Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2206695
vendredi 11 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2206695 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | LABETOULE |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 mai 2022, la SARL CHRONOCASH, représentée par Me Labetoule, avocate, demandent au Tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2018, des rappels de taxe de participation des employeurs au développement de la formation professionnelle continue et de taxe d'apprentissage qui lui ont été réclamés pour les années 2016 et 2017, de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2017, et des rappels de cotisations sur la valeur ajoutée des entreprises, de taxe additionnelle à ces cotisations et des frais de gestion qui lui ont été réclamés pour les années 2016 et 2017 ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
3°) de prononcer le sursis de paiement des impositions en litige.
La CHRONOCASH soutient que :
- l'administration fiscale ne lui a pas remis d'avis de vérification préalablement à l'engagement de la vérification de comptabilité en méconnaissance des dispositions de l'article L. 47 du livre des procédures fiscales ;
- les éléments obtenus auprès de tiers par le service dans le cadre de son droit de communication n'ont pas été soumis à un débat oral et contradictoire au cours de la vérification de comptabilité ;
- c'est à tort que le service a rejeté sa comptabilité, dès lors que celle-ci était sincère et non dépourvue de valeur probante ; elle entend à cet égard se prévaloir des instructions administratives référencées BOI-CF-IOR-60-40-10 et BOI-CF-IOR-60-40-20 ;
- la reconstitution du chiffre d'affaires de l'exercice 2017 paraît totalement viciée dans son principe ;
- les termes de comparaison retenus pour la détermination du taux de marge ne sont pas pertinents.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 novembre 2022, l'administrateur général des finances publiques, chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Île-de-France, conclut au rejet de la requête.
L'administrateur général des finances publiques, chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Île-de-France soutient que les moyens invoqués par la société requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bergantz, conseillère ;
- et les conclusions de M. Villette, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société CHRONOCASH, qui exerce une activité de commerce de gros alimentaire non spécialisé, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2017, étendue jusqu'au 31 octobre 2018 en matière de taxe sur la valeur ajoutée. A l'issue de ce contrôle, l'administration fiscale lui a notifié, par une proposition de rectification du 26 juillet 2019, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée pour la période du 1er janvier 2016 au 31 octobre 2018 selon la procédure de taxation d'office, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés selon la procédure de rectification contradictoire pour l'année 2016 et selon la procédure de taxation d'office pour l'année 2017, des rappels de cotisations sur la valeur ajoutée des entreprises, de taxe additionnelle à ces cotisations et des frais de gestion pour les années 2016 et 2017 selon la procédure de taxation d'office, et des rappels de taxe de participation des employeurs au développement de la formation professionnelle continue et de taxe d'apprentissage pour les années 2016 et 2017 selon la procédure de taxation d'office. Des dégrèvements ont été prononcés à la suite du recours hiérarchique et de l'interlocution régionale. Ont ainsi été mis en recouvrement, le 15 octobre 2020, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée pour la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2018, des rappels de taxe de participation des employeurs au développement de la formation professionnelle continue et de taxe d'apprentissage pour les années 2016 et 2017, une cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés au titre de l'année 2017, et des rappels de cotisations sur la valeur ajoutée des entreprises, de taxe additionnelle à ces cotisations et des frais de gestion pour les années 2016 et 2017. Sa réclamation ayant été rejetée par une décision du 14 mars 2022, la société CHRONOCASH demande au Tribunal de prononcer la décharge de ces impositions supplémentaires, en droits et pénalités.
Sur les conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :
S'agissant de la notification de l'avis de vérification :
2. Aux termes de l'article L. 47 du livre des procédures fiscales : " Un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle d'une personne physique au regard de l'impôt sur le revenu, une vérification de comptabilité ou un examen de comptabilité ne peut être engagé sans que le contribuable en ait été informé par l'envoi ou la remise d'un avis de vérification ou par l'envoi d'un avis d'examen de comptabilité () ". Il résulte de ces dispositions que l'avis de vérification doit être notifié au contribuable. En cas de contestation sur l'existence d'une telle notification, il incombe à l'administration fiscale d'établir que celle-ci a été régulièrement adressée au contribuable et, lorsque le pli contenant cette notification a été renvoyé par le service postal au service expéditeur, de justifier de la régularité des opérations de présentation à l'adresse du destinataire. La preuve qui lui incombe ainsi peut résulter soit des mentions précises, claires et concordantes figurant sur les documents, le cas échéant électroniques, remis à l'expéditeur conformément à la règlementation postale soit, à défaut, d'une attestation de l'administration postale ou d'autres éléments de preuve établissant la délivrance par le préposé du service postal d'un avis de passage prévenant le destinataire de ce que le pli est à sa disposition au bureau de poste. Compte tenu des modalités de présentation des plis recommandés prévues par la réglementation postale, doit être regardé comme portant des mentions précises, claires et concordantes suffisant à constituer la preuve d'une notification régulière le pli recommandé retourné à l'administration auquel est rattaché un volet " avis de réception " sur lequel a été apposée la date de vaine présentation du courrier et qui porte, sur l'enveloppe ou l'avis de réception, l'indication du motif pour lequel il n'a pu être remis.
