Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2208012

vendredi 30 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2208012
TypeDécision
PublicationC
Formation8ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la demande de M. B A, qui contestait son assujettissement à la taxe d'habitation 2021 pour un bien dont il est propriétaire indivis à 25 %. Le tribunal a jugé que, le logement étant inoccupé et non loué au 1er janvier 2021, M. A en avait la libre disposition en tant que co-indivisaire, le rendant redevable de la taxe. Il a précisé que l'administration peut légalement imposer l'un quelconque des occupants, mais que la cotisation ne saurait excéder ses droits dans l'indivision. La décision s'appuie sur les articles 1407, 1408 et 1415 du code général des impôts.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 mai 2022, M. B A demande au tribunal :

- la réduction de la cotisation primitive de taxe d'habitation à laquelle il a été assujetti au titre de l'année 2021 dans les rôles de la commune de Nanterre ;

- la décharge de l'obligation de payer la somme de 914 euros résultant de la lettre de relance émise le 25 janvier 2022 par le comptable public en vue du recouvrement de la cotisation primitive de taxe d'habitation mise à sa charge au titre de l'année 2021 et des pénalités de recouvrement y afférentes.

Il soutient que :

- l'immeuble en cause lui appartient en indivision et qu'il n'en possède que 25% ;

- en application de la jurisprudence et de l'interprétation administrative référencée BOI IF TH 10-20-20 n°160 son imposition ne peut excéder ses droits dans l'indivision ;

- l'avis d'imposition doit être établi au nom de l'indivision.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mars 2023, le directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative, et notamment ses articles R. 222-19 et R. 811-1.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bertoncini, président-rapporteur,

- les conclusions de M. Bories, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A est propriétaire en indivision, à hauteur de 25 %, de deux appartements situés au 142 rue Paul Vaillant Couturier à Nanterre. Le requérant a été assujetti à la taxe d'habitation au titre de l'année 2021 pour un de ces deux appartements, situé au rez-de-chaussée de l'immeuble d'habitation collective, en tant que résidence secondaire. Il demande au tribunal la réduction de la cotisation primitive de taxe d'habitation à laquelle il a été assujetti au titre de l'année 2021 en tant qu'elle excède sa quote-part dans l'indivision, et à ce que la taxe d'habitation soit émise au nom de l'indivision dans son ensemble. M. A demande en outre la décharge de l'obligation de payer la somme de 914 euros résultant de la lettre de relance émise le 25 janvier 2022 par le comptable public en vue du recouvrement de la cotisation primitive de taxe d'habitation mise à sa charge au titre de l'année 2021 et des pénalités de recouvrement y afférentes.

Sur les conclusions d'assiette :

En ce qui concerne le terrain de la loi fiscale :

2. Aux termes de l'article 1407 du code général des impôts : " I. La taxe d'habitation est due : / 1° Pour tous les locaux affectés à l'habitation ; / 2° Pour les locaux meublés conformément à leur destination et occupés à titre privatif par les sociétés, associations et organismes privés et qui ne sont pas retenus pour l'établissement de la cotisation foncière des entreprises ; () II. - Ne sont pas imposables à la taxe : / 1° Les locaux passibles de la cotisation foncière des entreprises lorsqu'ils ne font pas partie de l'habitation personnelle des contribuables (). ". Aux termes de l'article 1408 du même code : " I. La taxe est établie au nom des personnes qui ont, à quelque titre que ce soit, la disposition ou la jouissance des locaux imposables (). ". Aux termes de l'article 1415 du même code : " () la taxe d'habitation sont établies pour l'année entière d'après les faits existants au 1er janvier de l'année de l'imposition. ".

3. En premier lieu, il résulte de ces dispositions combinées qu'est redevable de la taxe d'habitation la personne qui a la libre disposition ou la jouissance des locaux au 1er janvier de chaque année d'imposition et peut, de ce fait, s'y installer à tout moment, nonobstant la circonstance qu'il n'y a pas d'occupation effective. Le contribuable ne peut apporter la preuve de l'absence de disposition d'un logement qu'en justifiant qu'il était vide de meubles et ne pouvait donc être habité.

