mardi 10 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2206441 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 9ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET MONCONDUIT ASSOCIES |
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Debourg, rapporteure,
- les conclusions de Mme Chabrol, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Le 26 juillet 2021, les services de police du Val-d'Oise ont effectué un contrôle au sein d'un salon de coiffure exploité sous l'enseigne " Mayfina Barberie " par la société Lias Coiffure. Ils ont constaté la présence de deux salariés de nationalité marocaine dépourvus d'autorisation de travailler et de séjourner en France. Par une décision du 4 novembre 2021, le directeur général de l'OFII a appliqué à la société, la contribution spéciale pour un montant de 14 600 euros et la contribution forfaitaire pour un montant de 4 248 euros. Le 3 janvier 2022, la société a formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision, rejeté le 17 février 2022. Des titres de perception ont été émis le 19 novembre 2021 en vue du recouvrement de ces sommes. Par un courrier du 14 janvier 2022, la société a formé opposition à l'encontre de ces titres de perception, implicitement rejetée par l'administration. Par ses requêtes, la société demande l'annulation de ces décisions et des titres de perception ainsi que la décharge des sommes concernées.
Sur les conclusions à fin d'annulation et de décharge :
En ce qui concerne la régularité de la décision de l'OFII :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 2° Infligent une sanction () ".
3. En l'espèce, d'une part, la décision du 4 novembre 2021 contestée de mise en œuvre des contributions spéciale et forfaitaire se réfère expressément aux textes applicables et au procès-verbal établi à la suite du contrôle effectué le 26 juillet 2021 au cours duquel ont été relevées des infractions aux articles L. 8251-1 du code du travail et L. 822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette décision précise également la nature des sanctions infligées à la société Lias coiffure pour l'emploi irrégulier de deux travailleurs démunis de titres les autorisant à travailler, ainsi que le montant des sommes dues au titre des contributions spéciale et forfaitaire, à savoir les sommes de 14 600 euros et de 4 248 euros. Par ailleurs, la société requérante n'établit ni même n'allègue qu'elle n'aurait pas demandé la pièce jointe annoncée en annexe de la décision qui mentionnait la liste nominative des salariés à l'origine des sanctions. Ainsi, la décision litigieuse comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et répond aux exigences de motivation posées par les dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
S'agissant du bien-fondé des sanctions :
4. En second lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. () ". Aux termes de l'article L. 8253-1 du même code : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12 () ".
5. Aux termes de l'article L. 822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige, " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui peuvent être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui a occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquitte une contribution forfaitaire représentative des frais d'éloignement du territoire français de cet étranger ".
6. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 8253-1 du code du travail et de l'article L. 822-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que les contributions qu'ils prévoient ont pour objet de sanctionner les faits d'emploi d'un travailleur étranger séjournant irrégulièrement sur le territoire français ou démuni de titre l'autorisant à exercer une activité salariée, sans qu'un élément intentionnel soit nécessaire à la caractérisation du manquement. Toutefois, un employeur ne saurait être sanctionné sur le fondement de ces articles, qui assurent la transposition des articles 3, 4 et 5 de la directive 2009/52/CE du Parlement européen et du Conseil du 18 juin 2009 prévoyant des normes minimales concernant les sanctions et les mesures à l'encontre des employeurs de ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier, lorsque tout à la fois, d'une part, et sauf à ce que le salarié ait justifié avoir la nationalité française, il s'est acquitté des obligations qui lui incombent en vertu de l'article L. 5221-8 du code du travail et que, d'autre part, il n'était pas en mesure de savoir que les documents qui lui étaient présentés revêtaient un caractère frauduleux ou procédaient d'une usurpation d'identité. En outre, lorsqu'un salarié s'est prévalu lors de son embauche de la nationalité française ou de sa qualité de ressortissant d'un Etat pour lequel une autorisation de travail n'est pas exigée, l'employeur ne peut être sanctionné s'il s'est assuré que ce salarié disposait d'un document d'identité de nature à en justifier et s'il n'était pas en mesure de savoir que ce document revêtait un caractère frauduleux ou procédait d'une usurpation d'identité.
Quant à l'embauche de M. B :
7. En l'espèce, il résulte de l'instruction que lors de son embauche, M. B s'est prévalu de la nationalité française. Il est constant que la société a recruté ce salarié au vue de la seule production d'une photocopie d'une carte d'identité française, sans solliciter la production de l'original. Dans ces conditions, en se contentant de la seule photocopie de sa carte nationale d'identité, sans exiger la présentation de l'original alors qu'il appartenait à l'employeur de procéder à la vérification de cette pièce par comparaison avec le document original, le gérant n'a pas pris les précautions qui lui auraient permis de vérifier si ce document était usurpé ou falsifié. Par conséquent et contrairement à ce que fait valoir la société, la matérialité des faits est établie et c'est à bon droit que l'OFII a mis à sa charge les sanctions contestées, et ce, sans qu'elle puisse utilement se prévaloir de sa bonne foi.
