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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2207269

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2207269

jeudi 20 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2207269
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantAXONE DROIT PUBLIC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 mai 2022, la société à responsabilité limitée (SARL) VARIOPOOL B.V, représentée par Me Salles, demande à la juge des référés, statuant sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative :

1°) de condamner la communauté d'agglomération de Cergy-Pontoise à lui verser une provision de 161 546,20 euros hors taxes (HT) au titre du solde du lot n° 3 " Bassin inox, couverture thermique " du marché public de travaux ayant pour objet la construction du bassin nordique à la piscine du parvis à Cergy (Val-d'Oise), assortie des intérêts moratoires à compter du 13 avril 2022 et de l'indemnité forfaitaire de 40 euros pour frais de recouvrement ;

2°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération de Cergy-Pontoise la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la provision demandée, conforme à son projet de décompte général notifié à la communauté d'agglomération de Cergy-Pontoise le 3 mars 2021, dont le caractère définitif est tacitement intervenu le 14 mars 2022 conformément aux dispositions de l'article 13.4.4 du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux (CCAG-Travaux), correspond au solde de son marché de base pour 124 109,50 euros HT, à la révision de prix pour 5 336,70 euros HT et aux travaux supplémentaires exécutés pour 32 100, 00 euros HT ;

- en raison du caractère intangible du décompte, la créance qu'elle détient sur la communauté d'agglomération de Cergy-Pontoise est certaine.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juin 2022, la communauté d'agglomération de Cergy-Pontoise, représentée par Me Morice, conclut :

1°) au rejet de la requête de la SARL VARIOPOOL B.V ;

2°) à ce que la somme de 4 000 euros soit mise à la charge de la SARL VARIOPOOL B.V au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la SARL VARIOPOOL B.V ne peut se prévaloir d'un décompte général et définitif dès lors que le projet de décompte général n'a pas été transmis par le mandataire du groupement dont elle est membre, contrairement aux dispositions de l'article 13.5.2 du CCAG-Travaux ;

- le décompte général ne prend pas en compte les préjudices et surcoûts qu'elle a subis du fait des désordres relatifs à la couverture thermique apparus en période de garantie de parfait achèvement, dont la SARL VARIOPOOL B.V est tenue pour responsable.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la commande publique ;

- l'arrêté du 3 mars 2014 modifiant l'arrêté du 8 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Oriol, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. En 2019, la communauté d'agglomération de Cergy-Pontoise (Val-d'Oise) a lancé un marché public de travaux ayant pour objet la rénovation de la piscine du parvis de la préfecture à Cergy, visant à la création d'un bassin nordique extérieur. A ce titre, la maîtrise d'œuvre de ce marché a été confiée à la société ETHIS, tandis que le lot n° 3 " Bassin inox, couverture thermique " a été attribué au groupement composé de la société AetE EUROPE - MYTHA POOLS, mandataire, et de la société VARIOPOOL B.V, par un acte d'engagement signé le 2 mai 2019 pour un montant de 1 184 026,00 euros hors taxes (HT). La communauté d'agglomération a prononcé la réception des travaux avec réserves le 20 mars 2021, avant de les lever le 22 septembre 2021. Le 28 juillet 2021, l'exploitante a constaté une fuite importante sur la fosse de la couverture dans le local technique moteur. A la suite de la réalisation des travaux remédiant aux désordres, un constat de fin de travaux a été réalisé le 23 novembre 2021. La société VARIOPOOL B.V a alors notifié un projet de décompte final au pouvoir adjudicateur et au maître d'œuvre le 1er septembre 2021,validé par ce dernier le 3 septembre 2021, puis un projet de décompte général le 3 mars 2022. En application des dispositions de l'article 13.4.4 du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux, elle allègue que ce projet de décompte est tacitement devenu le décompte général et définitif, avec un solde débiteur de 161 546,20 euros HT. Par la présente requête, la société VARIOPOOL B.V demande à la juge des référés, statuant sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, de condamner la communauté d'agglomération de Cergy-Pontoise à lui verser cette somme à titre de provision, assortie des intérêts moratoires et de l'indemnité forfaitaire de 40 euros pour frais de recouvrement.

Sur la demande de provision :

2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ".

3. Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état.

4. L'ensemble des opérations auxquelles donne lieu l'exécution d'un marché public de travaux est compris dans un compte dont aucun élément ne peut être isolé et dont seul le solde arrêté lors de l'établissement du décompte général et définitif détermine les droits et obligations définitifs des parties.

