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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2206633

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2206633

mardi 21 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2206633
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantANCEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 avril 2022 et 29 juillet 2022, la Société nationale des chemins de fer français (SNCF) Réseau demande au juge des référés, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative :

1°) de condamner la Société Colson Recyclage à payer, par provision, à SNCF Réseau la somme de 148'876,72 euros, au titre des redevances d'occupation du domaine public sans droit ni titre, avec intérêts dans les conditions prévues par la convention et capitalisation, couvrant la période impayée du 4 octobre 2017 au 31 décembre 2019';

2°) de mettre à la charge de la Société Colson Recyclage la somme de 2'500 euros au titre de l'article L. 761-1 du Code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a conclu avec la société Colson Recyclage une convention d'occupation du domaine public du 1er janvier 2012 au 31 décembre 2014 moyennant le règlement d'une redevance annuelle d'un montant de 79'000 euros hors taxe'; au terme de convention, la société Colson Recyclage s'est maintenue sur les lieux sans titre jusqu'au 7 août 2019';

- la Société Colson Recyclage est débitrice d'une somme de 148'876,72 correspondant à la déduction de l'avoir de 45'379,85 euros, consenti par la SNCF Réseau pour la période d'occupation du 7 août au 31 décembre 2019, et des sommes saisies pour faire exécuter l'ordonnance de référé rendue le 23 avril 2018 entre le 1er août 2018 et le 21 avril 2020.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 juin 2022, la société Colson Recyclage demande au tribunal :

1°) de débouter la SNCF réseau de ces demandes afférentes à l'application de l'article R. 541-1 du CJA';

2°) de condamner, à titre subsidiaire, la SNCF réseau à lui payer une somme de 150'000 euros au titre de dommages et intérêts en réparation du préjudice subi et de juger que cette somme se compensera à due concurrence avec les éventuelles indemnités d'occupation qui pourraient être mise à la charge de la société Colson Recyclage';

3°) de mettre à la charge de la SNCF Réseau la somme de 2'500 euros au titre de l'article L. 761-1 du Code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- l'absence de libération des lieux est imputable à la lenteur de la préfecture du Val-d'Oise';

- son exploitation effective du site a cessé depuis septembre 2016';

- la SNCF réseau a méconnu son obligation de délivrance et de désamiantage.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code des transports';

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, la SNCF Réseau demande au juge des référés, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, de condamner la société Colson Recyclage à lui verser une provision de 148'876,72 euros au titre des redevances d'occupation irrégulière du domaine public.

Sur la demande de provision :

2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : "'Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie.'". Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état.

3. Aux termes de l'article L. 2125-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Toute occupation ou utilisation du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 donne lieu au paiement d'une redevance () ". Le gestionnaire du domaine public est fondé à réclamer à l'occupant sans titre de son domaine public, au titre de la période d'occupation irrégulière, une indemnité compensant les revenus qu'il aurait pu percevoir d'un occupant régulier pendant cette période. A cette fin, il doit rechercher le montant des redevances qui auraient été appliquées si l'occupant avait été placé dans une situation régulière, soit par référence à un tarif existant, lequel doit tenir compte des avantages de toute nature procurés par l'occupation du domaine public, soit, à défaut de tarif applicable, par référence au revenu, tenant compte des mêmes avantages, qu'aurait pu produire l'occupation régulière de la partie concernée du domaine public concerné.

4. Il résulte de l'instruction que SNCF réseau a autorisé, par convention signée le 2013, la société Colson Recyclage à occuper une dépendance du domaine public située 127 avenue de Verdun à Argenteuil jusqu'au 31 décembre 2014. La société Colson Recyclage s'est maintenue sur les lieux après l'échéance du terme de la convention et n'a pas réglé les factures adressées par la SNCF Réseau.

5. En premier lieu, pour contester la créance, la société Colson Recyclage invoque le retard accusé par les services de la préfecture dans le traitement de son dossier de cessation d'activité. Toutefois, ainsi que l'a rappelé le tribunal administratif de Cergy Pontoise dans son ordonnance du 23 avril 2018, la circonstance, à la supposer établie, que la situation dans laquelle se trouve la société Colson Recyclage soit imputable à une carence des services de la préfecture du Val-d'Oise à traiter dans un délai raisonnable sa demande de réhabilitation du site au regard des contraintes applicables en matière d'installations classées, est sans incidence sur les obligations de cette société à l'égard de la requérante.

6. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que la libération effective des lieux a été constatée par l'huissier de justice le 6 août 2019. Il suit de là que l'obligation de paiement au titre de l'occupation irrégulière du domaine public n'a cessé qu'à compter du 7 août 2019. Par suite, si la société Colson Recyclage soutient que l'obligation de paiement est sérieusement contestable dès lors qu'elle a effectivement cessé d'exploiter le site depuis septembre 2016, cette circonstance est sans incidence sur l'obligation de paiement.