4. M. A conteste être redevable de la taxe d'habitation établie au titre de l'année 2021, à raison d'un bien dont il est propriétaire en indivision. Toutefois, alors qu'il fait lui-même valoir que ce bien est inoccupé depuis le 1er janvier 2016 et le décès de sa mère, M. A ne produit aucune pièce de nature à établir qu'au 1er janvier 2021, ce bien aurait été occupé par un locataire, ou occupé et habité par un seul des copropriétaires indivis. Ainsi, c'est à bon droit que l'administration fiscale a estimé que, en qualité de co-indivisaire, le requérant en avait la libre disposition et qu'elle l'a assujetti au titre de l'année 2021 à la taxe d'habitation.

5. En second lieu, les dispositions précitées du I de l'article 1408 doivent être interprétées en ce sens que, dans une situation comme celle de l'espèce, elles permettent à l'administration, mais ne lui imposent pas, de mettre la taxe à la charge de tous les occupants au 1er janvier. Il en résulte qu'est régulièrement établie la taxe mise au nom de l'un quelconque des occupants désignés par l'administration, dès lors que celui-ci dispose ou jouit au 1er janvier du local imposable, quand bien même la taxe aurait pu légalement être mise à la charge de l'autre ou d'un autre des occupants. Par suite la circonstance que l'avis d'imposition, qui ne constitue pas un titre de contrainte, a été libellé au seul nom de M. B A et n'a été adressé qu'à celui-ci est sans incidence sur le bien-fondé de l'imposition et ne saurait le rendre redevable de la totalité de la taxe litigieuse dès lors que l'obligation de payer la taxe d'habitation incombant à un propriétaire indivis ne saurait excéder ses droits dans l'indivision. Il s'ensuit que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la taxe d'habitation de l'année 2021 a été illégalement établie au seul motif qu'elle ne l'a pas été au nom de l'indivision A.

En ce qui concerne le terrain de l'interprétation administrative de la loi fiscale :

6. Aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration. () "

7. M. A n'est pas fondé à se prévaloir de l'interprétation administrative référencée BOI-IF-TH-10-20-20 n° 1602 publiée le 12 septembre 2012 qui ne donne pas, en tout état de cause, une interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il lui a été fait application.

Sur les conclusions de recouvrement :

8. Par une lettre de relance du 25 janvier 2022, le comptable public a réclamé à M. A le paiement de 914 euros au titre de la cotisation de taxe d'habitation mise à sa charge au titre de l'année 2021, pour un montant de 1 108 euros, déduction faite de son versement de 277 euros, correspondant à 25 % de ce total, le solde étant augmenté des majorations de 10 % de l'article 1730 du code général des impôts. Le requérant demande la décharge de l'obligation de payer la somme de 914 euros, estimant que l'obligation de payer incombant à chaque indivisaire ne saurait excéder ses droits dans l'indivision, dès lors que la solidarité ne s'attache pas de plein droit à la qualité d'indivisaire et ne se présume pas, ce qui limite sa dette à 277 euros dont il s'est acquitté. Toutefois, d'une part, à supposer qu'une telle demande puisse être regardée comme une réclamation relative au recouvrement, une lettre de relance ne constitue pas un acte de poursuite susceptible de contestation au sens des dispositions précitées de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales. D'autre part, et en tout état de cause, ainsi que le fait valoir l'administration dans son mémoire en défense sans être contestée sur ce point, suite à la décision du conciliateur fiscal en date du 12 mai 2022, il a été admis que l'intéressé ne pouvait se voir réclamer le paiement d'une somme excédant sa quote-part dans l'indivision A, soit 277 euros. Par suite, les conclusions relatives à la décharge de l'obligation de payer la somme de 914 euros ne peuvent qu'être rejetées.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête ne peut qu'être rejetée.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 3 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

Mme Saïh, première conseillère,

Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 août 2024.

Le président-rapporteur,

Signé

T. BertonciniL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

Signé

Z. Saïh

La greffière,

Signé

N. Magen

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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