Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2207879

jeudi 28 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2207879
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 25 mai 2022 et le 29 février 2024, M. B A doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er mars 2022 du ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports en tant qu'il le promeut à l'échelon 9 du grade de professeur agrégé de classe normale à compter du 6 mars 2022 ;

2°) d'enjoindre à l'administration de suivre les lignes directrices de gestion ministérielle relatives aux promotions et à la valorisation des parcours professionnels des personnels du ministère de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'un défaut de base légale ;

- la décision est entachée d'une rupture d'égalité ;

- la décision est entachée d'une discrimination liée à l'âge.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 février 2024, la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 15 février 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 4 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le décret n°72-580 du 4 juillet 1972 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bourragué, rapporteur,

- les conclusions de M. Lebdiri, rapporteur public,

- et les observations de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 1er mars 2022 du ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports, M. B A, professeur agrégé d'économie et de gestion, a été promu à l'échelon 9 du grade de professeur agrégé de classe normale à compter du 6 mars 2022. Il demande au tribunal d'annuler cet arrêté en tant qu'il ne le classe pas à l'échelon 9 à compter du 6 mars 2021.

2. Aux termes de l'article L. 522-1 du code général de la fonction publique : " L'avancement des fonctionnaires comprend l'avancement d'échelon et l'avancement de grade ". Aux termes de l'article L. 522-2 du même code : " L'avancement d'échelon a lieu de façon continue d'un échelon à l'échelon immédiatement supérieur. / Il est fonction de l'ancienneté. Il se traduit par une augmentation de traitement ". Aux termes de l'article L. 522-3 de ce code : " Les statuts particuliers des corps ou cadres d'emplois peuvent prévoir que l'avancement d'échelon est également fonction de la valeur professionnelle, selon des modalités de contingentement. ". Aux termes de l'article 13 du décret du 4 juillet 1972 relatif au statut particulier des professeurs agrégés de l'enseignement du second degré : " () Le ministre prononce les promotions des professeurs agrégés. / II. Les anciennetés détenues dans les 6e et 8e échelons de la classe normale peuvent être bonifiées d'un an. / Le ministre établit pour chaque année scolaire, dans chaque discipline, d'une part, la liste des professeurs agrégés qui sont dans la deuxième année du 6e échelon de la classe normale, d'autre part, la liste des professeurs agrégés qui justifient d'une ancienneté dans le 8e échelon de la classe normale comprise entre 18 et 30 mois. () Le ministre attribue les bonifications d'ancienneté à hauteur de 30 % de l'effectif des professeurs inscrits sur chacune de ces listes. / Pour chaque liste, lorsque le nombre de bonifications attribuées n'est pas un entier, la décimale est ajoutée au nombre calculé au titre de l'année suivante. Le nombre de bonifications attribuées au cours de ces deux années ne peut dépasser 30 % de l'effectif des professeurs inscrits sur la liste au cours de cette même période. ".

3. M. A soutient qu'il était éligible à la bonification d'ancienneté d'un an prévue par les dispositions précitées de l'article 13 du décret du 4 juillet 1972 relatif au statut particulier des professeurs agrégés de l'enseignement du second degré, et que le refus de sa promotion à l'échelon 9 de son grade dès le 6 mars 2021 est fondé sur sa date de naissance, postérieure au 1er janvier 1982. Il soutient que, de ce fait, la décision attaquée est discriminatoire, qu'elle repose sur un critère d'âge dépourvu de base légale, et qu'elle est contraire au principe d'égalité de traitement des fonctionnaires.

4. Toutefois, d'une part, M. A n'établit pas, notamment par la production de documents syndicaux intitulés " Barres d'avancement d'échelon des professeurs agrégés " et présentés sous forme de tableaux comportant une colonne intitulée " Date de naissance ", ainsi que par la production de diverses communications syndicales et d'anciennes notes de service, que les agents nés après le 1er janvier 1982 seraient exclus du bénéfice de la bonification d'ancienneté litigieuse. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, et en particulier des procès-verbaux de commission administrative paritaire nationale pour 2019-2020 et 2020-2021 produits en défense par le ministre, que les agents promouvables au titre de l'avancement accéléré sont classés selon l'appréciation obtenue à l'issue de leur rendez-vous de carrière, puis départagés selon leur date d'entrée dans le grade. Ainsi, les moyens tirés du défaut de base légale du critère lié à l'âge, de la discrimination liée à l'âge et de la rupture d'égalité doivent être écartés.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence et en tout état de cause, ses conclusions à fin d'injonction.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bories, présidente,

M. Bourragué et Mme C, premiers conseillers,

Assistés de Mme Nimax, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2024

Le rapporteur,

signé

S. Bourragué

La présidente,

signé

C. Bories

La greffière,

signé

S. Nimax

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No2207879