3. Il résulte de l'instruction, en particulier des mentions claires, précises et concordantes portées sur l'accusé de réception du pli contenant l'avis de vérification, que celui-ci, expédié à l'adresse exacte du siège social de la société CHRONOCASH, a été présenté et distribué le 18 décembre 2018. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que l'administration fiscale ne lui a pas adressé l'avis de vérification.
S'agissant le débat oral et contradictoire :
4. Si, eu égard aux garanties dont le livre des procédures fiscales entoure la mise en œuvre d'une vérification de comptabilité, l'administration est tenue, lorsque, faisant usage de son droit de communication, elle consulte au cours d'une vérification tout ou partie de la comptabilité tenue par l'entreprise vérifiée mais se trouvant chez un tiers, de soumettre l'examen des pièces obtenues à un débat oral et contradictoire avec le contribuable, il n'en est pas de même lorsque lui sont communiqués des documents ne présentant pas le caractère de pièces comptables de l'entreprise vérifiée, ou qu'elle n'utilise pas ces pièces pour fonder les rectifications contestées.
5. D'une part, les relevés de comptes bancaires d'une entreprise dont l'administration a eu connaissance dans le cadre de l'exercice, auprès d'un établissement bancaire, de son droit de communication ne constituent pas un élément de la comptabilité tenue par cette entreprise. Il en résulte que la circonstance que les relevés de comptes bancaires de la société CHRONOCASH obtenus par le service vérificateur dans le cadre de l'exercice de son droit de communication, qui ne présentent pas le caractère de pièces comptables, n'aient pas été soumis à un débat oral et contradictoire avec la contribuable est par elle-même sans incidence sur la régularité de la procédure d'imposition.
6. D'autre part, et en revanche, il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a, les 19 et 26 février 2019, soit pendant la vérification de comptabilité, obtenu de l'autorité judiciaire l'autorisation de consulter et prendre en copie l'intégralité du dossier concernant la société CHRONOCASH à des fins fiscales. Il résulte des termes de la proposition de rectification du 26 juillet 2019 que le " fichier tableur Excel récapitul[ant] les factures émises par la société CHRONOCASH sur la période vérifiée " consulté par le service vérificateur dans ce cadre, qui constitue une pièce comptable de l'entreprise vérifiée, a servi à reconstituer le chiffre d'affaires réalisé par la contribuable au titre de l'exercice clos en 2017 ainsi qu'à déterminer les montants de taxe sur la valeur ajoutée facturés pour la période du 1er janvier 2017 au 31 octobre 2018. Les rectifications en matière de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er janvier 2017 au 31 octobre 2018, d'impôt sur les sociétés au titre de l'année 2017, et de cotisations sur la valeur ajoutée des entreprises, de taxe additionnelle à ces cotisations et des frais de gestion au titre de l'année 2017 ont ainsi été établis sur le fondement d'une pièce comptable saisie et détenue par l'autorité judiciaire, et consultée par l'administration fiscale au cours de la vérification de comptabilité. Il ne résulte pas de l'instruction et il n'est pas contesté que l'administration fiscale aurait, conformément au principe énoncé au point 4, soumis cette pièce à un débat oral et contradictoire. Dans ces conditions, les impositions supplémentaires fondées sur cette pièce mises à la charge de la société CHRONOCASH sont entachées d'irrégularité. La société requérante est donc fondée à en demander la décharge.
En ce qui concerne le rejet de la comptabilité et la reconstitution des recettes :
7. Les moyens relatifs au rejet de la comptabilité et à la reconstitution des recettes ne concernent que les rappels de taxe sur la valeur ajoutée et les cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés mis à la charge de la société CHRONOCASH au titre de l'année 2017. Eu égard à ce qui a été dit au point 6, il n'y a pas lieu de se prononcer sur leur bien-fondé.
8. Il résulte de ce qui précède que la société CHRONOCASH est seulement fondée à demander la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour la période du 1er janvier 2017 au 31 octobre 2018, de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés, des rappels de cotisations sur la valeur ajoutée des entreprises, de taxe additionnelle à ces cotisations et des frais de gestion auxquels elle a été assujettie pour l'année 2017, ainsi que des pénalités correspondantes.
Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales :
9. Le présent jugement se prononce sur le fond de l'affaire. Dès lors, les conclusions de la requête tendant au sursis de paiement des impositions contestées se trouvent privées d'objet.
Sur les frais liés au litige :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à la société CHRONOCASH de la somme de 1 500 (mille-cinq-cents) euros au titre des frais exposés par elle non compris dans les dépens, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin de sursis de paiement.
Article 2 : La société CHRONOCASH est déchargée des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour la période du 1er janvier 2017 au 31 octobre 2018, de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés, des rappels de cotisations sur la valeur ajoutée des entreprises, de taxe additionnelle à ces cotisations et des frais de gestion auxquels elle a été assujettie au titre de l'année 2017, ainsi que des pénalités correspondantes.
Article 3 : L'État versera à la société CHRONOCASH la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de la société CHRONOCASH est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société CHRONOCASH et à l'administrateur général des finances publiques, chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Île-de-France.
Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Kelfani, président, Mme Schneider, première conseillère, et Mme Bergantz, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2024.
La rapporteuse,
signé
A. BERGANTZ
Le président,
signé
K. KELFANI
Le greffier,
signé
D. HAUDE
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2206695
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