Quant à l'embauche de M. F :
8. En l'espèce, il résulte de l'instruction et notamment de ses propres écritures, que la société a eu connaissance du caractère irrégulier du séjour de M. F préalablement au contrôle des services de police et qu'elle l'a d'ailleurs accompagné dans ses démarches afin de régulariser son séjour auprès des services préfectoraux. Par conséquent, la société Lias Coiffure ne saurait se prévaloir de sa bonne foi. En outre, lors de cette embauche, la société s'est également contentée de la production de la seule photocopie d'une carte d'identité italienne, sans procéder à la comparaison entre cette photocopie et l'original du document, et ce, en méconnaissance des dispositions précitées. Enfin, à la supposer établie, la circonstance selon laquelle ce salarié aurait obtenu un récépissé postérieurement à l'édiction de la décision litigieuse est sans incidence sur sa légalité. Par suite, et alors que la matérialité des faits reprochés est établie, l'OFII n'a entaché sa décision ni d'une erreur de droit, ni d'une erreur d'appréciation.
9. En troisième lieu, contrairement à ce que fait valoir la société Lias Coiffure, les dispositions du code du travail précitées impliquent nécessairement que l'employeur s'assure que le salarié étranger dispose d'un document d'identité de nature à justifier de la nationalité dont il se prévaut. A ce titre, l'exigence d'une seule photocopie d'un document d'identité ne permet pas de remplir cette obligation. En outre, la comparaison entre l'original d'un document d'identité et la photocopie produite ne saurait revêtir un caractère discriminatoire. Par suite, ce moyen ne pourra qu'être écarté.
10. En quatrième lieu, contrairement aux allégations de la société requérante, le procureur de la République près du tribunal de grande instance de Pontoise n' a pas considéré dans la décision rendue le 26 juillet 2021 qu'elle ignorait le caractère irrégulier du séjour de ses salariés mais a, dans le cadre d'un rappel à la loi, décidé de ne pas donner de suite judiciaire à cette procédure à condition que le gérant ne commette pas une autre infraction dans un délai de six ans et qu'à défaut il sera poursuivi devant le tribunal.
S'agissant du montant des sanctions :
11. En premier lieu, si la production du bilan de la société pour l'année 2021 fait apparaître des difficultés financières, cette seule production ne permet pas d'établir que le paiement des contributions mises à sa charge mettrait en péril son existence. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que la sanction serait disproportionnée.
12. En deuxième lieu, les dispositions du code du travail, précitées ne permettent pas à l'OFII, pas plus qu'au juge administratif, de moduler le taux de la sanction financière en dehors des cas pour lesquels une minoration est envisagée par les textes applicables au litige. Par suite, les conclusions présentées par la société requérante tendant à réduire le montant des contributions spéciale et forfaitaire à de plus justes proportions doivent être rejetées.
En ce qui concerne les titres de perception émis le 19 novembre 2021 :
13. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci () ". Aux termes du V de l'article 55 de la loi du 29 décembre 2010 de finances rectificative pour 2010 : " () Pour l'application de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration aux titres de perception délivrés par l'Etat en application de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales, afférents aux créances de l'Etat ou à celles qu'il est chargé de recouvrer pour le compte de tiers, la signature figure sur un état revêtu de la formule exécutoire, produit en cas de contestation ". Il résulte de ces dispositions, d'une part, que le titre de perception individuel délivré par l'Etat doit mentionner les nom, prénom et qualité de l'auteur de cette décision, et d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier, en cas de contestation, que l'état revêtu de la formule exécutoire comporte la signature de cet auteur. Ces dispositions n'imposent pas, en revanche, de faire figurer sur cet état les nom, prénom et qualité du signataire.
14. En l'espèce, les titres de perception litigieux mentionnent les nom, prénom et qualité de l'ordonnateur, à savoir " M. D C ", " DEPAFI ", acronyme désignant un service de l'Etat, signifiant " directeur de l'évaluation de la performance, de l'achat, des finances et de l'immobilier ". En outre, la DDFIP de l'Essonne produit en défense un état, revêtu de la formule exécutoire, comportant la signature de Mme E, attachée d'administration de l'Etat, laquelle bénéficie d'une délégation de signature au titre de l'article 3 de la décision du 26 août 2021 du directeur de l'évaluation, de la performance, de l'achat, des finances et de l'immobilier du ministère de l'intérieur. Il s'ensuit que le moyen tiré du vice de forme doit être écarté.
15. En second lieu, M. D C, nommé directeur de l'évaluation de la performance, des achats, des finances et de l'immobilier du ministère de l'intérieur par un décret du 29 juillet 2020, a reçu délégation à cette fin sur le fondement du décret n°2005-850 du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des titres de perception en litige doit être écarté.
16. Enfin, la société requérante n'établit pas l'illégalité de la décision du 4 novembre 2021 sur laquelle repose les titres de perception litigieux ni celles en outre de la décision du 17 février 2022 rejetant son recours gracieux. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité doit également être écarté.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'OFII et de l'Etat, qui ne sont pas les parties perdantes dans les présentes instances, les sommes réclamées par la société requérante au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : Les requêtes n°2206441 et 2212689 sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SASU Lias Coiffure, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à la direction départementale des finances publiques de l'Essonne et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 29 août 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Le Griel, présidente ;
M. Jacquelin, premier conseiller ;
Mme Debourg, conseillère ;
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 septembre 2024.
La rapporteure,
signé
T. Debourg
La présidente,
signé
H. Le Griel
La greffière,
signé
H. Mofid
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour ampliation, le greffier
N°2206441 et 2212689
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026