Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2205744

mercredi 29 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2205744
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantKWEMO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 avril 2022, M. B C A représenté par Me Kwemo, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 22 février 2022 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Montrouge lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil pour la période du 20 janvier 2020 au 25 octobre 2021 ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de lui accorder les conditions matérielles d'accueil, ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 2 000 euros à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée n'est pas motivée ;

- elle méconnaît les dispositions du 1° de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle ne tient pas compte de sa vulnérabilité en méconnaissance des dispositions du dernier alinéa de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 avril 2024, le directeur général de l'OFII conclut au rejet de la requête, comme mal fondée.

Par une décision en date 17 octobre 2022, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le Tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à M. A le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a présenté une demande d'asile en France qui a été enregistrée le 19 décembre 2018 en procédure dite Dublin. Il a bénéficié des conditions matérielles d'accueil proposées le même jour par l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Toutefois, l'Office (OFII) a, par une décision du 20 août 2019 suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif que l'intéressé n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile. La France étant devenue responsable de l'examen de la demande d'asile de M. A, celui-ci s'est vu délivrer, le 20 janvier 2020, une attestation de demande d'asile en procédure normale et a, par un courrier du 6 décembre 2021, sollicité " l'octroi " des conditions matérielles d'accueil au titre de la période allant du 20 janvier 2020 au 25 octobre 2021, et ce, alors qu'il s'est vu reconnaître la qualité de réfugié le 12 octobre 2021. Eu égard aux circonstances sus-rappelées, cette demande ne peut être regardée que comme tendant non à l'octroi initial mais au rétablissement des conditions matérielles dont le bénéfice a été suspendu le 20 août 2019. M. A, demande au tribunal d'annuler la décision implicite par laquelle la directrice territoriale de l'OFII de Montrouge a rejeté cette demande.

2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : () 3° Constater qu'il n'y a pas lieu à statuer sur une requête ; / 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé () ".

Sur la demande tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

3. M. A ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle par la décision du 17 octobre 2022 visée ci-dessus, les conclusions tendant à ce qu'il soit admis au bénéfice de cette aide à titre provisoire sont devenues dépourvues d'objet, si bien qu'il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

5. Il résulte de ces dispositions qu'en l'absence de communication des motifs dans le délai d'un mois consécutif à une demande en ce sens, une décision implicite se trouve entachée d'illégalité. Toutefois, en l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A aurait sollicité les motifs de refus de la décision implicite de rejet dont il demande l'annulation dans la présente instance. Par suite, il ne saurait utilement se plaindre de l'absence de motivation de cette décision.

6. En deuxième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 1, la décision litigieuse doit être regardée comme portant refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Par conséquent, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions, d'une part, du 1° et, d'autre part, du dernier alinéa de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui sont relatives au refus initial des conditions matérielles d'accueil et non à leur rétablissement est inopérant. En tout état de cause, et s'agissant plus particulièrement du moyen tiré de sa vulnérabilité, le requérant se borne à des propos généraux, dépourvu d'éléments circonstanciés sur ses conditions d'existence. Ce faisant, M. A, qui n'a d'ailleurs présenté sa demande de rétablissement qu'à titre rétroactif après avoir été reconnu réfugié, n'apporte manifestement pas de précisions au soutien de l'allégation selon laquelle l'administration n'aurait pas tenu compte de sa vulnérabilité.

7. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur leur recevabilité, les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction présentées par M. A ne peuvent qu'être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire de M. A.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C A et au directeur général de l'OFII.

Fait à Cergy-Pontoise, le 29 mai 2024.

Le président de la 2ème chambre,

signé

C. Huon

La République mande et ordonne au ministère de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.