'a pas été exécutée ;

- il subit en conséquence des troubles de toutes natures dans ses conditions d'existence dès lorsqu'il est toujours dépourvu de tout logement tantôt hébergé chez des tiers, tantôt sans domicile fixe.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 octobre 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et fait valoir que :

- le requérant a été relogé le 2 mars 2023 ;

- les préjudices dont il se prévaut ne sont pas détaillés dans sa requête.

Par un mémoire complémentaire enregistré le 11 octobre 2024, M. B conclut aux mêmes fins et confirme son relogement à la date du 2 mars 2023.

Vu :

- la décision du 11 avril 2023 par laquelle le président du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise a accordé le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale à M. B ;

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

- l'ordonnance n° 2113699 du 19 avril 2022 par laquelle le tribunal administratif de Cergy - Pontoise a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de reloger M. B sous astreinte de 200 euros par mois de retard ;

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lepetit-Collin, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction est intervenue après appel de l'affaire à l'audience en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. La commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a, par une décision du 17 mars 2021, désigné M. B comme prioritaire et devant être logé en urgence. Par une ordonnance en date du 19 avril 2022, le tribunal, saisi par l'intéressé sur le fondement de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine d'assurer son relogement sous astreinte de 200 euros par mois de retard. N'ayant pas reçu de proposition de logement, M. B a saisi le préfet d'une demande indemnitaire préalable par un courrier du 3 mai 2022 et a renouvelé cette demande par courrier reçu le 24 juin 2024. Cette demande a été implicitement rejetée. M. B demande au tribunal de condamner l'État à l'indemniser des préjudices subis à raison de cette absence de relogement.

Sur la responsabilité :

En ce qui concerne les fautes :

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".

3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement.

4. La commission de médiation a reconnu, le 17 mars 2021, le caractère urgent et prioritaire de la demande de logement M. B aux motifs qu'il occupait un logement sur-occupé avec une personne mineure ou handicapée à charge et qu'il était dépourvu de logement et hébergé par des tiers. En outre, par une ordonnance n° 2113699 du 19 avril 2022, le tribunal administratif de Cergy - Pontoise a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de reloger M. B sous astreinte de 200 euros par mois de retard. S'il est constant que M. B a été relogé le 2 mars 2023, il demeure que le requérant établit l'existence de carences fautives imputables à l'État dans son obligation de relogement à compter du 17 septembre 2021, date à laquelle la carence de l'État a revêtu un caractère fautif, jusqu'à la date de son relogement,

En ce qui qui concerne les préjudices :

5. Il résulte de l'instruction que depuis 2015 et jusqu'à la date de son relogement, M. B était dépourvu de logement et contraint de solliciter l'hébergement de tiers ou de dormir dans une tente, sa voiture voire dans la rue. La persistance de cette situation, à compter du 17 septembre 2021, date à laquelle la carence de l'État a revêtu un caractère fautif, a nécessairement causé à M. B des troubles de toutes natures dans ses conditions d'existence.

6. Compte tenu de ces conditions de vie particulièrement précaires de M. B qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et de la composition de son foyer, les trois enfants du requérant, sur lesquels il exerce un droit de visite et d'hébergement dont l'effectivité s'est trouvée compromise par la carence du préfet, figurant sur son avis d'imposition, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en évaluant l'indemnisation due à la somme totale de 600 euros.

Sur les frais liés au litige :

7. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 susmentionnée. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Lalanne, conseil de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Lalanne de la somme de 1 080 euros. Le surplus des conclusions présentées par M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative est rejeté.

Sur les dépens :

8. En l'absence de dépens exposés dans la présente instance, il n'y pas lieu de faire droit aux conclusions présentées à ce titre.

D É C I D E :

Article 1er : L'État est condamné à verser à M. B la somme de 600 (six cents) euros.

Article 2 : Il est mis à la charge de l'État la somme de 1 080 euros à verser à Me Lalanne, conseil de M. B, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle, sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Lalanne et à la ministre du logement et de la rénovation urbaine.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 novembre 2024.

La magistrate désignée

H. Lepetit-CollinLa greffière

C. Mas

La République mande et ordonne à la ministre du logement et de la rénovation urbaine en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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