Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2207993
vendredi 16 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2207993 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 juin 2022, Mme A B, représentée par Me Shebabo, avocate, demande au Tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour, présentée par un courrier dont il a été accusé réception par les services de la préfecture du Val-d'Oise le 19 avril 2021, née du silence gardé sur cette demande par le préfet du Val-d'Oise ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale ", la mention " salarié " ou toute autre mention, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler dans cette attente, ou de procéder au réexamen de sa situation administrative dans les mêmes conditions ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme B soutient que la décision attaquée :
- est entachée d'un défaut de motivation, le préfet du Val-d'Oise n'ayant pas répondu à sa demande de communication des motifs de la décision implicite de rejet opposée à sa demande de titre de séjour ;
- est entachée d'un défaut de base légale, dès lors qu'elle ne mentionne aucun fondement légal ;
- méconnaît l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 mai 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Le préfet du Val-d'Oise fait valoir que la requête de Mme B est irrecevable, dès lors qu'elle est dirigée contre décision inexistante.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Villette, conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante algérienne, a présenté une demande au préfet du Val-d'Oise, qui en a accusé réception le 19 avril 2021, tendant à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement, notamment, du 7. de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Le silence gardé sur cette demande par le préfet du Val-d'Oise, a fait naître une décision implicite de rejet dont la requérante demande l'annulation.
Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet du Val-d'Oise :
2. Aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. ". Aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois () ".
3. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a présenté une demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour, présentée notamment sur le fondement du 7. de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, dont le préfet du Val-d'Oise a accusé réception par un courrier du 19 avril 2021. Il ne ressort pas des pièces du dossier, et il n'est pas soutenu par le préfet du Val-d'Oise, que cette demande aurait été incomplète. Dès lors, et alors même que la requérante se serait vu remettre un récépissé de demande de titre de séjour valable du 5 janvier au 4 juillet 2023, le silence gardé pendant quatre mois sur cette demande par l'autorité administrative a fait naître, le 19 août 2022, une décision implicite de rejet. Par suite, le préfet du Val-d'Oise n'est pas fondé à soutenir que la requête de Mme B n'est dirigée contre aucune décision et qu'elle serait, par suite, irrecevable.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête :
4. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est entrée en France en octobre 2018, et qu'elle y a donné naissance, le 28 novembre 2019, à un enfant prénommé Nasro, lequel est décédé le 29 novembre 2018, et a été inhumé sur le territoire français. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier, et en particulier des attestations d'un médecin psychiatre au centre médico psychologique de Bobigny, en date des 12 juin 2019 et 13 janvier 2021, que le décès de cet enfant a déclenché chez la requérante un état dépressif sévère réactionnel, nécessitant que l'intéressée poursuive une prise en charge psychiatrique spécifique aux deuils périnataux et se maintienne proche de la tombe de son fils sur laquelle elle se recueille chaque semaine. Dès lors, dans les conditions très particulières de l'espèce, la requérante est fondée à soutenir que la décision litigieuse est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.
5. Il résulte de ce qui précède que la décision implicite de rejet contestée doit être annulée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
6. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".
7. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, eu égard à ses motifs, par application des dispositions législatives précitées, qu'il soit enjoint au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétent, de délivrer à Mme B un certificat de résidence algérien d'une durée d'un an portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu de fixer au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétent, un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement pour procéder à la délivrance de ce titre.
Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 (mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La décision implicite de rejet de la demande de titre de séjour que Mme B a présentée au préfet du Val-d'Oise est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétent, de délivrer à Mme B un certificat de résidence algérien d'un an portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera la somme de 1 000 euros à Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 22 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Kelfani, président, Mme Louazel, conseillère, et M. Villette, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2024.
Le rapporteur,
signé
G. VILLETTE
Le président,
signé
K. KELFANILe greffier,
signé
D. HAUDE
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétent, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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