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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2205763

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2205763

mardi 18 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2205763
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation10ème Chambre (JU)
Avocat requérantCABINET CALLON AVOCATS & CONSEIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 avril 2022, Mme A B, représentée par Me Callon, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui payer la somme de 3 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de son absence de relogement ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la responsabilité pour faute de l'Etat est engagée dès lors qu'elle n'a reçu aucune proposition de logement, alors qu'elle a été reconnue prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable, le 4 octobre 2017, et que le jugement du tribunal administratif de Cergy-Pontoise du 18 septembre 2018 n'a pas été exécuté ;

- elle est hébergée avec ses trois enfants mineurs dans une structure temporaire.

Par un mémoire, enregistré le 29 mars 2023, le préfet des Hauts-de-Seine informe le tribunal que l'Etat a été délié de son obligation de relogement à l'égard de la requérante par jugement n° 1809529 du 7 mai 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Saïh, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Saïh, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique du 29 mars 2023, tenue en présence de Mme Lefebvre, greffière, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été reportée au 5 avril 2023 à 12h.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

En ce qui concerne la mise en jeu de la responsabilité :

1. L'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation dispose : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'Etat à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".

2. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, et que le juge administratif a ordonné son logement ou son relogement par l'État, en application de l'article L. 441-2-3-1 de ce code, la carence fautive de l'État à exécuter ces décisions dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à compter de l'expiration du délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation que les dispositions de l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartissent au préfet pour provoquer une offre de logement.

3. D'une part, Mme B a été reconnue comme prioritaire et devant être logée en urgence par une décision de la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine du 4 octobre 2017 aux motifs qu'elle était en attente d'un logement social depuis un délai supérieur à celui fixé par arrêté et qu'elle était hébergée chez un particulier. La requérante soutient d'une part, n'avoir été destinataire d'aucune offre de relogement et qu'aucun des préfets des départements de la région Ile-de-France n'a procédé à l'attribution d'un logement correspondant à ses besoins sur ses droits de réservation dans le délai imparti par la décision de la commission de médiation, et, d'autre part, que le jugement du 18 septembre 2018 du tribunal enjoignant, sous astreinte, au préfet des Hauts-de-Seine d'assurer son relogement avant le 1er décembre 2018, n'a pas été exécuté. Cette double carence est constitutive de fautes de nature à engager la responsabilité de l'Etat.

4. D'autre part, le préfet des Hauts-de-Seine se prévaut de l'ordonnance n°1808529 du 7 mai 2020 par laquelle le tribunal administratif de céans a considéré qu'il devait être regardé comme délié de l'obligation d'exécuter la décision de la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine avant la date du 1er décembre 2018 sous astreinte de 200 euros par mois de retard à compter de cette date, conformément au jugement n° 1804011 du 18 septembre 2018, au motif que Mme B devait être réputée ne pas avoir réactualisé son dossier en l'absence d'observations en réponse de sa part dans le cadre de l'instance n°1808529. Toutefois, cette ordonnance n'est pas revêtue de l'autorité de la chose jugée. En outre, il résulte de l'instruction que la requérante justifie avoir renouvelé sa demande de logement social du 1er mars 2004 en produisant un accusé de renouvellement en date du 5 janvier 2021. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que la demande de logement social de l'intéressée aurait fait l'objet d'une radiation du fichier des demandeurs de logements sociaux. Dans ces conditions, le préfet des Hauts-de-Seine ne peut être regardé comme étant délié de l'obligation d'exécuter la décision de la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine du 4 octobre 2017 ainsi que le jugement susmentionné n° 1804011 du 18 septembre 2018.

En ce qui concerne le préjudice :

5. Les troubles dans les conditions d'existence doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat.

6. La période à prendre en compte pour apprécier l'existence d'une carence de l'Etat dans l'exécution de son obligation de résultat de logement du demandeur court à l'expiration du délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation, en l'espèce en date du 4 octobre 2017, soit à compter du 4 avril 2018, et s'achève au jour du logement effectif de l'intéressée. Il ne résulte toutefois pas de l'instruction qu'à la date du présent jugement, Mme B ait été relogée.

7. Mme B demande réparation des préjudices subis résultant de l'absence de relogement. Il résulte de l'instruction que la commission de médiation des Hauts-de-Seine a reconnu, le 4 octobre 2017, le caractère urgent et prioritaire de sa demande de logement aux motifs qu'elle était en attente d'un logement social depuis un délai supérieur à celui fixé par arrêté et qu'elle était hébergé chez un particulier, et décidé qu'un logement répondant à ses besoins et ses capacités devait lui être attribué. La persistance de cette situation, à compter du 4 avril 2018, date à laquelle cette carence a revêtu un caractère fautif, a causé à Mme B des troubles de toutes natures dans leurs conditions d'existence. S'agissant de sa composition familiale, l'intéressée a trois enfants nés le 12 mars 2004, le 29 novembre 2007 et le 5 décembre 2006. Toutefois, elle n'établit pas, par les pièces versées au dossier, que ses enfants seraient à sa charge.

Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en évaluant l'indemnisation due à la somme totale de 2 500 euros.

8. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'État à verser à Mme B la somme de 2 500 euros tous intérêts compris à la date de lecture du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'État est condamné à verser à Mme B la somme de 2 500 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Article 2 : L'État versera à Mme B une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2023.

La magistrate désignée,

signé

Z. SaïhLa greffière,

signé

S. Lefebvre

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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