5. Aux termes de l'article 13.3.1 du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux (CCAG-Travaux) dans sa rédaction issue de l'arrêté interministériel du 3 mars 2014 applicable en l'espèce : " Après l'achèvement des travaux, le titulaire établit le projet de décompte final () Ce projet de décompte final est la demande de paiement finale du titulaire () ". Selon l'article 13.3.2 du même cahier : " Le titulaire transmet son projet de décompte final, simultanément au maître d'œuvre et au représentant du pouvoir adjudicateur, par tout moyen permettant de donner une date certaine, dans un délai de trente jours à compter de la date de notification de la décision de réception des travaux () ". Aux termes de l'article 13.4.2 de ce cahier : " () Le représentant du pouvoir adjudicateur notifie au titulaire le décompte général à la plus tardive des deux dates ci-après : / -trente jours à compter de la réception par le maître d'œuvre de la demande de paiement finale transmise par le titulaire ; / -trente jours à compter de la réception par le représentant du pouvoir adjudicateur de la demande de paiement finale transmise par le titulaire. () ". Selon l'article 13.4.4 du même cahier : " Si le représentant du pouvoir adjudicateur ne notifie pas au titulaire le décompte général dans les délais stipulés à l'article 13.4.2, le titulaire notifie au représentant du pouvoir adjudicateur, avec copie au maître d'œuvre, un projet de décompte général signé () Dans un délai de dix jours à compter de la réception de ces documents, le représentant du pouvoir adjudicateur notifie le décompte général au titulaire. Le décompte général et définitif est alors établi dans les conditions fixées à l'article 13.4.3. / Si, dans ce délai de dix jours, le représentant du pouvoir adjudicateur n'a pas notifié au titulaire le décompte général, le projet de décompte général transmis par le titulaire devient le décompte général et définitif () Le décompte général et définitif lie définitivement les parties () ". Aux termes de l'article 13.5.1 du CCAG-Travaux : " Lorsque le titulaire est un groupement conjoint, ses membres étant payés de manière individualisée, les décomptes sont décomposés en autant de parties qu'il y a de membres à payer séparément, à concurrence du montant dû à chacun. () ". Selon l'article 13.5.2 du même cahier : " Le titulaire ou le mandataire est seul habilité à présenter les projets de décomptes et à accepter le décompte général ; sont seules recevables les réclamations formulées ou transmises par ses soins. ".

6. Il résulte de l'instruction que la SARL VARIOPOOL B.V est membre du groupement attributaire du lot n° 3 " Bassin inox, couverture thermique " du marché public de travaux ayant pour objet la rénovation de la piscine du parvis de la préfecture à Cergy, dont le mandataire est la société AetE EUROPE - MYTHA POOLS. Au titre de l'article 13.5.2 du CCAG-Travaux, le mandataire d'un groupement est seul habilité à présenter un projet de décompte et à accepter le décompte général.

7. La société requérante a notifié au maître d'œuvre ainsi qu'au pouvoir adjudicateur un projet de décompte final, sur le portail public de facturation mentionné à l'article L. 2195-5 du code de commande publique, dit " A ", le 1er septembre 2021, puis un projet de décompte général le 3 mars 2022 au maître d'ouvrage, qu'elle allègue être devenu tacitement le décompte général et définitif en application des dispositions de l'article 13.4.4 du CCAG-Travaux. Toutefois, conformément aux stipulations précitées, aucun décompte général et définitif n'a pu naître à la suite des courriers de la SARL VARIOPOOL B.V , qui, n'étant pas le mandataire du groupement, n'était pas habilitée à l'établir. Dans ces conditions, l'existence de l'obligation dont se prévaut la SARL VARIOPOOL B.V est sérieusement contestable.

8. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions de la SARL VARIOPOOL B.V tendant à la condamnation de la communauté d'agglomération de Cergy-Pontoise à lui verser une provision assortie d'intérêts moratoires et d'une indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement.

Sur les frais liés au litige :

9. La communauté d'agglomération de Cergy-Pontoise n'étant pas la partie perdante à l'instance, il y a lieu de rejeter les conclusions de la SARL VARIOPOOL B.V présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre la somme de 1 000 euros à la charge de la SARL VARIOPOOL B.V sur le même fondement.

Par ces motifs, le tribunal ordonne :

Article 1er : La requête de la SARL VARIOPOOL B.V est rejetée.

Article 2 : La SARL VARIOPOOL B.V versera la somme de 1 000 euros à la communauté d'agglomération de Cergy-Pontoise sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la SARL VARIOPOOL B.V et à la communauté d'agglomération de Cergy-Pontoise.

Fait à Cergy, le 20 avril 2023.

La juge des référés,

signé

C. Oriol

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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