7. En troisième lieu, la société Colson Recyclage invoque la méconnaissance par SNCF Réseau de son obligation de délivrance et de désamiantage. Il résulte de l'instruction que la société Colson Recyclage se fonde sur l'article 6 de la convention signée le 23 janvier 2013, intitulé " état des risques naturels et technologiques " qui stipule que SNCF Réseau était dans l'obligation de procéder aux travaux de retrait de l'amiante. Toutefois, il n'appartient pas au juge des référés de se prononcer sur l'obligation de délivrance telle que régie par la convention dès lors la société Colson Recyclage était occupante sans droit ni titre du domaine public durant la période couvrant la demande de provision. En outre, la redevance d'occupation est due en raison de la seule occupation du domaine public quand bien même la personne propriétaire du domaine ne s'est pas acquittée de son obligation de délivrance et de maintenance en l'état de l'objet de la concession et alors que l'occupant ne justifie ni n'établit avoir subi une privation totale de jouissance des locaux. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'obligation de désamiantage est inopérant. Il suit de là que la provision réclamée par SCNF Réseau à la société Colson Recyclage ne peut être regardée comme faisant l'objet d'une contestation sérieuse.

8. Il résulte de l'instruction, que par une ordonnance n° 1711505 du 23 avril 2018, le juge des référés du tribunal administratif de Cergy Pontoise a fait droit à la demande de provision de 83'054,15 euros introduite par SNCF Réseau couvrant la période du 8 décembre 2017 au 30 juin 2018. Dès lors, il appartient au juge de statuer sur la demande de provision couvrant la période du 1er juillet 2018 au 7 août 2019, au titre des redevances d'occupation irrégulière du domaine public, tel que régie par les dispositions de l'article L. 2125-1 du code général de la propriété des personnes publiques. Il résulte de ces dispositions que le montant de la provision demandé au titre d'une occupation irrégulière du domaine public doit être déterminé au regard des revenus qu'il aurait pu percevoir d'un occupant régulier ou par référence à un tarif existant. Eu égard aux stipulations contractuelles qui liait les deux parties, le juge administratif peut retenir la même base forfaitaire annuelle, que celle qui était prévu dans le contrat, soit le montant de 79 000 euros annuel.

9. Il résulte de ce qui précède que la SNCF Réseau est fondée à demander l'octroi d'une provision, d'un montant de 87 225 euros, au titre des redevances d'occupation sans droit ni titre du domaine public couvrant la période de 1er juillet 2018 au 7 août 2019, sur le fondement de l'article R. 541-1 du Code de justice administrative.

Sur les intérêts moratoires et leur capitalisation :

10. Les intérêts moratoires dus en application des dispositions de l'article 1153 du code civil, repris à l'article 1231-6 du même code, lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine.

11. La société SNCF Réseau qui justifie avoir adressé par l'intermédiaire de son conseil, le 17 février 2022 à la société Colson Recyclage une mise en demeure de lui payer la somme de 148 876,72 euros au titre de l'occupation sans droit ni titre du domaine public depuis le 1er juillet 2019. La SNCF Réseau a dès lors droit aux intérêts au taux légal sur la somme de 131 586,65 euros à compter du 21 février 2021, date à laquelle cette lettre a été régulièrement distribuée à la société Colson Recyclage.

12. Aux termes de l'article 1343-2 du code civil : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise. ".

13. La capitalisation des intérêts a été demandée le 25 février 2022. A cette date, il était dû au moins une année d'intérêts. Dès lors, conformément aux dispositions de l'article 1343-2 du code civil, il y a lieu de faire droit à cette demande.

Sur les frais liés à l'instance :

14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Colson Recyclage la somme de 1'000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'établissement public SNCF Réseau, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que réclame la société Colson Recyclage au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La société Colson Recyclage est condamnée à verser à l'établissement public SNCF Réseau une provision de 87 225 euros hors taxe, au titre des redevances d'occupation sans droit ni titre du domaine public avec intérêts au taux légal à compter du 21 février 2021. Les intérêts échus à la date du 21 février 2022 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 2 : La société Colson Recyclage versera à l'établissement public SNCF Réseau la somme de 1'000 euros au titre de l'article L. 761-1 1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Les conclusions présentées par la société Colson Recyclage sont rejetées.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à l'établissement public SNCF Réseau et à la société Colson Recyclage.

Fait à Cergy, le 21 mars 2023.

La juge des référés,

signé

C. A

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine, en ce qui le concerne, ou a` tous commissaires de justice a` ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir a` l'exécution de la présente décision.

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