Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2205812
mardi 11 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2205812 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | WALTHER |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires enregistrés le 25 avril 2022, le 5 juillet 2022 et le 16 août 2022, Mme B E épouse D, représentée par Me Walther, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a classé sans suite sa demande de regroupement familial ;
2°) d'enjoindre à l'OFII d'enregistrer sa demande de titre de séjour et ce dans le délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un vice de forme au regard de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 1er juillet 2022 et le 8 juillet 2022, le directeur général de l'OFII conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable, la décision attaquée étant une décision de classement de la demande pour incomplétude du dossier qui ne fait pas grief ;
- les moyens soulevés par E épouse D ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Richard, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E épouse D, ressortissante algérienne née le 19 juin 1969, est titulaire d'un certificat de résidence algérien valable jusqu'au 16 août 2027. Elle déclare avoir transmis, le 24 juillet 2020, une demande de regroupement familial au profit de son fils résidant en Algérie, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Par un courrier du 6 janvier 2021, l'OFII lui a demandé de lui communiquer des documents complémentaires, auquel elle a répondu le 26 janvier 2021. En absence de réponse depuis cette date, concernant sa demande de regroupement familial, Mme E épouse D a sollicité les services de l'OFII par courriel, le 8 février 2022, afin d'obtenir des informations concernant l'état d'avancement de l'instruction de sa demande. Par un courriel en date du 10 février 2022, l'OFII l'a informée du classement sans suite du dossier pour défaut de production de certaines pièces complémentaires. Par la présente requête, Mme E épouse D demande au tribunal d'annuler la décision, révélée par ce courriel d'information, par laquelle l'OFII a implicitement classé sans suite sa demande de regroupement familial.
2. Aux termes de l'article L. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée : " Le ressortissant étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial, par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans, et les enfants du couple mineurs de dix-huit ans. ". Aux termes de l'article L. 411-3 du même code : " Le regroupement familial peut être demandé pour les enfants mineurs de dix-huit ans du demandeur et ceux de son conjoint, qui sont confiés, selon le cas, à l'un ou l'autre, au titre de l'exercice de l'autorité parentale, en vertu d'une décision d'une juridiction étrangère. Une copie de cette décision devra être produite ainsi que l'autorisation de l'autre parent de laisser le mineur venir en France. ". Aux termes de l'article R. 421-8 du même code : " Au vu du dossier complet, les services de l'Office français de l'immigration et de l'intégration délivrent sans délai une attestation de dépôt de dossier qui fait courir le délai de six mois prévu à l'article L. 421-4. ". Aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Outre les pièces mentionnées à l'article R. 421-4, le ressortissant étranger produit, le cas échéant : () 3° Lorsque le regroupement familial est demandé pour un enfant mineur de dix-huit ans du demandeur ou de son conjoint, qui lui a été confié au titre de l'exercice de l'autorité parentale par décision d'une juridiction étrangère, cette décision, accompagnée du consentement de l'autre parent à la venue en France de cet enfant dans les formes prévues par la législation du pays de résidence. () ". Enfin, aux termes de l'article R. 421-6 du même code : " Toutes les pièces et documents mentionnés aux articles R. 421-4 et R. 421-5 sont accompagnés, le cas échéant, de leur traduction en langue française par un traducteur interprète agréé près une cour d'appel. ".
3. En dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande d'autorisation de regroupement familial ne peut refuser de l'enregistrer que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet. Par ailleurs, le refus d'enregistrer une demande tendant à l'octroi d'une autorisation de regroupement familial, à l'appui de laquelle est présenté un dossier incomplet, ne constitue pas une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir, sauf à ce que le requérant justifie du caractère complet du dossier déposé auprès des services préfectoraux.
4. Il ressort des pièces du dossier que l'OFII a demandé, le 6 janvier 2021, à Mme E épouse D de produire des documents complémentaires pour permettre l'instruction de sa demande, notamment les jugements de divorce la concernant ainsi que son conjoint, accompagnés, le cas échéant, de leurs traductions par un traducteur assermenté auprès d'une cour d'appel en France. Il est constant que Mme E épouse D a produit son jugement de divorce avec M. C, prononcé par le tribunal d'Ain El Turck en Algérie le 9 février 2009 en langue arabe et traduit en français par un traducteur-interprète assermenté près ledit tribunal. Il ressort par ailleurs des termes de ce jugement que celui-ci lui attribue la garde de l'enfant. Or, il résulte des dispositions combinées du 3° de l'article R. 421-5 et de l'article R. 421-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées que, lorsque le regroupement familial est demandé pour un enfant mineur de dix-huit ans du demandeur, qui lui a été confié au titre de l'exercice de l'autorité parentale par décision d'une juridiction étrangère, cette décision doit être produite, ainsi que sa traduction en langue française par un traducteur interprète agréé près une cour d'appel, les dispositions de l'article R. 421-6 imposant implicitement mais nécessairement que cette traduction soit établie pas un traducteur interprète agréé près une cour d'appel en France. Par suite, la requérante, en produisant la traduction en français de son jugement de divorce par un traducteur-interprète assermenté en Algérie, et auprès d'un tribunal et non d'une cour d'appel, n'a pas satisfait aux exigences des dispositions précitées de l'article R. 421-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. De surcroît, si Mme E épouse D soutient avoir adressé à l'OFII le jugement de divorce du 17 janvier 2011 entre M. D et Mme A, et non pas seulement l'ordonnance de non-conciliation prononcée le 26 février 2009, elle ne le justifie pas alors que cela est contesté en défense par l'OFII.
5. Dans ces conditions, Mme E épouse D n'a pas transmis à l'OFII l'ensemble des pièces demandées et, son dossier n'étant pas complet, le classement sans suite de sa demande ne constitue pas une décision faisant grief. Par suite, l'OFII est fondé à soutenir que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme E épouse D sont irrecevables.
6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme E épouse D doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, d'astreinte et celles relatives aux frais liés à l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme E épouse D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E épouse D et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 28 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Huon, président ;
Mme Richard, première conseillère ;
Mme Froc, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.
La rapporteure,
signé
A. RICHARDLe président,
signé
C. HUONLa greffière,
signé
A. TAINSA
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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